Comment gonfler son PIB pour les nuls

Suivant en cela les recommandations d’Eurostat[1], la Grande-Bretagne et l’Italie intègrent dans le calcul de leur PIB[2], les revenus générés par la prostitution et le trafic de drogue. La Belgique va s’y mettre. La France intègre déjà les revenus de la prostitution, dans la mesure où les prostituées payent des impôts.[3]

Suivant en cela les recommandations d’Eurostat[1], la Grande-Bretagne et l’Italie intègrent dans le calcul de leur PIB[2], les revenus générés par la prostitution et le trafic de drogue. La Belgique va s’y mettre. La France intègre déjà les revenus de la prostitution, dans la mesure où les prostituées payent des impôts.[3]

C’est bien, mais c’est jouer petit bras. Pourquoi n’intègre-t-on pas dans notre PIB les revenus générés par les braquages, les cambriolages, le vol à la tire, on y met bien les revenus des compagnies d’assurances qui s’en rapprochent de très près, l’extorsion de fonds, art pratiqué avec maestria par les banques, le vol de téléphones portables, industrie très développée et parfaitement rentable, de même que toutes les petites agressions qui font le charme de notre vie quotidienne dans notre beau pays.

Ces activités productrices de richesses, d’après les déconomistes[4] qui conseillent nos gouvernants, pourraient également être soumises à la TVA et à l’impôt sur le revenu. On a vu que c’était déjà le cas des prostituées, pourquoi pas les cambrioleurs ? Ce serait la moindre des choses que les gros braqueurs, ayant piqué plus d’un million d’euros, payent également l’Impôt sur la Fortune (ISF).

Les délits routiers, les crimes de sang, l’évasion fiscale, bien que difficiles à évaluer en termes de « production » y trouveraient avantageusement leur place. On trouve bien, dans le PIB, la publicité, activité hautement reconnue, qui ne produit pourtant que du vent et de l’idéologie consumériste.

Le harcèlement, moral ou sexuel, le harcèlement de rue, activités en plein expansion, seraient également à leur place dans ce beau tableau.

En gonflant le PIB, cela ferait diminuer le pourcentage de la dette, et les nouveaux impôts sur le revenu des crimes et délits abonderaient le budget de l’État, assez mal en point ces temps-ci. On comprend que la Commission Européenne insiste lourdement pour ce toilettage des statistiques.

Ces activités, certes pour partie encore illégales, gagneraient une légitimité certaine à n’être envisagées que sous l’angle de l’économie marchande. Les truands de toute sorte rejoindraient ainsi la cohorte des gens respectables, productifs, bien insérés, où l’on trouve déjà les spéculateurs, les dirigeants des fonds de pension, les proxénètes, les optimisateurs fiscaux et certains anciens ministres du budget que la Justice inquiète aujourd’hui.

Voilà qui, au passage, réglerait la question de la réinsertion des détenus. Le MEDEF, qui abrite déjà une bonne partie de ceux qui vivent bien du travail des autres, est prêt à s’ouvrir à ces nouveaux entrepreneurs, une fois sanctifiés par le fisc

Tout bénef, donc.

À l’inverse, il va de soi que la poésie, dont l’apport au PIB est ridicule, alors même qu’aucun poète ne paye l’ISF, qui ne donne que des cacahuètes de TVA, sera en conséquence de cette illégitimité, déclarée illégale, et qu’une brigade spécialisée de la PJ sera créée pour une chasse aux poètes qui assainira notre beau pays.

 

Michel Thion

 


[1] Eurostat est l’Office statistique de l'Union européenne. Son siège est à Luxembourg.

[2] Produit intérieur brut. Mesure très approximative des richesses produites à l’intérieur d’un pays.

[3] Cf « L’expansion » du 5 juin et bien d’autres articles de presse.

[4] J’appelle « déconomiste » tous ces experts autoproclamés, qui nous expliquent de manière à la fois savante et péremptoire ce qui va se produire, et ensuite, vous expliquent de la même manière pourquoi cela ne s’est pas produit.

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