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Billet de blog 14 février 2025

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La Septicémie de la Terre !

Nous vivons dans l'illusion d'une transition verte alors que CO2 et CH4 précipitent notre chute. Le permafrost dégèle, libérant un méthane destructeur. Les océans s’acidifient, les forêts meurent et les dirigeants alimentent ce chaos. Chaque jour, nous franchissons des points de non-retour. Ce billet n’est pas un appel, mais un constat d’échec : nous avons perdu le contrôle

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"Il y a des gens qui s'entraînent à courir tous les jours pour arriver au même endroit que moi, avec 7 secondes d'avance."

  • Paul Mirabel

La Septicémie de la Terre !

Illustration 1
« La Septicémie de la Terre » – Une planète gangrenée par la pollution et le capitalisme, marchant vers son effondrement. © Michel Debailleul

Introduction : CO2 et CH4, Accélérateurs de Catastrophe dans l'Ère de l'Illusion …

Nous vivons encore dans l'Ère de l'Illusion :

Une époque où les promesses de croissance infinie, de technologie salvatrice et de "transition verte" masquent la réalité brutale :

Nous sommes en train de détruire irrémédiablement les écosystèmes dont dépend notre survie.

Deux gaz jouent un rôle central dans cette catastrophe annoncée : le dioxyde de carbone (CO2) et le méthane (CH4).

Leur impact est exponentiel, créant des cercles vicieux dont nous perdons déjà le contrôle.

CO2 : Le Cumul Fatal

Le dioxyde de carbone est le principal gaz à effet de serre issu de l'activité humaine :

Combustion des énergies fossiles

Déforestation massive

Production industrielle effrénée

Sa particularité ? Il reste dans l'atmosphère pendant des siècles !!!

Même si nous cessions aujourd'hui toutes les émissions, son impact continuerait de s'accumuler pendant des générations.Les conséquences sont catastrophiques :

 Les océans s'acidifient, détruisant les récifs coralliens et perturbant toute la chaîne alimentaire

 Les forêts meurent, ravagées par les incendies, la déforestation et les sécheresses.

 Les dernières barrières naturelles cèdent, laissant le CO2 s'accumuler sans entrave.

Et pourtant, l'illusion persiste :

On parle de "compensation carbone", comme si planter quelques arbres pouvait effacer des décennies de pollution.

On vante la capture du CO2, une technologie encore embryonnaire et inefficace.

La croissance économique reste un dogme intouchable, incompatible avec une réduction des émissions.

CH4 : Le Détonateur Ignoré

Le méthane (CH4) est 25 fois plus puissant que le CO2 en termes de réchauffement climatique.
Il provient principalement :

De l'agriculture industrielle (notamment les ruminants).

Des décharges et de l'exploitation du gaz naturel.

Du permafrost, qui fond à une vitesse alarmante.

En Sibérie, en Alaska et au Canada, le permafrost renferme des quantités colossales de méthane.

Avec le réchauffement, ce gaz s'échappe en formant des bulles piégées dans les lacs ou, pire, provoque des explosions massives créant d'énormes cratères.

En Sibérie, 7 000 bulles de méthane sont prêtes à exploser et hors de tout contrôle ...

Ce processus est déjà lancé et va s'intensifier, entraînant un effet domino irréversible !

Et le déni persiste !

Les Nouvelles Initiatives Fossiles et l'Accélération de la Catastrophe :

Malgré l'urgence climatique, de nombreux gouvernements et entreprises poursuivent des projets d'exploitation des énergies fossiles, aggravant ainsi le cercle vicieux du réchauffement climatique.

Des projets d'expansion des pipelines, de forages en Arctique ou de nouvelles infrastructures gazières sont en développement à travers le monde, soulignant une obstination désastreuse.

Ces initiatives augmentent non seulement les émissions de CO2, mais elles perturbent aussi des écosystèmes sensibles, notamment dans des régions comme l'Arctique.

 Le gaz naturel et le pétrole extraits ne sont pas simplement une question d’énergie ; ils activent également des phénomènes naturels incontrôlables, comme la libération de méthane du permafrost.

En continuant sur cette voie, nous multiplions les risques, en exacerbant la crise tout en minimisant les possibilités de relance d'une transition énergétique réelle. 

Les Bactéries et Virus du Permafrost : Une Menace Invisible

Sous la surface du permafrost, au-delà des gaz piégés, réside un autre danger, tout aussi insidieux et encore largement ignoré : les bactéries et virus anciens.

Le réchauffement rapide de l'Arctique ne se limite pas à libérer du méthane et du CO2 ; il ouvre également la voie à la libération d'organismes pathogènes, restés en dormance pendant des millénaires.

De récentes études ont démontré que des virus datant de plusieurs siècles, voire de milliers d'années, sont capables de renaître de leurs cendres lorsque les glaces fondent.

De plus, des bactéries anciennes peuvent émerger et potentiellement créer des épidémies dans un monde qui n'est plus préparé à ces menaces.

Si nous ne parvenons pas à inverser cette tendance, l'acidification des océans et l'élévation des températures risquent non seulement de bouleverser notre environnement, mais aussi de réveiller des pandémies d'un autre âge

L'Irréversible : Points de Bascule et Rupture de l'Équilibre

Nous avons franchi plusieurs points de bascule climatiques :

Le dégel du permafrost, libérant un "monstre" endormi depuis l'âge de glace.

