L'Encyclique "LAUDATO SI" - la version laïque


L'Encyclique "LAUDATO SI"

Le cri d'alerte du Pape François !

Pape François Cri de Munch


1 - "LAUDATI SI"  : une version laïque pour les non-croyants

Il est entendu ici par non-croyants, ceux qui déclarent qu'ils ne croient pas "aux conneries" des curés. Leur choix est respectable. Même ceux qui se sont amusés à demander si "Laudato" était le frère de Omar... le comédien Omar SY… meilleur acteur 2012 !

Pourquoi une version laïque d'une encyclique ?

Parce que la Planète Terre compte 7,3 milliards d'humains, alors qu'il n'y a que 1,3 milliards de catholiques. Alors pour les 6 milliards de cerveaux qui seraient allergiques à des "expressions et des idées de curé" et refuseraient donc de lire cette riche Encyclique, une version "expurgée", une version sans aucune référence à la religion catholique leur est proposée. Dans cette version laïque et de fait légèrement raccourcie :

- "Dieu créateur", "création" et "nature" ont été remplacés par "Dame Nature"

- "péché" par "erreur"

- "terre" par "Planète Terre"

- et tous les paragraphes faisant référence aux Ecritures, aux Saints, à la Foi, à l'Eucharistie, etc.. ont été supprimés. Détail : Nature et Terre ont pris un N et un T majuscule.

Voilà. Et cette lettre Encyclique ainsi laïcisée n'en reste pas moins très complète, très documentée, très fouillée. C'est une étonnante analyse économique, sociale, politique, culturelle… Elle garde toute sa vérité, toute son intelligence, toute sa force.

Bonne lecture aux "hommes de bonne volonté" non-croyants à qui elle s'adresse…

Cette version laïque de 48 pages est lisible à cette adresse :

http://www.villesurterre.eu/images/stories/Encyclique-Laudato-Si-Version-laique.pdf

La version originale est lisible à cette adresse :

http://w2.vatican.va/content/francesco/fr/encyclicals/documents/papa-francesco_20150524_enciclica-laudato-si.html


Il faut noter que Nicolas HULOT, lui, s'est intéressé à une lecture laïque de LAUDATO SI :

http://www.lejourduseigneur.com/Web-TV/Thematiques/Questions-sur-Dieu/Le-Dieu-de-la-vie/La-creation/Reactions-de-Nicolas-Hulot-a-l-encyclique-Laudato-Si


2 - "LAUDATO SI"  et le nucléaire

Dés sa publication, le 18 juin 2015, la question était de savoir comment l'Encyclique "Laudato si" traiterait du nucléaire, et notamment le projet CIGéo (enfouissement des déchets nucléaires à 500 m sous BURE en Champagne-Lorraine. D'autant plus que dans le petit Groupe Ethique qui a publié un dossier sur le sujet :

http://www.villesurterre.eu/images/ethique-fascicule-complet-coul-sans-p-blanche.pdf

on avait entendu Monseigneur Marc STENGER, l'Evêque de Troyes dire : "Vous allez voir !"

pappe et Hollande EE-LV

Et on a pu constater qu'il est vraiment très bon ce François là !
Sûr, il est bien conseillé !
Quant à ceux qui disent que François a écrit ces 44 000 mots de sa main devraient aller se confesser…

Bref, nous avons vite recherché dans l'Encyclique les mots "nucléaire" et "atomique".

Dans LAUDATO SI’ on ne trouve le mot "nucléaire' que 4 fois.
Notre crainte était que Ses conseillers ne l’obligent à déclarer que le nucléaire pouvait sauver le climat ! Avec démonstration. Avec les arguments du couple HOLLANDE-HULOT... Pas du tout. Ouf ! Voilà les 4 citations :

paragraphe 3 : Il y a plus de cinquante ans, quand le monde vacillait au bord d’une crise nucléaire, le Pape saint Jean XXIII a écrit une Encyclique dans laquelle il ne se contentait pas de rejeter une guerre, mais a voulu transmettre une proposition de paix.

paragraphe 57 : ... Les risques deviennent gigantesques quand on pense aux armes nucléaires...

paragraphe 104 : Mais nous ne pouvons pas ignorer que l’énergie nucléaire, la biotechnologie, l’informatique, la connaissance de notre propre ADN et d’autres capacités que nous avons acquises, nous donnent un terrible pouvoir. Mieux, elles donnent à ceux qui ont la connaissance, et surtout le pouvoir économique d’en faire usage, une emprise impressionnante sur l’ensemble de l’humanité et sur le monde entier. Jamais l’humanité n’a eu autant de pouvoir sur elle-même et rien ne garantit qu’elle s’en servira toujours bien, surtout si l’on considère la manière dont elle est en train de l’utiliser. Il suffit de se souvenir des bombes atomiques lancées en plein XXe siècle, comme du grand déploiement technologique étalé par le nazisme, par le communisme et par d’autres régimes totalitaires au service de l’extermination de millions de personnes, sans oublier, qu’aujourd’hui, la guerre possède des instruments toujours plus mortifères.

