10 mai 2015 : l'esclavage persiste en Mauritanie

Le 10 Mai est une grande journée à Montpellier, car c'est là que le Collectif du 10 mai rappelle chaque année la loi Christiane Taubira pour l'abolition de l'esclavage qui demandait que soit reconnu officiellement que l'esclavage est un crime contre l'humanité.  Cette année, profitant de cette commémoration, les Mauritaniens de France ont entrepris une vaste campagne de sensibilisation dans le but de mettre en avant le sort des membres de l'association IRA Mauritanie. Les militants de cette organisation de la société civile se battent actuellement disent-t-ils, «pour mettre un frein définitif à la situation des Noirs de la Mauritanie, les Haratines, qui subissent encore la dure condition de serfs, taillables et corvéables à merci ».

 «Tiens, tu peux garder ton téléphone.» lui aurait dit le garde un soir. Eh, oui, c'est Voice of America à l'appareil (la Voix de l’Amérique, VOA) qui a elle réussi à parler avec lui et a procédé à une interview pour savoir quelle était le mobile invoqué pour son arrestation. Bien sûr que c'était inhabituel qu'on lui donne son téléphone. Il a été arrêté tellement de fois. Il ne les compte plus.

Cette association, IRA Mauritanie a été entendue loin d'Afrique, en Europe et aux États Unis. C'est l'Irlande dont l'histoire a sans doute inspiré les membres, d'où le nom homonyme qui a en premier encouragé et aidé les militants pour leur action dans le sens de la liberté des personnes en situation de servitude déguisée ou même reconnue en Mauritanie. C'est ainsi qu'un grand prix a été donné en tant que « Front Line Defenders » au leader qui a été accueilli à son retour au pays par une très grande manifestation de ses partisans. Puis d'autres organismes internationaux suivent les progrès de cette action, tels que Amnesty International, les Nations Unies mais pas trop les pays africains. Pourtant c'est bien malheureusement la Mauritanie le seul pays africain qui pose problème sur ce sujet à ce jour. Les Mauritaniens cherchent à impliquer davantage la communauté internationale, africaine, mais aussi l'Union européenne. Rappelons que la Mauritanie fait partie de l'ancien empire colonial français qui régnait sur les deux territoires à partir de la capitale commune Saint-Louis tout comme le Sénégal voisin. Le servage agricole, l'asservissement que subissent des populations font partie des séquelles de l'histoire intérieure du pays mais aussi de l'occupation de toute cette zone du désert par les Français pendant un siècle.

Les dirigeants mauritaniens actuels n'ayant pas trop envie de se mettre à dos leurs meilleurs soutiens que sont les notables traditionnellement constitués par une certaine aristocratie dont la place d'élite est appuyée par des chefs religieux musulmans essayent tant bien que mal de camoufler certains problèmes sociaux générés par les questions foncières et les nouvelles exigences politiques. Parmi les questions posées, celle de l'esclavage domestique et agricole deviennent des points de conflits ouverts en Mauritanie. Or seule la Mauritanie reste le pays africain qui n'arrive pas à se défaire de cet état de fait. L'esclavage est un crime contre l'humanité qui a même été déclaré comme tel par un précédent président de la république.

Les membres de l'association de l'IRA Mauritanie avaient l'habitude d'intervenir quand des cas leur étaient signalés ou lorsqu'on sollicitait leur participation à des actions de libération ou de sauvetage de personnes qui étaient victimes de mauvais traitements ou qui vivaient en état de servitude domestique ou agricole, dans des villages entiers destinés à l'exploitation de champs pour les notables.

Pour étendre l'information sur les questions foncières et pour une meilleure approche du terrain rural, l'IRA organise donc en novembre 2014 une caravane qui sillonne l'arrière pays délaissé par les autorités, qui restent calées à Nouakchott la capitale. Car ce sont les villes de l'intérieur comme Rosso et les régions le long du Fleuve Sénégal qui sont leur domaine privilégié puisque sur le million cinq cents mille habitants que compte le pays dont les statistiques sont plus que difficiles à établir étant donné que la grande majorité de la population rurale - 90% - est plus ou moins comptée, selon qu'on l'associe ou non aux 10% de propriétaires fonciers.

 Devant ces actions qui ont très vite rencontré un grand engouement dans les milieux populaires à Nouakchott, la capitale, il avait été décidé de les étendre à d'autres villes qui sont bien évidemment très éloignées les unes des autres. Nous sommes en plein désert en Mauritanie, avec moins d'un habitant au kilomètre carré pour une superficie de plus d'un million de kilomètres carrés. Une caravane est organisée. Les autorités réagissent aussitôt par une série d'arrestations des organisateurs de l'événement. Des campagnes de dénigrement des responsables sont entreprises, alors que la maigre presse et les moyens d'expression nationaux sont complètement sous le contrôle de l'état et que des voix jugées discordantes n'ont pas accès à l'information, ni à la diffusion de leurs idées pour exprimer des revendications.

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 A leur tête, Biram Dah Abeid, une cinquantaine d'années, qui est issu d'un milieu défavorisé mais qui a eu la possibilité d'effectuer des études supérieures à l'Université de Dakar au Sénégal puis à l'étranger, avocat de formation et maîtrisant aussi bien l'arabe hassaniya national que les langues européennes de base. Il est responsable de la Ligue des droits humains local (dont les locaux ont du reste été fermés pour le moment) prend d'autant plus d'assurance qu'il avait été candidat aux dernières élections présidentielles et avait réussi à obtenir le score plus qu'honorable de plus de 8,75% malgré les difficultés qu'il a dû affronter, ne serait-ce que pour avoir osé se présenter.

 Les autorités de Nouakchott envoient aussi sec les forces de l'ordre arrêter Biram et tous les organisateurs de la caravane (plus d'une centaine) et les tiennent enfermés depuis le 14 novembre 2014. Des démarches ont été entreprises pour mettre fin à cette situation. Les militants de l'IRA Mauritanie ne reconnaissent pas les chefs d'inculpation avancés et réfutent les arguments du pouvoir qui laisse passer les jours, les semaines et les mois sans résoudre le problème. Certains détenus sont tombés malades au cours de la période de grève de la faim qu'ils avaient décidée. Les autorités jouent la mauvaise volonté, préfèrent donner des soins à des rebelles touaregs maliens qu'ils chouchoutent et soignent à l'hôpital officiellement plutôt que ces cadres nationaux qu'elles ont du mal à refréner.

Le 10 mai est une raison pour évoquer le sort de ceux-là qui sont enfermés à Rosso à 45°à l'ombre.

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