Michel ROBARDEY

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Billet de blog 30 septembre 2015

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Rwanda: Requiem pour une Oraison

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Requiem pour une oraison

Depuis Bossuet « Madame se meurt, madame est morte », il est de tradition en France, et apparemment en Belgique aussi, de prononcer des oraisons funèbres avoisinant, voire franchissant allégrement, les limites du panégyrique.

Mais n’est pas Bossuet qui veut ! Et derrière l’acte littéraire sourdent parfois des aveux de complicité.

Ainsi lorsque Colette Braeckman écrit dans le Soir que « ce professeur à l’Ecole des hautes études sociales ….. avait la rigueur intellectuelle, l’exigence de vérité des profs à la française ….. », tout le monde comprend que - sauf à considérer que l’exigence de vérité des profs à la française a bien baissé de niveau ces dernières année - on se trouve en présence de l’exercice de style imposé, assez éloigné de la réalité présentée par le défunt au cours de son existence.

J’en veux pour preuve le rapport Mucyo auquel José Kagabo a fait plus que coopérer. Ce document est truffé de contre-vérités et même de faux documents. Le « Français de cœur[1] »  n’a cessé de mettre la France en accusation par tous les moyens, y compris les plus mensongers. D’ailleurs lorsque les officiers français mis en accusation ont attaqué devant les tribunaux français le communiqué rédigé à partir de ce rapport Mucyo, les autorités rwandaises, y compris le sénateur Kagabo, ont misérablement refusé le débat. Elles ont invoqué, pour se tirer d’affaire, l’immunité diplomatique du signataire: Tharcisse KARUGARAMA alors ministre de la justice. On conviendra que cette manière de refuser le débat s’apparente davantage à une reconnaissance de culpabilité qu’à une recherche de vérité.

Plus loin, on affirme que « Evidemment, à propos du génocide aussi, José savait tout». Je ne m’étendrai pas sur l’adverbe « évidemment » que nous avons désormais l’habitude de trouver pour solde de toute démonstration dans ce dossier rwandais.  Et ce d’autant que je crois volontiers que José « savait tout ». Et s’il savait tout, il est donc impardonnable.

Impardonnable de ne pas avoir dénoncé les crimes du FPR commis à Byumba en 92 et à Ruhengeri en 93. Impardonnable de ne pas avoir dénoncé les crimes du FPR commis en 1994 dans tout le Rwanda. Impardonnable de ne pas avoir dénoncé les crimes du FPR commis au Congo depuis 1994. Et surtout impardonnable de ne pas avoir dénoncé les assassinats commis par le FPR contre ceux qui, eux, avaient eu le courage de dénoncer ces crimes.

Je réserverai l’expression de mon émotion en songeant à tous ceux qui estimaient qu’hutu et tutsi étaient égaux en droit : Augustin Cyiza, Seth Sedashonga et tant d’autres dont la liste s’allonge chaque année, chaque mois, chaque fois qu’un juge occidental refuse d’accorder le statut de témoin protégé à celui qui va parler, qui voudrait parler, qui aurait voulu parler...

Foin d’hypocrisie ! Je ne regretterai pas l’absence de José Kagabo. Il ne me manquera pas. Je prierai simplement pour que Dieu ait pitié de son âme  et prenne en considération ses doutes, voire les remords qu’insinue C. Braeckman lorsqu’elle se demande s’il était  « miné par ces angoisses accumulées ».


[1] Après avoir tout essayé pour faire interdire le colloque organisé par Démocraties le 1 avril 2014 au Sénat sur « Rwanda : La vérité des acteurs » -  http://sfbayview.com/2014/05/rwanda-absolute-power-at-any-price -  Kigali a dépêché le sénateur Kagabo  - « français de cœur » parait-il - pour y représenter l’ambassade du Rwanda à Paris .

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