RESISTER A GAUCHE : TRANSFORMER LA DECEPTION EN FORCE, OUVRIR DES PORTES

Quelques réflexions sur la situation politique à gauche, début mars 2017, alors qu'il n'est pas encore trop tard. Retrouver les fils pouvant permettre de dégager une candidature de combat, de progrès social et écologique et d'arrêter avec les divisions mortifères engendrées par la campagne électorale.

Sympathisant de la France Insoumise, pour sa force de mobilisation et de réflexion, tout en restant un simple citoyen, libre et critique car réticent sur le mode de communication et le sectarisme de certains ; ayant voté Hamon à la primaire socialiste, pour exprimer le rejet de ceux qui ont trahi les engagements de 2012, ce qui m’a valu de nombreuses critiques (Valls étant considéré comme un meilleur candidat pour Mélenchon !) ; déçu, sans être surpris, du maintien d’une double candidature à gauche, synonyme de disparition pour le second tour des Présidentielles, tant les stratégies étaient annoncées de part et d’autre ; déterminé à ne pas voter Fillon quelle que soit la configuration ; n’ayant aucune envie d’imaginer un choix à faire entre Le Pen et Macron…

Ouf ! Pour ne pas sombrer dans la déprime suite à un tel éclatement de la gauche, des clarifications et des discussions sont plus que jamais nécessaires. Les grandes manœuvres annoncées pour les législatives et les recompositions visant à convertir l’échec en organisations (prise du PS, conversion du mouvement en parti des insoumis) ne rassurent pas.

Toutes ces questions nous écartent de l’enjeu principal de cette élection là : en dehors des personnes et des partis, il s’agit tout de même de choisir une orientation pour le pays, et plus particulièrement pour ceux qui souffrent de ce système économique et social et des dégradations de leurs conditions de vie ; ceux qui sont vulnérables et exposés en permanence aux discriminations ; ceux qui ont peu de place reconnue et aspirent à devenir des citoyens à part entière.

Tous ceux-là – une large majorité de la population - ne vivent pas cette campagne de la même manière. Ils sont dans l’attente de voix et d’événements qui leur redonneraient goût et espoir dans un avenir meilleur.

Mais pour l’instant ce qui domine c’est le bruit des calculs, des arrangements, des plans de carrière ou de sauvetage et des manœuvres d’appareil. Dans ces conditions, le dégoût de la politique et l’incroyance dans les changements qui pourraient advenir, ne font que monter en faisant le jeu des forces d’extrême droite.

C’est évidemment très grave et individuellement nous devons réfléchir à la situation du point de vue des possibilités qui permettraient encore de l’infléchir. Il est facile de se recroqueviller sur une position ou un candidat en invectivant les autres et en confortant les divisions.

Je ne m’y résous pas et pense me faire l’écho de beaucoup de ceux qui, à gauche, ne se vivent pas seulement comme des partisans de l’un ou de l’autre (en l’occurrence Mélenchon et Hamon), même si ils ont des préférences.

L’échec annoncé a des causes qu’il faut analyser avant qu’il ne soit trop tard :

- Benoit Hamon reste prisonnier de l’appareil du PS, même si ce dernier est en partie clivé et que certains commencent à mettre en application un plan de conversion pour intégrer le « Président Macron » ; prisonnier, malgré ses déclarations, du quinquennat Hollande et du gouvernement Valls, dont il n’est pas utile de rappeler le terrible bilan ; prisonnier du jeu des investitures conduisant à reconduire la même composition sociale-libérale ; prisonnier des différends et des anathèmes égrenés lors de la primaire (critique de « l’homme providentiel auto-proclamé », repris par Jadot) et d’une position instable sur les thèmes de démarcation avec Valls (Loi travail, CICE…) ; prisonnier enfin de l’illusion née du vote des primaires : un nombre conséquent de citoyens hostiles au couple Hollande-Valls, tout en n’étant pas inscrits dans la logique de l’appareil PS, s’y sont exprimés et ont contribué à faire la différence : ce n’étaient pas des militants PS et ils n’ont rien à voir avec le rapport de force à l’intérieur de l’appareil. Ignorer cette dimension risque d’être une source de déconvenue lors du premier tour de la Présidentielle si l’on en reste à la configuration annoncée ;

