Entendez les voix des victimes de pédocriminalité

La députée LREM Alexandra Louis rendra vendredi son rapport d'évaluation de la loi sur les violences sexuelles et sexistes, dite Schiappa, au ministre de la Justice ainsi qu'à la ministre déléguée chargée de l'Egalité entre les femmes et les hommes. Dans ce blog, Mié Kohiyama, présidente de l'association MoiAussiAmnesie, appelle la députée à «entendre les voix des victimes pédocriminalité».

Madame Louis,

Demain, vous devez rendre votre rapport sur l'évaluation de la loi sur les violences sexuelles et sexistes au ministre de la Justice et à la ministre déléguée chargée de l'Egalité entre les femmes et les hommes.

Depuis le vote de la loi Schiappa en août 2018, les victimes de pédocriminalité et d'inceste ont continué à payer un lourd tribut en raison des failles du système judiciaire que cette loi n'a pas comblées.

Les classements sans suite, correctionnalisations et déqualifications des viols sur mineur.e.s se sont poursuivis.

La plus emblématique et douloureuse affaire étant celle de Julie, violée de 13 à 15 ans par 20 pompiers adultes. La justice a estimé que seuls trois pompiers devaient être renvoyés devant le tribunal correctionnel pour atteinte sexuelle. Un délit, dont nous demandons l'abrogation et qui signifie que la justice considère que Julie a été consentante à ces viols assimilables à des tortures!

Pour votre rapport, vous avez auditionné de nombreux expert.e.s mais également des responsables d'associations et des victimes. Nous demandons à l'unanimité  l'instauration d'un seuil d'âge de non consentement à des actes sexuels commis par des adultes sur des enfants. Sur ce sujet crucial, nous espérons que nous serons entendu.e.s.

Vous m'avez notamment auditionnée sur la question de l'amnésie traumatique ainsi que l'experte du sujet la psychiatre et présidente de l'Association Mémoire traumatique et victimologie, Muriel Salmona mais aussi des victimes et activistes parmi lesquelles les actrices et réalisatrices Nadège Beausson-Diagne, Andréa Bescond, la patineuse Sarah Abitbol et la présidente de l'Association francophone de femmes autistes, Marie Rabatel.

Ensemble, nous menons un combat collectif pour la reconnaissance légale de l'amnésie traumatique, un mécanisme neurologique qui affecte entre 40 et 60% des victimes de pédocriminalité, la levée de prescription pour les prédateurs pédocriminels et l'imprescriptibilité  des crimes sexuels sur mineur.e.s.

Hasard du calendrier, vous allez rendre votre rapport au lendemain du verdict du premier procès du chirurgien pédocriminel Joël Le Scouarnec à qui la justice attribue plus de 300 victimes en l'espace de 30 ans. Une longue impunité qui s'explique notamment par l'omerta, voire la complicité des familles et des institutions.

Lors de ce procès à huis clos, les avocats ont rapporté que la question de l'amnésie traumatique des victimes avait été longuement discutée. Dans cette affaire, les gendarmes se sont en effet rendus chez des victimes du chirurgien citées dans les fameux carnets. Certaines n'avaient aucun souvenir des viols en raison de leur amnésie traumatique et demandent justice aujourd'hui comme de nombreuses autres victimes de pédocriminalité.

Toutes et tous, nous espérons que vous entendrez ces voix et que votre rapport sera l'occasion de donner un signal de tolérance zéro à tous les prédateurs pédocriminels qui ont sévi et sévissent encore aujourd'hui.

Nous souhaitons que votre rapport préconise des recommandations fermes et fortes pour mieux lutter contre l'impunité globale de la pédocriminalité.

Mie Kohiyama, présidente de MoiAussiAmnesie 

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