Quand la grande distribution investit la filière bio.

A Charroux, petite bourgade connue pour les vestiges d'une abbaye bénédictine, des investisseurs bretons spécialisés dans l'élevage porcin associés au groupe Agromousquetaires, vont mettre en place la plus grande unité d'élevage bio industriel de France. (Production de 6000 porcs par an). Ce projet a déclenché la guerre entre partisans du projet et opposants.

En octobre 2017 circule à Charroux le bruit qu'une porcherie de grande ampleur est en projet sur la commune. Il s'agirait du projet de trois exploitants agricoles appartenant à deux GAEC (groupement agricole d'exploitation en commun)

En novembre les choses se précisent : un affichage est apposé à l'entrée du lieu où doit se construire la porcherie, lieu dont le nom est « La tombe du pèlerin ». Il y est mentionné que c'est la SARL les Pins, dont le siège social est à la Lande de Quibut sur la commune de Derval (44) qui porte le projet.

Nous apprendrons par la suite que c'est le directeur d'une grande surface locale qui a « organisé » l'opération. Suite aux manifestations des agriculteurs en mars 2017 sur le parking d'Intermarché (bennage de fumier et déchets divers) il est entré en contact avec trois agriculteurs qui faisaient partie des manifestants pour leur proposer, plutôt que de s'attaquer à son enseigne, de s'associer avec une société fournissant de la viande de porc au groupe AgroMousquetaires .

Cette société, c'est la SA La Vilaine qui détient aussi la SARL Les Pins. C'est une grosse société bretonne qui possède aussi un énorme abattoir à la Guerche de Bretagne et qui possède une porcherie industrielle conventionnelle à Bouresse. (86)

Les trois agriculteurs de Charroux (soit deux GAEC), ont accepté d'entrer au capital de la SARL pour 30 % des parts. L'un des GAEC, le GAEC des Patureaux, fournit le terrain où doit être construite la porcherie au lieu-dit « La tombe du pèlerin ».

La SARL Les Pins a désormais son siège social à Charroux. Elle a déposé une demande et obtenu, sans enquête publique, le permis de construire pour une porcherie « bio » qui doit accueillir théoriquement 1974 cochons. Ce qui fera une production annuelle de 6000 cochons. Elle a échappé à la procédure d'enquête car la barre à ne pas dépasser pour éviter cette enquête est de 2000 porcs.

C'est le gérant de la SARL Les Pins, M. Eric Rouhault, par ailleurs directeur général de la SA La Vilaine, qui a fait préparer par ses services le dossier avec les conseils techniques des services de la Chambre d'Agriculture et de la DDT. (Techniquement le dossier est inattaquable).

En novembre un collectif d'opposants au projet s'est constitué autour de Pierre Grolleau, agriculteur à la retraite qui avait organisé en 1996 la marche de l'espoir. L'objectif est de dénoncer la volonté de mainmise d'une grande surface sur le marché du bio, au risque de mettre en péril les véritables éleveurs de porcs bio. L'objectif est de faire prendre conscience aux consommateurs que produire 6000 porcs par an dans un élevage industriel, ce ne peut être du bio, que transporter tous les mois et demi 700 porcelets nés et nourris pendant quelques semaines en Bretagne pour les amener pour engraissement à Charroux puis les transporter à nouveau trois mois plus tard pour qu'ils soient abattus à la Guerche de Bretagne, c'est faire fi du bien être animal et de l'empreinte carbone.

Lors du vote du conseil municipal sur la demande de permis de construire en février, 6 conseillers se sont prononcés pour, 4 contre, 2 se sont abstenus et 1 a voté blanc.

La préfète de la Vienne, avant de prendre sa décision, a demandé l'avis du CODERST. Elle avait laissé entendre à la délégation d'opposants (qu'elle avait reçus le 22 février avec la présence du député de la circonscription) que cette saisine permettrait de gagner quelques mois, le temps que le CODERST se réunisse. Apparemment il s'est réuni très vite et a donné un avis favorable, donc la préfète a dû prendre sa décision plus vite que prévu et donner son accord pour le permis de construire.

Le 21 avril le collectif d'opposants a constitué l'association ACEBIC (association contre l'élevage bio industriel à Charroux). Il a été décidé de faire appel à un avocat pour déposer tous les recours possibles contre le projet de construction de la porcherie bio industrielle.

Une pétition « non aux élevage de porcs bio industriels » a été mise en ligne il y a 15 jours. Elle a recueilli plus de 32000 signatures.

https://www.mesopinions.com/petition/nature-environnement/aux-elevages-porcs-bio-industriels/42744

Les personnes désirant soutenir l'association ACEBIC peuvent cliquer sur le lien suivant : https://www.helloasso.com/associations/acebic/formulaires/1/widget

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