Pour garder les pieds sur terre, vive l’engagement syndical !

Rencontres Mondiales du Logiciel Libre 2017 – Intervention de Minga avec le SYNPELL – syndicat professionnel des éditeurs de logiciels libres

Pour dire ce qui conduit Minga à retrouver aujourd’hui de l’attrait pour un truc que nous trouvions un peu vieillot il n’y a pas si longtemps, l’engagement syndical, il convient de préciser un peu d’où l’on vient.

Minga est une association qui rassemble une soixantaine d’acteurs professionnels (couvrant un large éventail de métiers) qui défendent un certain nombre de revendications en commun :

  • la première, qui peut paraître un peu triviale, c’est de vivre dignement de son travail (quel que soit son statut) et que le travail fourni favorise des liens de coopération plutôt que d’exploitation,
  • La seconde, c’est de bénéficier d’une protection sociale de qualité (on peut être malade, on a le droit de prendre des congés, et d’avoir une vie sociale qui ne soit pas exclusivement tournée vers le travail… ).

Or, dans un contexte de financiarisation de l’économie, il ne suffit pas de bien faire son travail pour que ces 2 points se réalisent. On a plutôt vite fait de se retrouver prisonnier d’un travail « sans qualité » pour préserver son emploi (comble du tragique : même au sein d’une entreprise que l’on a fondé !). Si l’article 23 de la Déclaration universelle des droits de l’Homme relie le droit de tirer un revenu décent de son travail et de bénéficier d’une protection sociale au droit de s’affilier à un syndicat ou d’en créer un, c’est bien que la justice sociale n’est pas qu’une affaire de principe moral à défendre, mais bien aussi de rapport de force social à construire.

Il est facile de croire que l’on peut s’en exonérer et se laisser gagner par la folie des grandeurs, particulièrement dans le secteur de l’édition informatique et d’autant plus que le système laisse entendre qu’il peut être subverti par de la technique, grâce au code magique d’un geek génial !A la fin des années 90, quand la bulle internet n’avait pas encore éclaté, certains gérants de start-up croyaient avoir inventé la formule magique d’un capitalisme sans friction. Les annonces de Alan Greenspan, président de la réserve fédérale des U.S.A., déclarant que les arbres ne peuvent pas monter jusqu’au ciel, avait mis à terre, du jour au lendemain, le règne de ces marchands de rêve. Après avoir levé des capitaux sur un potentiel de croissance à deux chiffres, n’ayant pas réussi à refourguer à temps leurs « actifs » (artificiellement valorisés sur une promesse de croissance affichée), ils en sont arrivés à se demander : « on vend quoi ?, c’est quoi nos produits ? ».

Cette période a beaucoup de similitudes avec la ruée vers l’or, où ceux qui ont vraiment fait de l’argent sont les vendeurs de pèle et de pioche et les tenanciers de saloon et de cabaret. Pas les mineurs ! L’origine de la fortune Trump en témoigne; le grand-père de Donald ayant su tirer profit de la Ruée vers l’or du Klondike, dans la ville champignon de Dawson City, en ouvrant un restaurant bordel dont les capitaux lui ont permis de se lancer dans l’immobilier à New York par la suite.

L’engagement syndical est un acte de lucidité. Il évite de croire que le marché peut s’auto-réguler tout seul par des « entrepreneurs du changement », soient-ils animés des meilleures intentions du monde. Et ça l’est d’autant plus quand l’on a l’ambition de promouvoir des biens communs; une perspective qui rend encore plus saillantes les questions qu’un tel engagement soulève :

Comment développer une organisation syndicale qui ne finisse pas par épouser un discours patronal de petit patron à la remorque du MEDEF ? L’évolution de l’organisation des employeurs de l’économie sociale et solidaire, à ce sujet, étant significative (http://www.minga.net/les-organisations-patronales-au-service-dun-changement-de-regime/)

Comment créer une organisation syndicale qui ne soit pas corporatiste, réduit à l’addition d’intérêts particuliers catégoriels considérant que seul l’État se devrait d’être garant, à lui seul, de l’intérêt général ?

Comment dialoguer et établir des alliances avec le reste du monde du travail, doublement bousculé par les évolutions du numérique et la réforme du code du travail ?

Comment dépasser un compromis social-démocrate fondé exclusivement sur la répartition des revenus entre les intérêts du capital et ceux du travail, pour se frotter à la question de la propriété des moyens de production par la promotion de bien commun ?

Ouvrons le débat !

Minga,
Saint-Etienne, le 5 juillet 2017
« RMNL / atelier :  Un syndicat professionnel des éditeurs de logiciels libres ? ».

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