- Jean-Luc Mélenchon est lui en partie victime de sa stratégie : la force du mouvement engagé avec la France insoumise, l’intensité de la réflexion conduisant à l’élaboration d’un programme, la critique sans concession des autres composantes de la gauche visant à leur ralliement, tous ces vecteurs ont fini par produire une faiblesse relative : difficile d’ouvrir un espace de négociation avec les autres forces de gauche (communistes, écologistes, « socialistes de gauche ») quand on les a étrillés et qu’on se présente comme l’organisation alternative qui possède seule la « bonne ligne » (même si on est attaché à des positions, ce qui est normal) ; difficile également d’impulser une convergence, après que les militants aient été encouragés à disqualifier, dénoncer et quelquefois insulter ou railler, ceux qui étaient pourtant si proches ; le slogan « ne plus jamais voter PS » ne devait pas être validé car il n’était pas politique, confusionniste et empêchait toute tactique de recomposition ; les logiques de ralliement possèdent leurs propre limites : à partir du moment où ils ne conduisent pas à une dissolution dans le mouvement, ils induisent de nouveaux clivages sans faire disparaître les différences de position (cf. les tensions qui traversent le Parti communiste) ;

- enfin, la polarisation entre ces deux candidats a largement effacé l’importance de l’écologie (absorbée) et des micro-mouvements citoyens nés de la campagne (ou amorcés en amont de la campagne) : il y a là un réservoir de forces, d’envies et d’expériences qui est essentiel pour l’avenir de cette gauche ; ce qui s’est passé avec Nuit Debout, puis avec la Primaire citoyenne, ce qui existe avec Ensemble, ce qui traverse également les différentes composantes de l’écologie ; sans oublier les organisations d'extrême gauche qui nous incitent à ne pas oublier l'essentiel ; tout cela représente une richesse considérable, ancrée dans le pays et une partie de la jeunesse. Ni la droite, ni le vieux PS ne disposent d’un tel vivier de ressources citoyennes. Il serait dramatique de le réduire ou de le dissoudre.

 

La situation serait pourtant bloquée avec la résignation comme seul horizon ! Je ne le pense pas et beaucoup attendent qu’il se passe autre chose qu’une comparaison entre des % dans les sondages, puis dans les votes, avec à la clé des choix déchirants à faire.

Il existe une large base commune, avec des différences, entre les principaux courants inscrits réellement à gauche. Pourquoi ne pas se rassembler autour de cette base commune, sociale et écologiste, largement suffisante pour élire un Président de la République. Beaucoup d’appels à la « candidature unique » à gauche ont été lancés, sans succès dans la phase de finalisation des programmes et des candidatures.

La recomposition d’un « centre transversal » masque la constitution d’un pôle politique libéral qui ne pourra qu’accélérer les dommages économiques et sociaux que nous avons eu à subir sous le gouvernement de Manuel Valls.

La question que l’on se pose, quand on se sent inscrit du côté de la gauche sociale et écologiste (même si elle n’a encore jamais gouverné comme telle), est celle de la possibilité – sans naïveté – de voir cet espace politique s’ouvrir, sans se laisser abuser par la fausse ouverture proposée par Macron. J.-L. Mélenchon a eu raison de ne pas se dissoudre dans des compromissions d’appareil et de tenir le cap d’une dynamique de mouvement. Mais en rester sur une telle posture risque de le ramener à une logique de parti et à une guerre de position. Même chose pour Benoit Hamon qui doit se défier des faux amis qui ont pu lui donner l’impression qu’un avenir personnel dans l’appareil lui était maintenant ouvert, au prix de l’abandon implicite à Macron de l’alternative présidentielle.

Maintenant nous pouvons entrer dans une nouvelle phase : nous sommes nombreux à aspirer à autre chose qu’une guerre de tranchées. Cela supposerait de revenir sur les réticences et rejets qui nous habitent pour s’ouvrir vers un programme et une candidature de combat orientés vers le changement (et évidemment une nouvelle constitution, plus que jamais nécessaire).

Le débat proposé par Médiapart va dans ce sens, s’il utilise une autre méthode que celle mise en œuvre lors des diverses primaires.

Résistons. Encore un effort, le printemps peut être beau..

 

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