La "civic tech", nouveau continent de la démocratie participative

Accessibles à tous, les outils digitaux font évoluer en profondeur la démocratie participative. Baptisée "civictech", cette tendance consiste à mettre le numérique au service d'une démocratie non plus simplement représentative ("tu m'as élu, je décide") mais aussi participative, où les citoyens peuvent interagir avec les pouvoirs publics et participer aux processus de décision.

Consultations publiques et budgets participatifs : exit les réunions publiques, vive les rencontres numériques !

Les collectivités territoriales et l'Etat utilisent de plus en plus les outils numériques pour impliquer les citoyens aux processus de décision.

Ainsi, de plus en plus de communes consacrent une partie de leur budget au financement de projets proposés directement par les citoyens : à Paris, un site (budgetparticipatif.paris.fr) est dédié à la proposition de ces idées, parmi lesquelles les citoyens peuvent ensuite choisir celles qu'ils préfèrent. C'est le cas également à Rennes ou à Nantes.

La plate-forme Consultvox surfe ainsi sur cette volonté d'associer les citoyens à la prise de décisions, en proposant aux collectivités de nombreux outils de participation citoyenne : sondages, tables rondes numériques, carte participative...

Et les ministères du gouvernement Philippe ont ainsi pris l'habitude, depuis le début du mandat, de mettre en place des plates-formes de consultations publiques ouvertes à tous dans le cadre de l'élaboration de différents projets de loi ou de décrets (toutes les consultations en cours sont recensées sur le site www.vie-publique.fr).

 

Echanges directs avec les candidats ou les élus

Loin des traditionnelles poignées de main au marché, impondérables à tout candidat ou élu local, la "civic tech" est également en train de renouveler la relation entretenue par les élus avec leurs administrés.

Plusieurs sites ou applications permettent ainsi aux citoyens d'interpeller directement la personnalité politique de leur choix. La plate-forme Questionnezvoscandidats.org recense ainsi les élections en cause, et permet à chacun, comme son nom l'indique, d'interpeller les candidats sur les sujets de son choix.

L'application Stig veut elle aussi permettre une relation plus directe entre les élus et les citoyens, et permet également à chacun de soumettre des idées, qui seront ensuite classées par "pertinence" (c'est-à-dire en fonction du succès qu'elle aura rencontrée auprès des citoyens concernés).

 

Pétitions en ligne : les "manifs" à l'heure du numérique

Les plates-formes de pétitions en ligne ont envahi la sphère numérique française depuis  une demi-douzaine d'années.

Ces pétitions, qui recueillaient auparavant peu d'écho auprès de la sphère politique, sont désormais un réel levier d'action.

Récemment, des internautes ont par exemple réussi, grâce à une pétition mise en ligne sur Citizaction.fr,  à mettre fin aux appels surtaxés dans les services publics (hôpitaux, mairies...).

La plate-forme MesOpinions.com revendique elle-aussi plusieurs victoires sur des problématiques locales ou d'ordre personnel, mais dont certaines peuvent également avoir une portée nationale, comme celle d'un jeune homme handicapé qui a pu obtenir suite à la mobilisation en ligne un auxiliaire de vie à l'université, et qui veut maintenant faire changer la loi sur les aidants à l'université.

Sur Change.org, des internautes ont pu, de leur côté, empêcher la fermeture du Musée des tissus de Lyon. Sur un sujet plus sérieux, la plate forme revendique aussi d'avoir réussi à influer la décision du président de faire entrer Simone Veil au Panthéon.

 

Le "boycott citoyen" : quand le "consom'acteur" reprend la main

Comment reprendre la main et donner un sens à sa consommation, face à des multinationales aux pratiques contestables ? Grâce aux outils digitaux, des initiatives qui jusqu'alors relevaient du choix personnel peuvent prendre une portée plus importante et avoir un réel impact, avec notamment des plates-formes de "boycott citoyen" comme i-boycott.org, qui organisent des campagnes dénonçant les mauvaises pratiques de firmes, et invitant celles-ci à évoluer pour regagner la confiance des consommateurs.

 

Reste maintenant à savoir quand, et dans quelle mesure, les dirigeants politiques intègreront-ils les outils de la "civic tech", vraie réponse à une recherche de démocratie horizontale et participative.

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