Climat : sortir de la sidération, imposer un principe moral supérieur

À chaque catastrophe, les politiques pensent au climat, puis l’oublient. La perspective de 250 millions de réfugiés climatiques et la destruction de notre civilisation sont-elles inéluctables ? Il est urgent de chercher une voie efficace qui impose la COP21 comme principe moral supérieur. Tel est le projet inCOPruptibles.org.

Du point de vue du climat, l’année 2017 ne sera sans doute qu’une année record succédant à d’autres années records, avec la sécheresse dans la corne de l’Afrique, les inondations en Sierra-Leone et en Asie du Sud-Est, les incendies en Amérique du Nord et en Europe, et la saison cyclonique avec Harvey, Irma, Maria….

Depuis 2001, la planète a connu selon la NASA1 16 des années les plus chaudes jamais enregistrées depuis la fin du XIXe siècle.

Evolution de la température moyenne de l'air de surface © NASA Evolution de la température moyenne de l'air de surface © NASA

 

Comme le montre le site NatCatService du réassureur Munich RE, la fréquence des catastrophes climatiques et météorologiques a plus que triplé depuis le début des années 1980, tandis que le coût moyen de ces catastrophes est passée d’une trentaine de milliards de dollars par an à cent vingt milliards de dollars par an2.

Nombre de catastrophes liées au climat © NatCATService Munich RE Nombre de catastrophes liées au climat © NatCATService Munich RE
                                    

Les modèles climatiques qui prédisaient il y a 30 ans ce que nous observons aujourd’hui annoncent bien pire à l’échelle d’une génération3, avec pour conséquence le retour des famines à grande échelle et des régions entières rendues inhabitables. Si l’augmentation de température excède les 2°C, la catastrophe inéluctable mais encore surmontable se transformera en cataclysme qui balaiera notre civilisation. Que ceux qui en doutent        tentent d’imaginer ce qui se passera quand des centaines de millions de réfugiés climatiques n’auront d’autre issue que de venir chez nous4.

Et pourtant, rien n’est fait, ou si peu. Même en France, que German Watch classe parmi les trois pays les plus vertueux au regard de la décarbonation5, un Nicolas Hulot doit plier symboliquement face aux intérêts du lobby minier.

Bien sûr, certains entrent en résistance. Ceux dont la plate-forme 350.org promeut l’action, qui risquent leur vie pour empêcher Keystone,  s’enchaînent à des bulldozers pour stopper des mines de charbon et campent dans la boue contre Notre-Dame des Landes. Ceux aussi qui explorent des modes de vie alternatifs, décarbonés, comme les villes en transition.

Cette petite minorité ne suffira pas à inverser la tendance. Le temps est désormais compté : Jean Jouzel rappelle l’impératif de stabiliser les émissions d’ici 2020 pour éviter l’impact dévastateur d’une hausse de 3°C6.  Rester sous les 2°C impose de laisser sous terre les trois quarts des réserves connues d’énergie fossiles7 : plus nous attendons, plus le sevrage sera brutal.

La grande majorité d’entre nous est en état de sidération. À quoi bon, si les puissants eux-mêmes baissent les bras ? Ne sommes nous pas complices, chaque fois que nous prenons la voiture ou l’avion ?

Or, sans un mouvement citoyen conséquent, notre course à l’abîme continuera :  le fardeau économique du changement climatique poursuivra sa croissance exponentielle, les réfugiés se masseront de plus en plus nombreux à nos frontières, jusqu’au point de rupture, qui verra alors notre civilisation sombrer dans le chaos et la barbarie.

Il y a urgence vitale à changer de paradigme, à tirer les leçons de 30 ans d’échecs, à cesser de tout attendre de politiciens couards, d’États impuissants ou à l’inverse d’une petite minorité de résistants. En un mot, à prendre notre destin en main.

Que faire ?

Cessons d’abord de confondre victimes et coupables.  

Comment qualifier ceux qui conduisent leur voiture au quotidien parce que c’est plus simple,  ceux qui prennent l’avion pour aller passer une semaine de vacances à des milliers de kilomètres parce que tout le monde fait pareil ? Ce sont des “junkies”, comme la très grande majorité d’entre nous : nous sommes tous accros à notre dose de carbone quotidienne. Les “junkies” sont-ils coupables ? Non, ils sont victimes.

Les coupables sont les “dealers”, ceux qui nous rendent dépendants.

