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Billet de blog 28 oct. 2013

Elections présidentielles de Madagascar: Attention danger immédiat!

Bien que le scrutin du premier tour tant attendu de l’élection présidentielle Malgache soit clos depuis près de 3 jours, la commission électorale indépendante distille les résultats au compte-goutte suscitant les fantasmes les plus fous sur d’éventuelles fraudes électorales dont le pays est malheureusement coutumier.

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Bien que le scrutin du premier tour tant attendu de l’élection présidentielle Malgache soit clos depuis près de 3 jours, la commission électorale indépendante distille les résultats au compte-goutte suscitant les fantasmes les plus fous sur d’éventuelles fraudes électorales dont le pays est malheureusement coutumier. C’est à peine 20 % des 20 001 bureaux de vote qui sont à ce jour dépouillés sans indication plus précise sur leur importance et leur localisation géographique dans un pays où les disparités régionales sont fortement marquées, ce qui rend les pronostics périlleux. Ne nous désespérons pas cependant, les travaux de la CENI-T (Commission Electorale Nationale indépendante de Transition) sont cette fois lourdement encadrés par de nombreux observateurs internationaux très attentifs à la moindre fraude et c’est surtout l’excès de prudence qui ralentit le processus dont on nous affirme qu’il sera terminé au plus tard à la fin de cette semaine.... Même s’il est beaucoup trop tôt pour tirer des conclusions définitives dans la mesure où certaines variables peuvent encore s’affirmer ou s’infirmer, il se dégage dores et déjà du scrutin du premier tour de l’élection présidentielle , des tendances évidentes , lourdes de menaces pour l’avenir : 1 – premiere constatation notable , le scrutin, fortement encadré par de nombreux observateurs internationaux s’est déroulé dans le plus grand calme, même s’il a été émaillé d’incidents mineurs. Tous les observateurs internationaux l’ont reconnu comme calme, transparent et crédible: voilà une excellente chose. Ce qui sortira des urnes reflétera donc assez fidèlement la volonté du peuple malgache . Sans artifice . 2 – Le taux de participation proche de 60 % c’est à dire du taux de participation du dernier scrutin de 2010, est inespéré. Il est à noter cependant que le pouvoir de transition et les magouilles des politiciens depuis des années ont tellement écœuré les Malgaches que beaucoup n’ont pas fait l’effort de s’inscrire sur les listes électorales, à la grande satisfaction sans doute du pouvoir de Transition... D’autres, inscrits, ne se sont pas déplacés, estimant que cette élection ne changerait en rien leur quotidien de plus en plus difficile. Il faut donc prendre en compte un volant de voix qui ne ce sont pas encore exprimées... et qui le feront peut être au second tour. 3 – Même si les deux candidats en lice pour le second tour , a ce stade du dépouillement, restent les représentants par procuration des deux protagonistes des dernières années, Jean-Louis Robinson pour Marc Ravalomanana (Ancien président interdit de séjour a Madagascar depuis 2009 ) et Hery Martial Rajaonarimampianina pour Ange Rajoelina ( l’ actuel président de l’ Autorite de Transition – non élue- depuis 2009 ) , ce constat masque une vraie réalité: l’échec cinglant des candidats proches du pouvoir de transition qui dirige Madagascar depuis près de 5 ans! Une véritable claque électorale . Qu 'on en juge d'abord par le score du Dr Robinson, jusqu’alors quasi inconnu du grand public, qui avec pres de 30 % des voix fait le plein des voix de Ravalomanana qui lui ont conservé leur fidélité. Le Docteur Robinson, représentant d’une tendance interdite d’expression depuis près de 5 ans sort même largement en tête sur les hauts plateaux malgaches réalisant plus de 40 % des voies dans la région d’Analamanga ( Tananarive )! On appréciera d’autant mieux la performance en précisant que, par son histoire, son influence et son nombre, le vote des hauts plateaux a toujours «fait»les présidents malgaches... Mieux , le maire de Tananarive, Edgard Marie Noé Razafindravahy, nommé par le pouvoir de transition et lié à la famille par alliance d’Ange Rajoelina, réalise un score inférieur à 10 % des voix dans sa propre ville: on ne saurait mieux dire la façon dont ses administrés ont apprécié sa «gestion»! Enfin l’ensemble des candidats proches d’Ange Rajoelina réalisent des scores très médiocres à commencer par le dauphin officieux, Hery Martial Rajaonarimampianina, auquel aucun moyen n’a manqué durant sa campagne outrageusement dépensière qui réalise un score inferieur à 15 %. Tous les candidats proches de la transition ne réalisent pas à eux peinent a réaliser l’équivalent du score du Docteur Robinson... c’est donc une vraie déroute électorale pour un pouvoir de transition qui ne parvient pas à rassembler plus du tiers des électeurs votants malgré l’utilisation de moyens financiers conséquents autant que suspects. En tous cas infiniment supérieurs a leurs adversaires . 