paragraphe 184 : Quand d’éventuels risques pour l’environnement, qui affectent le bien commun, présent et futur, apparaissent, cette situation exige que « les décisions soient fondées sur une confrontation entre les risques et les bénéfices envisageables pour tout choix alternatif possible ». Cela vaut surtout si un projet peut entraîner un accroissement de l’utilisation des ressources naturelles, des émissions ou des rejets, de la production de déchets, ou une modification significative du paysage, de l’habitat des espèces protégées, ou d’un espace public. Certains projets qui ne sont pas suffisamment analysés peuvent affecter profondément la qualité de vie dans un milieu pour des raisons très diverses, comme une pollution acoustique non prévue, la réduction du champ visuel, la perte de valeurs culturelles, les effets de l’utilisation de l’énergie nucléaire.
La culture consumériste, qui donne priorité au court terme et à l’intérêt privé, peut encourager des procédures trop rapides ou permettre la dissimulation d’information.

Par ailleurs, le paragraphe 21 est entièrement consacré aux déchets, et les déchets radioactifs sont cités :

Il faut considérer également la pollution produite par les déchets, y compris les ordures dangereuses présentes dans différents milieux. Des centaines de millions de tonnes de déchets sont produites chaque année, dont beaucoup ne sont pas biodégradables : des déchets domestiques et commerciaux, des déchets de démolition, des déchets cliniques, électroniques et industriels, des déchets hautement toxiques et radioactifs. La terre, notre maison commune, semble se transformer toujours davantage en un immense dépotoir.

Alors :  Est-ce que c’est "notre" Marc STENGER, par ailleurs bien placé dans l’organigramme de La Conférence des Evêques, et dans celui de Pax Christi France, qui a écrit l’article 184 ? Il aurait pu.


3 - Un réquisitoire contre le nucléaire ?

D'autres s'intéressent à différents paragraphes complémentaires, et concluent que « Laudato Si' » est un véritable réquisitoire contre le nucléaire civil et militaire.

Le Pape dénonce :

- cette situation qui nous conduit à une schizophrénie permanente. (118)

- certains projets qui ne sont pas suffisamment analysés peuvent affecter profondément la
 qualité de vie dans un milieu pour des raisons très diverses…/… comme les effets de l’utilisation de l’énergie nucléaire. (184)

 Il précise :

- que même les atomes ou les particules sous-atomiques ne peuvent être considérés séparément. (138)

 - que nous ne pouvons pas ignorer que l’énergie nucléaire…/… nous  donnent un terrible pouvoir. Mieux, elles donnent à ceux qui ont la connaissance, et surtout le pouvoir économique d’en faire usage, une emprise impressionnante sur l’ensemble de l’humanité et sur le monde entier. Jamais l’humanité n’a eu autant de pouvoir sur elle-même et rien ne garantit qu’elle s’en servira toujours bien, surtout si l’on considère la manière dont elle est en train de l’utiliser. (104)

- que  si l’information objective conduit à prévoir un dommage grave et irréversible, bien qu’il n’y ait pas de preuve indiscutable, tout projet devra être arrêté ou modifié. (186)
 
Pour eux, cette encyclique représente un appui au combat contre le crime nucléaire. ... Mais effectivement, ceux qui nous gouvernent ne s'intéressent qu'au temporel, qu'aux effets immédiats, qu'aux intérêts privés… et n'en ont rien à faire de la préservation de l’écologie et du bien commun. (225) 


4 - Le processus de prise de décisions

Il est vrai aussi que la séquence des paragraphes 182 à 188 sur le processus de prise de décisions est d'un réalisme étonnant si on l'applique au projet CIGéo :

182. La prévision de l’impact sur l’environnement des initiatives et des projets requiert des processus politiques transparents et soumis au dialogue, alors que la corruption, qui cache le véritable impact environnemental d’un projet en échange de faveurs, conduit habituellement à des accords fallacieux au sujet desquels on évite information et large débat.

