Climat de merde, merde au climat.

On n’a pas tous les jours le plaisir d’écrire "merde" en titre et de réitérer aussitôt en chapô. Mais comme "effondrement", "merde" est un fusil à un coup. Même quand on est dedans, à l’usage, ça lasse. Sinon c’est quoi le sujet ? J’y pense et puis j’oublie… Ah si, le traitement médiatique de la marche pour le climat du 8 décembre dernier. Alors que l’actu est à la terreur, ça commence à dater.

Disons qu'avant le tueur de Strasbourg, on pouvait observer sereinement que pour une manifestation regroupant environ 140000 personnes partout en France malgré les annulations et le jeu sécuritaire du gouvernement, l'AFP se fendait du communiqué twitaire suivant :

« Quelques dizaines de milliers de personnes participent ce samedi à des marches pour le climat dans plusieurs villes de France, dont une partie portant des gilets jaunes, avec des slogans appelant notamment à lutter contre "l'urgence climatique" ».

On aurait fait une carte avec des ronds dessus, comme ça :

Et puis on se serait faussement étonné, comme un intervieweur professionnel titillant un politicien langue-de-boiseux (donc tout aussi professionnel) : « Quelques dizaines de milliers, sérieusement ? ».

On aurait insisté sur le fait qu’il est heureux que le mouvement citoyen pour le climat ait fait des pas vers les celui des gilets jaunes, et inversement, sinon l’axe le plus exploité de couverture médiatique de la manif (de quelle couleur est votre gilet à vous ?) n’aurait pas fonctionné, et on aurait eu que des images de vilains casseurs incendiaires. 

Mais finalement, non. Depuis tout a changé, le président a lancé une nouvelle loterie sobrement intitulée Qui-veut-des-millions-des-miettes-pour-enfin-la-fermer ?

On va pouvoir passer à autre chose nous disaient déjà les éditorialistes, le jaune, ça fatigue les yeux. Ils ne croyaient pas si bien dire.

Juste après, transition rouge sang, le retour de la terreur. Trépidante, avec chasse à l’homme. Enfin, « le retour » c’est pour l’effet de style, parce que l’attentat d’avant c’était en mai. Celui d’avant, en mars. Ce qui fait moins que l’année d’avant. Bref, une fois qu'elle s'est incrustée, elle n'est plus vraiment partie, la terreur.

Mais pour ironiser sur un sujet pareil, il faut vraiment avoir un problème d’empathie. C’est le problème avec les passionnés de l’effondrement, quand on est persuadé qu’on va assister à la mort prématurée et violente d'à-la-louche sept milliards d’humains, à moins d’y passer soi-même avant 2050, ça peut donner un sens de l’humour... merdique.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.