Europacity : happy birthday, Mister Mulliez!

À l’occasion de la journée internationale pour le climat, des activistes climatiques ont occupé un centre commercial près de Lille et dénoncé l’acharnement de Vianney Mulliez, qui vient de fêter ses 56 ans, à promouvoir Europacity. Après l’annulation du PLU de Gonesses, la famille Mulliez va-t-elle persister dans un projet qui doublerait l’impact climat d’Auchan en France ?

Happy birthday, Mr Mulliez ! © inCOPruptibles

Des militants du Collectif du Triangle de Gonesse et des inCOPruptibles sont allés à Lille participer à la fête organisée par ANV-COP21, Alternatiba et les Amis de la Terre pour l’anniversaire de Vianney Mulliez. Les activistes ont occupé le centre commercial V2 à Villeneuve d’Asq. L’événement, festif et non-violent, visait à dénoncer la responsabilité de Vianney Mulliez dans la poursuite d’un projet manifestement contraire à l’accord de Paris.

Le livre blanc publié par les inCOPruptibles montre en effet que le projet Europacity conduirait à doubler les émissions CO2 du groupe Auchan en France :

Emissions cumulées de CO2 d'Europacity vs Auchan Retail France © inCOPruptibles Emissions cumulées de CO2 d'Europacity vs Auchan Retail France © inCOPruptibles

Le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise a participé à sa manière à cet événement, en annulant le plan local d’urbanisme de Gonesse. Dans Le Monde du 14 mars 2019, Thierry Lajoie, président de Grand Paris Aménagement, minimise la portée de cet événement, en indiquant que ces recours « permettent d’améliorer le projet urbain ». De fait, le projet Europacity se présente comme ayant des « objectifs environnementaux ambitieux ».

Un projet « intrinsèquement pervers »

Quelque soient les efforts de ses promoteurs pour le repeindre en vert, ce projet est intrinsèquement contraire à l’accord de Paris. En effet, 90 % des émissions de CO2 du projet résultent du transport aérien des touristes attendus par Europacity. Le livre blanc démontre que cette composante est déterminante pour la rentabilité du projet.

Cette dépendance au transport aérien fait l’objet d’un écran de fumée de la part des promoteurs du projet. M. David Lebon, affirmait ainsi, au cours d’une interview menée par Jade Lindgaard que « la moitié des personnes viendront en transport en commun » et que donc « l’impact carbone n’est pas celui que vous décrivez ». C’est mensonger : ce qui compte en termes d’impact carbone, donc de consommation d’énergie fossile, c’est la répartition entre mode de transport du trafic et non pas des visites, c’est-à-dire la répartition des kilomètres parcourus pour venir jusqu’à Europacity. Et de ce point de vue, le métro mis en avant par Europacity apporte une contribution marginale, tandis que l’avion devient le mode dominant, ce qui est bien évidemment dans la vocation d’une infrastructure située à moins de 15 minutes d’un aéroport international.

Répartition modale du trafic généré par Europacity © inCOPruptibles Répartition modale du trafic généré par Europacity © inCOPruptibles

Au cours de cette interview, M. Lebon prétend que le carbone émis par les touristes venant par avion ne peut être imputé à EuropaCity, car cette infrastructure ne saurait être leur principale raison de visite. Cet argument est là encore mensonger, car contraire à la présentation du projet par le maître d’ouvrage, qui affirme en page 57 de son dossier que « pour les touristes français et européens, EuropaCity représenterait une destination complète de loisirs pour un court séjour ». M. Lebon se contredit d’ailleurs lui-même au cours de cette interview, lorsqu’il présente EuropaCity comme contribuant à l’objectif gouvernemental de faire passer le tourisme de 6 % du PIB à 10 % du PIB. Si Europacity contribue à accroître la part du tourisme dans le PIB, à qui donc faut-il imputer les émissions de CO2 qui en résultent ?

Ces contorsions des promoteurs d’EuropaCity seraient risibles si on ne parlait pas du changement climatique, un sujet qui met en jeu l’avenir même de notre civilisation, et qui mobilise aujourd’hui des millions d’écoliers et d’étudiants dans le monde. Elles s’inscrivent de manière plus générale dans l’hypocrisie des dirigeants qui, tel Vianney Mulliez, signent d'une main le manifeste pour le climat, tandis que l’autre main s’acharne à promouvoir des projets qui renforcent l’addiction de nos sociétés au carbone.

Au-delà des manifestations pour le climat, il y a désormais urgence à démasquer et à combattre les tartuffes qui mettent en péril le bien commun.

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