Dossier Rwandais : un lapsus révélateur !

Accusations ? Vous avez dit "accusations"? Comme c'est bizarre!

Dans son article[1] du 29 mars 2019, exposant des ragots recueillis lors du dernier colloque sur le Rwanda qui s’est tenu à Sciences Po le 27 mars dernier, le journaliste a commis un lapsus qui, à lui seul , exprime beaucoup plus que tout ce qu’on a pu dire jusque–là sur ce sujet.

Commentant la supposée composition de la future commission d’enquête annoncée par la Présidence de la République sur le rôle de la France au Rwanda,  l’article relate que, selon la rumeur répandue par l’un d’entre eux,  certains historiens qui s’imaginaient avoir été pressentis en seraient finalement écartés. Le journaliste en conclut par : «  Des accusations qui, si elles se révèlent vraies, sont de nature à dégrader les rapports entre la communauté étroite des spécialistes français du Rwanda et le pouvoir politique, comme c’est le cas depuis 1994 ».
A première lecture, on est étonné par le choix du  terme « accusations ». Accusations ? De quelles accusations s’agit-il ?  Qui accuse qui ? Puis, on comprend qu’il s’agit probablement d’une coquille : on aurait voulu écrire, « récusations » ce qui serait beaucoup plus cohérent avec le texte qui précéde.
Simple coquille, cela arrive à tout le monde.  Mais il se trouve que celle-là est doublement ou triplement révélatrice :
- Ces récusations se seraient transformées en accusations car, dans l’esprit de certains, cette commission d’historiens aurait pu avoir un but occulte bien précis. Dans la suite logique du non-lieu extorqué à la justice française dans l’enquête sur l’attentat du 6 avril 94 qui tua deux chefs d’état africains et déclencha le génocide, elle aurait pu exonérer l’actuel tenant du pouvoir à Kigali de tous ses crimes en faisant porter la responsabilité du génocide rwandais sur les seules « erreurs d’appréciations » de la France. Ces récusations nous ramèneraient donc, en éliminant les missi dominici, aux accusations portées initialement contre les proches de Kagame ; d’où le lapsus.
- L’indignation exprimée par cet article devant ces supposées  «récusations/ accusations » semble être à la mesure du lobbying probablement exercé précédemment en vue d’installer aux manettes de cette commission ceux qui, aujourd’hui , reçoivent les confidences d’un « membre du gouvernement », sans précision, bien évidemment. Ces fuites montrent combien les contacts étaient anciens et confiants. L’amertume ressentie par les « chercheurs »  écartés justifierait-elle cependant la menace clairement exprimée par l’article selon laquelle, si cette commission est finalement mise sur pied, ses membres ne seront pas considérés comme appartenant à « la communauté étroite des spécialistes français du Rwanda » dont, dit-on encore, les rapports avec le  pouvoir politique seraient « dégradés depuis 1994 ». On ne fait pas plus confraternel : en clair, hors AUDOIN-ROUZEAU et Hélène DUMAS, point de salut. Tous les autres sont incompétents, même si on ne connait pas encore leur nom, et le travail qu'il fourniront ne sera pas du travail de spécialistes !  Décidément dans le dossier rwandais, il est,  en France, difficile de sortir de la vision stupidement manichéenne que Kagame a réussi à imposer à l’EHESS via José Kagabo !
- Mais cet article sous-entend aussi, bien qu’il n’a pas, et pour cause, osé l’écrire que ces « accusations » justifieraient que Kigali se fâche lui aussi. Il y aurait eu à Kigali volonté d’introduire dans cette commission des gens qui lui étaient d’ores et déjà acquis, ainsi qu’on l’a vu plus haut. On sait que l’un au moins des « spécialistes français du Rwanda » pressenti puis écarté a fréquemment affiché sa proximité avec la CNGL de Bizimana ; CNGL qui est ouvertement une émanation du pouvoir kigalien pour assoir l’exploitation médiatique du génocide , faire taire les opposants à Kagame et assoir définitivement l’impunité de celui-ci.
Voilà qui confirme, s’il en était encore besoin, l’appréciation portée par des  experts étrangers sur l’aspect « lamentable » du débat mené en France depuis des années sur le drame rwandais.

 

[1] https://www.la-croix.com/Monde/Afrique/Genocide-Rwanda-historiens-ecartes-future-commission-denquete-2019-03-29-1201012195

 

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