« Mon projet pour la planète » : un "like" n'est pas un vote !

« Mon projet pour la planète » : une illustration inquiétante de la politique "start-up nation" dans la gestion d'un appel à projets de l'Etat.

illustration : Laurent Vanhelle illustration : Laurent Vanhelle
Comme beaucoup d’autres associations et de professionnels qui essayent de tenir une cohérence entre leurs actes et leurs idées, estimant que leur engagement répond à l’intérêt général, nous avons répondu à un appel à projets lancé par le ministère de la Transition écologique et solidaire, l’Agence française pour la biodiversité et l’Ademe (l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) intitulé « Mon projet pour la planète ».

Et nous avons eu tort, car ce qui nous a surpris et choqués par la suite, c’est moins son contenu que la manière dont sont sélectionnés les projets. Cette sélection n’est pas réalisée par des fonctionnaires du ministère de l’Écologie (alors qu’il s’agit d’argent public), mais confiée à une « start-up » nommée Cap collectif (une société par actions simplifiée [SAS]) sans que les termes d’une délégation de service public soient clairs et transparents.

La sélection se fait sur la notoriété de l’organisation dans les réseaux sociaux, où des internautes sont invités à « voter  ». Une fois déposés sur une plateforme, certains projets retenus bénéficient dans un premier temps d’un « coup de cœur » sans que l’on sache quelle instance l’attribue. Après quoi, le nombre de clics fait foi.

Pendant une semaine, notre projet a été mentionné comme « non retenu ». Quand nous avons finalement demandé une explication sur les critères de rejet, impossible d’avoir un interlocuteur, puis finalement notre projet est apparu « éligible », de sorte qu’il pouvait être relayé auprès de notre réseau pour que nos adhérents et sympathisants le soutiennent par leur « vote » ; une manière de permettre à cette société de se constituer un fichier « politique » grâce à un appel à projets de l’État.

Abusivement appelée « démocratie numérique », cette méthode participe d’une mise en place d’une « souveraineté cybernétique » [1] telle qu’elle est déployée en Chine, où les usages numériques des internautes, leurs réputations, conditionnent par exemple l’accès à des services publics. Nous sommes en plein Black Mirror [2].

On ne peut plus séparer les sujets comme celui de la biodiversité et du réchauffement climatique et celui de l’impact massif des technologies numériques sur la nature, la société mais aussi nos cerveaux [3]. Relier les sujets, c’est penser nos engagements professionnels comme personnels à l’aune de ce en quoi ils agissent sur l’avenir de la démocratie, pas seulement par idéalisme, mais bien par nécessité pragmatique pour la survie de notre humanité.

Si Minga est une organisation à la fois professionnelle et politique, c'est bien pour tenir cette exigence. Pour nous soutenir, vous pouvez adhérer ou contribuer à notre souscription.

 

[1Voir l’article de Christina Larson du 20 août 2018 dans la revue du MIT.

[2Black Mirror est une série britannique (2011-2014) mettant en scène une dystopie, caractérisée par de nouvelles technologies envahissantes qui dérèglent profondément les relations et les comportements humains.

[3La mobilisation des neurosciences et des psychosociologues dans les industries du numérique, les smartphones, les réseaux sociaux et les jeux vidéo engendre des comportements addictifs dévastateurs, notamment chez les adolescents (cf. « Persuasive Design »).

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