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Billet de blog 31 mars 2017

Petit précis de lynchage médiatique

Voici donc la LDH instituée en censeur de Charb. Mieux, elle « conforte les fanatiques dans leur rage contre Charlie [1]» à propos de l’affaire des caricatures. Autant dire qu’elle est complice des assassins. Peu importe que la LDH ait affirmé le droit de Charlie à publier ces dessins ou récuser toute acte de censure. On reconnaît bien là le sens de la mesure de Caroline Fourest et surtout son peu de souci de la vérité.

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La LDH, censeur de Charb ? Revenons un peu sur les faits. La structure qui accueille une grande partie du monde associatif lillois (plus de 120 associations) contacte de manière informelle la section de Lille de la LDH (et le Mrap de Lille) pour parrainer (et payer) une lecture du discours de Charb sur l’Islamophobie par une compagnie artistique lilloise. Première interrogation : pourquoi s’adresser à la LDH pour parrainer la lecture d’un texte auquel elle n’adhère pas ? Bien d’autres associations au sein de la MRES pouvait offrir ce parrainage. Curieusement, c’est à la LDH qu’on demande, non d’organiser un débat contradictoire, mais de cautionner la lecture unilatérale de thèses qu’elle ne partage pas. La section de Lille décline donc la proposition qui lui est faite ; Toujours curieusement, la direction de la MRES ne se retourne pas vers une des 120 autres associations qu’elle accueille pour demander un parrainage et cette lecture n’aura donc pas lieu dans les locaux de la MRES.

Le reste ne concerne pas la LDH. Le retrait de la salle par l’Université ou le refus de plusieurs lieux du festival d’Avignon d’accueillir cette lecture n’est pas de la responsabilité de la LDH, nationale ou locale, n’ayant eu de liens, à l’évidence, ni avec les uns ni avec les autres.

Déduire de cela que la LDH aurait voulu censurer Charb relève au mieux d’une mauvaise information au pire de la mauvaise foi la plus avérée.

A ce simple exposé des faits, j’ajouterai quatre réflexions.

C’est une maladie bien contemporaine de ne pas vérifier les faits ou de n’en conserver que ceux qui répondent à l’usage qu’on veut en faire. Caroline Fourest n’en est qu’un exemple parmi d’autres mais cette lèpre de la vérité, qui atteint des sommets sur les réseaux sociaux, s’instille jusque dans les pages de publications auxquelles on fait confiance a priori. Si tout débat doit commencer par rétablir la vérité des faits, c’est le débat lui-même que l’on tue.

Il y a quelque chose de proprement insupportable à transformer l’assassinat de Charb en une sorte de sanctification de ses écrits. Si la DRH de Charlie considère que le texte de Charb est « ouvert » et « tolérant », d’autres peuvent avoir un avis différent et le dire, comme avoir critiqué, en son temps, la ligne éditoriale de Charlie, n’autorise personne à crier à la censure et encore moins à exercer un quelconque rapprochement avec les assassins de Charb ou leurs thèses.

Passer son temps à accuser l’autre d’être complice des assassins, d’être des « islamo-gauchistes » ou d’être des racistes islamophobes ou des laïcards ringards n’élève pas le débat et empêche non d’arriver à un improbable consensus mais simplement de comprendre les termes de la dispute.

Enfin, et espérons que nous pourrons au moins être d’accord sur ce point, interdire une parole, dès lors qu’elle s’inscrit dans les limites prévues par la loi, c’est une atteinte à la démocratie elle-même. Quelle que soit la forme de cette interdiction, qu’il s’agisse d’une autocensure ou par le biais d’anathèmes, nous ne pouvons y souscrire ; Mais encore faut-il que cela vaille pour tous, pour une thèse comme pour sa réfutation.

Michel TUBIANA

Président d’honneur de la LDH


[1] Caroline Fourest in Marianne du 31 mars 2017.

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