183. Une étude de l’impact sur l’environnement ne devrait pas être postérieure à l’élaboration d’un projet de production ou d’une quelconque politique, plan ou programme à réaliser. Il faut qu’elle soit insérée dès le début, et élaborée de manière interdisciplinaire, transparente et indépendante de toute pression économique ou politique. Elle doit être en lien avec l’analyse des conditions de travail et l’analyse des effets possibles, entre autres, sur la santé physique et mentale des personnes, sur l’économie locale, sur la sécurité. Les résultats économiques pourront être ainsi déduits de manière plus réaliste, prenant en compte les scénarios possibles et prévoyant éventuellement la nécessité d’un plus grand investissement pour affronter les effets indésirables qui peuvent être corrigés. Il est toujours nécessaire d’arriver à un consensus entre les différents acteurs sociaux, qui peuvent offrir des points de vue, des solutions et des alternatives différents. Mais à la table de discussion, les habitants locaux doivent avoir une place privilégiée, eux qui se demandent ce qu’ils veulent pour eux et pour leurs enfants, et qui peuvent considérer les objectifs qui transcendent l’intérêt économique immédiat. Il faut cesser de penser en terme d’“interventions” sur l’environnement, pour élaborer des politiques conçues et discutées par toutes les parties intéressées. La participation requiert que tous soient convenablement informés sur les divers aspects ainsi que sur les différents risques et possibilités ; elle ne se limite pas à la décision initiale d’un projet, mais concerne aussi les actions de suivi et de surveillance constante. La sincérité et la vérité sont nécessaires dans les discussions scientifiques et politiques, qui ne doivent pas se limiter à considérer ce qui est permis ou non par la législation.

184. Quand d’éventuels risques pour l’environnement, qui affectent le bien commun, présent et futur, apparaissent, cette situation exige que « les décisions soient fondées sur une confrontation entre les risques et les bénéfices envisageables pour tout choix alternatif possible ».[131] Cela vaut surtout si un projet peut entraîner un accroissement de l’utilisation des ressources naturelles, des émissions ou des rejets, de la production de déchets, ou une modification significative du paysage, de l’habitat des espèces protégées, ou d’un espace public. Certains projets qui ne sont pas suffisamment analysés peuvent affecter profondément la qualité de vie dans un milieu pour des raisons très diverses, comme une pollution acoustique non prévue, la réduction du champ visuel, la perte de valeurs culturelles, les effets de l’utilisation de l’énergie nucléaire. La culture consumériste, qui donne priorité au court terme et à l’intérêt privé, peut encourager des procédures trop rapides ou permettre la dissimulation d’information.

185. Dans toute discussion autour d’une initiative, une série de questions devrait se poser en vue de discerner si elle offrira ou non un véritable développement intégral : Pour quoi ? Par quoi ? Où ? Quand ? De quelle manière ? Pour qui ? Quels sont les risques ? À quel coût ? Qui paiera les coûts et comment le fera-t-il ? Dans ce discernement, certaines questions doivent avoir la priorité. Par exemple, nous savons que l’eau est une ressource limitée et indispensable, et y avoir accès est un droit fondamental qui conditionne l’exercice des autres droits humains. Ceci est indubitable et conditionne toute analyse de l’impact environnemental d’une région.

186. Dans la Déclaration de Rio de 1992, il est affirmé : « En cas de risque de dommages graves ou irréversibles, l’absence de certitude scientifique absolue ne doit pas servir de prétexte pour remettre à plus tard l’adoption de mesures effectives »[132] qui empêcheraient la dégradation de l’environnement. Ce principe de précaution permet la protection des plus faibles, qui disposent de peu de moyens pour se défendre et pour apporter des preuves irréfutables. Si l’information objective conduit à prévoir un dommage grave et irréversible, bien qu’il n’y ait pas de preuve indiscutable, tout projet devra être arrêté ou modifié. Ainsi, on inverse la charge de la preuve, puisque dans ce cas il faut apporter une démonstration objective et indiscutable que l’activité proposée ne va pas générer de graves dommages à l’environnement ou à ceux qui y habitent.

187. Cela n’entraîne pas qu’il faille s’opposer à toute innovation technologique qui permette d’améliorer la qualité de vie d’une population. Mais, dans tous les cas, il doit toujours être bien établi que la rentabilité ne peut pas être l’unique élément à prendre en compte et que, au moment où apparaissent de nouveaux critères de jugement à partir de l’évolution de l’information, il devrait y avoir une nouvelle évaluation avec la participation de toutes les parties intéressées. Le résultat de la discussion pourrait être la décision de ne pas avancer dans un projet, mais pourrait être aussi sa modification ou l’élaboration de propositions alternatives.

188. Dans certaines discussions sur des questions liées à l’environnement, il est difficile de parvenir à un consensus. Encore une fois je répète que l’Église n’a pas la prétention de juger des questions scientifiques ni de se substituer à la politique, mais j’invite à un débat honnête et transparent, pour que les besoins particuliers ou les idéologies n’affectent pas le bien commun.


5 - Le Pape François CONTRE le nucléaire civil ?

A noter un billet qui relate une récente déclaration du Pape François explicitant qu'il est contre le nucléaire civil :

http://blogs.mediapart.fr/blog/michelgueritte/250715/le-pape-francois-se-declare-antinucleaire-civil

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.