La transformation de l'Amazonie en source de CO2 au lieu d'un puits de carbone.

L'accélération de la fonte des glaces polaires, perturbant les courants marins et le climat mondial.
Nous avons éteint les derniers garde-fous.Les forces de la nature que nous avons nous-mêmes déclenchées ne peuvent plus être arrêtées

Poutine, Trump et Xi Jinping : Les Architectes du Chaos


Les dirigeants politiques et les multinationales ont persisté à détruire l'avenir pour des profits court-termismes.

Poutine, avec sa politique de forage et d'exploitation des énergies fossiles, renforce la dépendance mondiale au gaz et au pétrole.

Trump, avec son climato-scepticisme assumé, a saboté chaque initiative environnementale.

Xi Jinping, sous couvert de "transition écologique", a accéléré l'expansion industrielle chinoise, principal pollueur mondial.

Ils ont alimenté la machine à destruction massive.

Pourquoi Nous Échouerons

La vérité, c'est que nous n'y arriverons jamais.

Pas par manque de solutions, mais parce que nous sommes incapables de changer nos modes de vie et nos structures économiques.

Le consumérisme et la croissance économique restent des priorités absolues.

Les solutions "vertes" ne sont qu'un Greenwashing cynique.

Les sommets climatiques sont des théâtres de promesses vides et de complicité criminelle.

Nous avons rompu l'équilibre.

La fin est connue : l'extinction de l'humanité ...

Qu'a-t-on réellement fait :

Poursuivre, quand bien même réduire, comme le dit Paul Mirabel :

"Y a des gens qui s'entraînent à courir tous les jours pour arriver au même endroit que moi, avec 7 secondes d'avance."

Cette image illustre parfaitement notre démarche face à la crise climatique.

Malgré des années d'alertes et de tentatives, nous avons essentiellement tourné en rond, avec de maigres avancés, voire des reculs.

Les premières alertes remontent au XIXe siècle, lorsque des scientifiques ont déjà pointé du doigt les dangers des gaz à effet de serre. Dès 1859, John Tyndall démontre l'impact du CO2 sur l'atmosphère.

Mais que s'est-il passé depuis ?

Des décennies de procrastination, d'ignorance et de tergiversations politiques.

Nous avons vu des conférences, des promesses, des accords qui, au lieu de changer les choses, n'ont fait qu'enterrer le problème sous des mots vides.

Les COP, de la COP1 à la COP26, se sont succédées sans que les objectifs ambitieux soient véritablement atteints.

Des engagements comme ceux de Paris en 2015, où l'on promettait de limiter le réchauffement à 1,5°C, se sont vite révélés comme des promesses de papier.

Le rapport du GIEC de 2021 a pourtant sonné l'alarme : la trajectoire actuelle nous mène bien au-delà de ces objectifs.

Ce n’est pas faute de preuves solides, de données scientifiques, de rapports. Non, ce qui a fait défaut, c’est l'action véritable, un changement de cap radical, une volonté politique et économique d'assumer l'urgence climatique.

Au lieu de cela, nous avons choisi de continuer à courir sur place, sous l'illusion que les petites actions suffiraient à compenser les immenses dégâts que nous avons causés.

Chaque année, les mêmes discours, les mêmes excuses, mais rien de fondamentalement solide : aucune restructuration de nos systèmes économiques, aucune réelle transition énergétique, aucun changement de paradigme.

Nous avons voulu faire comme si "cela allait se résoudre tout seul", avec des solutions temporaires, comme les crédits carbones, ou en se cachant derrière des technologies encore trop incertaines.

Et, pendant ce temps, l'horloge du climat continue de tourner, inexorablement.

Réduire, c’est de toute façon arriver dans le mur !

Nous avons oublié que l’ampleur du problème n’est pas seulement dans ce que nous émissions chaque année, mais dans tout ce que nous avons déjà libéré dans l’atmosphère, dans la Terre, dans les océans.

Tant que nous n’aurons pas changé radicalement notre manière de vivre, de consommer et de produire, il sera trop tard.

Nous continuons de croire qu'en ralentissant un peu, en ajustant ici et là, on pourra éviter l'impact dévastateur.

Mais cela ne suffit pas.

Nous avons dépassé les limites de sécurité, et il n'y a plus de temps pour continuer à courir dans la même direction !

Conclusion : L'Illusion Jusqu'à la Chute

Nous sommes encore dans l'ère de l'Illusion.

Celle où on croit encore aux solutions miracles.

Mais la réalité nous rattrape :

Les bulles de méthane qui explosent en Alaska et en Sibérie sont des avertissements indiscutables.

Les tempêtes, les incendies et les canicules records ne sont que le début.

Nous avons perdu le contrôle et nous préférons détourner les yeux.

Ce billet n'est pas un appel à l'action.

C'est un constat d'échec.

Nous continuerons à nier l'inévitable jusqu'à ce qu'il soit trop tard.

ET, au moins, en l'écrivant :

J’ai quitté l’ère de l’illusion et rejoins celle de la Post-Illusion.

                                                                                                                                       Michel Debailleul
                                                                                                                                       Géophysicien ULB

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