Qui sont ces “dealers” ? Ceux qui poursuivent la prospection, explorent de nouvelles façons d’extraire jusqu’à la dernière goutte de carbone du sous-sol – l’exploration profonde, les sables bitumineux, le gaz de schiste… Ceux qui investissent dans de nouvelles capacités de transformation et de transport de l’énergie fossile. Ceux qui créent des infrastructures – autoroutes, hypermarchés… dont la rentabilité repose sur un accroissement des émissions de carbone. Ceux qui financent et tirent donc profit de tous ces projets climaticides.

Comment lutter contre les “dealers” ? En désignant d’abord nominativement les coupables. Il ne sert à rien de s’indigner du comportement ou de l’hypocrisie d’ExxonMobil. ExxonMobil n’est pas un être moral, c’est une société anonyme dont l’objectif est de maximiser les profits versés à ses actionnaires. En revanche, Darren Wood, P-DG d’ExxonMobil, n’est peut-être pas un sociopathe : il n’a sans doute pas envie de rester dans l’histoire ou simplement aux yeux de ses petits-enfants comme responsable de la mort de millions de personnes.

Au nom de quel principe peut-on s’en prendre à des personnes ? Si chacun fait justice au nom de ses idées, n’est-ce pas la guerre civile ? Au nom d’un principe moral supérieur, celui dicté par la communauté internationale dans l’accord de Paris, qui s’engage à tout mettre en œuvre pour maintenir le réchauffement au dessous des 2°C8.

Avec quelle méthode ? Par des méthodes non violentes évidemment: on n’impose pas un principe moral au détriment d’un autre.

Pour quoi faire ? Cela n’aurait aucun sens de demander à Darren Wood de se faire hara-kiri, de démissionner pour laisser la place à un vrai sociopathe, ou de militer pour la fermeture pure et simple d’ExxonMobil et la mise au chômage de ses 72 000 employés. En revanche, en engageant ExxonMobil dans un plan de reconversion à l’économie décarbonée, il serait  tout à fait dans son rôle de P-DG, défendant la survie à long terme de l’entreprise et des emplois. L’efficacité commande de se focaliser sur des projets précis, clairement identifiés comme climaticides, et de harceler le responsable pour imposer une alternative pragmatique – par exemple, remplacer un projet de gaz de schiste par une ferme solaire.

De ce point de vue, les initiatives ne manquent pas pour fédérer les entreprises et des collectivités locales en faveur d’une économie décarbonée, tel que American pledge lancé par le gouverneur de Californie et Michaël Bloomberg ou, plus près de chez nous, “the shift project”. Certains diront que c’est du “green washing”. Peut-être, mais au moins dispose t-on alors d’une base solide pour faire pression sur  les dirigeants afin qu’ils respectent les engagements pris. D’autres regretteront qu’on donne ainsi une seconde vie au capitalisme, le coupable ultime. Peut-être, mais nous n’avons plus le temps d’attendre le grand soir : nous jouons désormais notre peau, et non pas seulement celle du grand capital.  

On peut à l’inverse surfer sur la puissance extraordinaire du capital et du marché pour imposer une transition rapide vers un monde décarboné : si une majorité de patrons et d’élus locaux sont convaincus par adhésion ou par la force de la pression morale que c’est la seule voie possible, alors ce monde deviendra réalité en une dizaine d’années – le temps de deux business plans !

Si vous pensez que c’est une voie possible, alors rejoignez nous chez inCOPruptibles.org.  Pas besoin de s’enchaîner à un bulldozer ou d’aller vivre dans une yourte pour contribuer : quelques instants de votre temps, comme influenceur, activiste, amateur de “happening” ou simple donateur suffiront. Tous ceux qui veulent un monde vivable pour nos enfants sont bienvenus :  contact@inCOPruptibles.org .

inCOPruptibles © Alexandre Franc inCOPruptibles © Alexandre Franc

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1- Donald Trump n'a pas encore obtenu que la page soit retirée...

2- moyenne sur les années 1980 à 1984 contre moyenne sur les années 2011 à 2016 - les dommages étant bien sûr estimés en dollars 2016. Source: Natcatservice

3- Voir dernier rapport du GIEC, avec depuis des prévisions encore plus sombres, comme par exemple des températures mortelles en Asie du sud (Science Advances  August 2017) et la révision nettement à la hausse de la montée des océans (Nature, mars 2016).

4- 1177 BC the year the civilization collapse Eric H Cline 2014 donne une idée de ce qui nous attend.

5- germanwatch.org  juillet 2017.

6- Le JDD, août 2017

7- C McClade, P Ekins, Nature, 2015

8- la somme des engagements souscrits par les Etats ne permet certes pas d'atteindre cet objectif. Mais l'essentiel n'est pas dans ces engagements non contraignants, il est l'inscription du seuil des 2°C dans le droit international .

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