4 – Si les résultats partiels qui sont en notre possession étaient confirmés on pourrait estimer pour le moins que les jeux sont très ouverts pour le deuxiéme tour de l'élection , chaque tendance ayant séduit «en gros» un tiers de l’électorat, le dernier tiers étant a partager entre les deux grands courants . Mais là encore, il semble que le sort s’acharne sur l’Autorité de Transition dans la mesure où un des candidats, Hajo Andrianainarivelo , que l’on ne saurait compter parmi les amis d’Ange Rajoelina , réalise près de 10 % des voix lui donnant la possibilité d‘être le «faiseur du Roi» de demain. Il est en effet très probable que Hajo n’appelera pas à voter pour le candidat annoncé de la Transition du second tour (Hery Martial Rajaonarimampianina) et d’aucuns imaginent volontiers qu’il rejoigne, tout en posant ses conditions, le Docteur Robinson en lui permettant ainsi de l’emporter. Le pouvoir de transition , par ailleurs très morcellé , a donc peu de chance de se sortir à bon compte de cette épreuve électorale! 5 –Le mythe de la «révolution» Rajoelina poussé par le peuple rejetant Ravalomanana qui a mené au pouvoir de Transition que Madagascar a connu au cours des dernières années , a donc été laminé par le verdict implacable des urnes, trop longtemps repoussé. Le message sera entendu jusqu’au fond des provinces malgaches et il y a fort à parier que les hésitants ou les timides découragés d’avance qui ne se sont pas présentés aux urnes au premier tour, relèveront la tête et iront au deuxième tour donner leur voix... au Docteur Robinson. Le pouvoir de Transition et ses amis étant sérieusement en situation de perdre le pouvoir et de se voir demander des comptes sur les «affaires» qui ont marqué ces dernières années, ce qu’il n’escomptait pas, il y a encore quelques jours, Madagascar va rentrer dans une période de turbulences intenses qui sont à redouter dans les semaines qui viennent. Car ne nous leurrons pas, tout, vraiment tout (c’est à dire jusqu’aux coups les plus tordus) sera tenté par ceux qui détiennent aujourd’hui le pouvoir pour ne pas le céder! Ce diagnostic étant posé, il appartient maintenant plus que jamais à la Communauté internationale, en premier lieu à la France, dont l’influence sur l’Ile est encore si forte et dont on a trop souvent dit qu’elle avait trop longtemps soutenu le pouvoir de Transition pour éviter le retour de Marc Ravalomanana, d’être particulièrement vigilante à ne pas tolérer le moindre dérapage (il y en aura) dans le processus aujourd’hui en cours afin que les Malgaches choisissent librement leur président. Nous n’aurons jamais à regretter, restant fidèles à nos valeurs, d’avoir permis l’expression libre d’un peuple ami! Il est également à souhaiter que l’esprit de réconciliation auquel le Docteur Robinson fait appel pour justifier le retour de Marc Ravalomanana (aujourd’hui exilé en Afrique du Sud) au pays s’applique à ses adversaires d’aujourd’hui sans volonté de règlement de comptes . A l’exception bien sûr, chacun pourra le comprendre, de ceux (politiciens, «hommes d’affaires », hommes d’influence...) qui ont indument profité de cette période de transition pour s’enrichir au delà du raisonnable au détriment du peuple Malgache . C’est à ce prix et à ce prix seulement que la République Malgache, peut espérer sortir durablement de la situation actuelle qui la ruine, au bénéfice de quelques uns. Vu de Sirius où nous nous plaçons, beaucoup de choses positives peuvent donc sortir de ce scrutin accouché dans la douleur. Mais c’est maintenant, le peuple s’étant exprimé librement pour la première fois depuis 2009 , que nous entrons dans une zone de très fortes turbulences car les manœuvres du pouvoir ( non élu ) en place depuis 2009 , ne manqueront pas pour éviter le juste verdict des urnes . La vigilance des forces démocratiques malgaches comme de la Communauté Internationale doit donc redoubler et chacun prendre ses responsabilités , pour éviter un dérapage dont les conséquences pourraient pour le coup être dramatiques. Chaque jour qui nous sépare de l’annonce officielle des résultats du deuxième tour restera donc un combat semé d'embuches . Mais , encore un effort Camarades malgaches , le démocratie est au bout de ce chemin !

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