Manifeste WWF-FNSEA : Une écologie de salon au service de l'agro-industrie.

La FNSEA et le WWF France ont signé le 29 juin 2018 un « Manifeste pour une agriculture prospère et durable», lors du forum Planet A à Châlons-en-Champagne. Mais prospère pour qui?

En ne disant rien de l'emprise de l'agro-industrie sur l'agriculture et l'alimentation, ce manifeste ne permet pas de répondre sérieusement à cette question cruciale. C’est donc de la pure communication d’affichage : un paravent « d’ éléments de langage » pour tenter de faire oublier que la FNSEA est le principal relai de l’agro-industrie qui a contribué depuis plusieurs décennies à l’écrasement de la profession agricole et à la marginalisation de la ruralité.

Ce manifeste occulte une réalité incontournable du contexte économique : la concentration des géants de la chimie (comme le rachat de Monsanto par Bayer) et l'investissement croissant des super-géants du numérique (les GAFAM : Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft) dans toute la filière alimentaire, de la semence jusqu'à la livraison à domicile, des biotechnologies jusqu’à la grande distribution.

Occulter cette réalité majeure, c'est s'y soumettre ou y souscrire, et faire de la justification écologique que représente le WWF un moyen d'imposer la mise en place d’un modèle d’intégration totale des filières agricoles : un modèle agricole sans agriculteurs, ne mobilisant plus que des ouvriers spécialisés privés des moyens de peser dans les évolutions de leur métier comme de leur territoire (par l'investissement, par les techniques culturales et les semences utilisées, par la mise en marché des produits, par la possibilité de négocier un prix qui rétribue décemment leur travail).

S’il y a un mot qui brille par son absence dans ce manifeste, c’est bien celui de territoire. Cela traduit une vision « hors sol » de l’agriculture qui s'oppose à toute diversité cultivée à partir des singularités de chaque territoire de vie et de travail.

Revaloriser les agriculteurs dans la diversité et la vitalité de leurs métiers comme des entrepreneurs de ruralité, acteurs de développement humain des territoires, voilà pour nous la seule manière pragmatique et fédératrice de se frotter ensemble, pour de vrai, aux réalités du changement climatique et à l’érosion de la biodiversité.

Minga 6/07/2018

lien avec le « Manifeste pour une agriculture prospère et durable» W.W.F./F.N.S.E.A.

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