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Billet de blog 11 janv. 2018

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Pourquoi MSF ne se rend pas à l'invitation du gouvernement sur l'accueil des migrants

Dans un contexte où le déni et le mensonge des pouvoirs publics le disputent aujourd’hui à la violence de la police et de la gendarmerie: pas de temps à perdre dans des pseudo-concertations ; nous ne servirons pas de caution à ce théâtre.

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Cette tribune a paru sur le site de Libération, le 11 janvier 2018

D’invitations à des réunions en offres de concertation adressées aux associations impliquées dans la prise en charge des personnes migrantes et des demandeurs et demandeuses d’asile, les autorités françaises affirment de manière insistante et répétée leur ouverture au dialogue sur leur politique d’asile et d’immigration. Dernier exemple en date, une invitation à rencontrer le Premier ministre et plusieurs membres du gouvernement prévue ce jeudi 11 janvier, pour une deuxième «consultation des associations sur le projet de loi sur l’asile et l’immigration».

Cette réunion n’est que la dernière d’une série de rencontres multilatérales et bilatérales auxquelles Médecins sans frontières (MSF) a pris part avec Gérard Collomb, la ministre placée auprès de lui, Jacqueline Gourault, ou encore à l’Elysée, pour évoquer plus particulièrement la situation libyenne – voire avec Emmanuel Macron lui-même, que la présidente internationale de MSF a rencontré à New York à l’occasion de la dernière Assemblée générale des Nations unies.

Le 21 décembre, nous nous sommes également rendus à Matignon pour une réunion de consultation sur le même avant-projet de loi, qui s’avérait principalement motivée par la volonté pour le gouvernement d’éteindre la polémique sur la conditionnalité de l’hébergement d’urgence née avec le projet de circulaire du 12 décembre. La réunion précédente, organisée le 8 décembre, s’était en effet terminée en fiasco pour Gérard Collomb, les associations invitées ayant quitté la salle en signe de protestation. Cette circulaire prévoyant la mise en place d’«équipes mobiles» dans les centres d’hébergement d’urgence afin de recenser les étrangers, parfois même en requérant le soutien des associations responsables de ces centres, est pourtant aujourd’hui maintenue. Elle n’est en réalité que le dernier avatar d’une politique qui s’enfonce dans la répression la plus sèche et dont on sait, par expérience, qu’elle ne conduira qu’à davantage de précarité et de mise en danger.

Au sortir de toutes ces différentes rencontres, force est de constater que rien n’a été proposé qui puisse nous convaincre de la volonté du gouvernement de modifier des pratiques dont nous n’avons eu, avec d’autres, de cesse de témoigner et qui illustrent avec une force remarquable la violence qui s’exerce contre les populations migrantes et l’intimidation à l’encontre de ceux et celles, organisations ou citoyen.ne.s qui leur viennent en aide.

Interpellé sur la contradiction flagrante et meurtrière entre un discours condamnant l’esclavage (c’est heureux !) et la poursuite d’une collaboration institutionnelle avec les garde-côtes libyens et le refoulement de fait de migrants en Méditerranée, Emmanuel Macron n’a rien répondu. Pas plus que le gouvernement ne s’est expliqué sur le renvoi vers l’Italie de jeunes gens traversant les montagnes du briançonnais avant même que la moindre chance leur soit accordée de demander l’asile à la France. A Calais, condamné à de multiples reprises par la justice ces deux dernières années pour l’insuffisance des services fournis aux migrants, l’Etat n’a de fait qu’obtempéré au minimum. Pire encore, les forces de l’ordre continuent d’y entraver quotidiennement le travail des secouristes et associations, poursuivent leur entreprise de destruction des biens, bâches, couvertures, mis à la disposition de ces personnes.

Ce qui vaut pour Calais vaut également pour la montagne, la mer, ou encore au cœur des villes et des villages où les forces de l’ordre sont encouragées à interpeller, garder à vue les citoyens décidés à pallier les insuffisances des services de l’Etat. Le déni et le mensonge des pouvoirs publics le disputent aujourd’hui à la violence de la police et de la gendarmerie.

Pour l’heure, face aux prises de positions en réunion, tribunes par voie de presse ou interpellations en réunions, que ce soit de la part des associations, des journalistes, ou du Défenseur des droits lui-même, les représentants de l’Etat, à tous les niveaux, n’ont offert au mieux, qu’une écoute polie, au pire, leur condescendance et leur mépris.

Il n’est donc pas question pour nous de participer à ce jeu de dupes qui masque mal la volonté d’amplifier des logiques de répression, d’éloignement et dissuasion des populations migrantes à tout prix, au lieu de penser et organiser les conditions de l’accueil dans le respect du droit. Nous ne fermons pas la porte au dialogue, mais nous n’attendons aujourd’hui rien de discussions qui n’ont comme caractéristiques communes que leur stérilité. Nous attendons des actes.

Michaël Neuman directeur d’études chez MSF/CRASH (Centre de réflexion sur l’Action et les savoirs humanitaires)

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