Climat : aidons la famille Mulliez à faire les bons choix !

Avec Europacity, qui a l’impact climat d’une ville de 250 000 habitants, les Mulliez renient les engagements pris à l’occasion de la COP21. Il n’est pas trop tard pour renoncer à des projets d’un autre âge et engager le groupe Auchan sur la voie d’une économie décarbonée, pariant sur le commerce de proximité.

En 2015, Vianney Mulliez signait, en tant que président d’Auchan Holding, le manifeste pour le climat, au côté de 39 grandes entreprises françaises, « un manifeste dans lequel chaque groupe s'engage pour la réduction de ses émissions ». Par là même, il engageait la famille Mulliez, principal actionnaire du groupe.

Dans cette perspective, on pourrait s’attendre à une évolution du groupe pour sortir progressivement du modèle de l’hypermarché, qui a une empreinte carbone près de dix fois supérieure à celle du commerce de proximité du fait de son impact sur le trafic routier.

Les choix qui se dessinent sont tout autres.

En premier lieu, le groupe parie sur une seconde vie de l’hypermarché, grâce au drive : on fait ses courses sur Internet, puis on prend sa voiture pour aller les chercher à l’hypermarché. L’impact sur le climat est identique à celui de l’hypermarché traditionnel.

En second lieu, le groupe promeut le projet Europacity, en dépit des oppositions multiples, qui débordent très largement le cercle des écologistes et des ZADistes. Comme l’hypermarché, Europacity est une infrastructure qui induit une augmentation de la demande de transport.

L’hypermarché, en tuant le petit commerce, contraint les consommateurs à prendre leur voiture pour faire leurs courses. Situé à quelques minutes de l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle, Europacity amplifie ce modèle à l’échelle européenne, sur le thème du loisir : des jeunes de Manchester viendront, d’un coup d’avion low-cost, se détendre un week-end pour faire du ski, s’ébattre dans le complexe nautique ou manger vegan dans des restaurants dits “écoresponsables”.

Europacity aura à terme l’impact climat d’une ville de 250 000 habitants ou de 175 hypermarchés.

Il y a là une contradiction flagrante avec les engagements pris par la famille Mulliez.

Cette politique centrée sur le drive et Europacity induit sur cinquante ans un excédent de près de 79 millions de tonnes de CO2 par rapport à une trajectoire conforme au Plan climat que le gouvernement vient d’adopter.

Il s’agit en outre d’un très mauvais signal envoyé à l’ensemble des responsables économiques. On ne parle pas en effet d’une stratégie portée par un quelconque sociopathe climatosceptique, mais de celle d’une famille, les Mulliez, qui a toujours affirmé mettre les valeurs morales au-dessus de ses intérêts particuliers. Si même eux sont prêts à sacrifier le climat au profit d’intérêts privés, alors que peut-on attendre d’autres dirigeants moins engagés sur le terrain des valeurs morales ?

C’est précisément parce que les Mulliez ne sont pas des sociopathes que nous pouvons espérer in fine qu’ils feront les bons choix, ceux d’une politique pro-active par rapport aux ambitions du Plan climat.

En abandonnant ce projet d’un autre âge, qui représente plus de trois années d’investissement d’Auchan Retail France, elle œuvrera non seulement pour le bien commun, mais elle libérera des ressources pour affronter les défis stratégiques que constitue  la croissance rapide du commerce de proximité et du e-commerce. Elle laissera en outre localement place à des projets vraiment écoresponsables, comme CARMA.

Réduire nos émissions de CO2 relève désormais de l’urgence absolue. La réponse à ce problème de civilisation est entre les mains de quelques milliers de responsables économiques dans le monde. C’est en faisant pression nominativement sur ceux-ci, projet par projet, que nous pouvons espérer renverser la tendance en quelques années.

Pour télécharger le livre blanc sur Europacity : http://bit.ly/2nec9q7

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Twitter : @inCOPruptibles

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