Tribune : Comment nos déplacements nous tuent

En France, nous avons la chance d’avoir le train depuis 2 siècles. Nous sommes mondialement connus pour notre TGV, notre réseau ferroviaire très étendu… Mais depuis l’arrivée de l’avion et une politique libérale depuis les années 90, le déclin de ce beau réseau ferré n’a cessé de s’accentuer.

Record du monde de vitesse sur rails, avec la première génération de TGV sur la ligne Paris-Lyon. © Michel Henri - SNCF Record du monde de vitesse sur rails, avec la première génération de TGV sur la ligne Paris-Lyon. © Michel Henri - SNCF
Aujourd’hui, grâce à un « SNCF-bashing » orchestré par certains politicien·ne·s et les défenseurs·euses d’un extra-libéralisme, la concurrence, demandée par l’Union Européenne, arrive à grands pas chez nous. Celle-ci, n’arrangera rien et ne fait que balayer le problème de fond de la qualité de service médiocre que peut fournit parfois la SNCF, c’est pour cela qu’est née la grève des cheminot·es début 2018.

L’avion qui s’en sort tel un roi

En 2017, les transports représentent 25 % des productions mondiales d’émissions à effet de serre et environ 30 % des émissions françaises. Pendant que les avions s’en sortent sans taxes écologiques et revient souvent moins cher que les trains longues distances, la sixième extinction de masse arrive (causée par l’action humaine) et le #JourDuDépassement arrive de plus en plus tôt chaque année. Est-il normal d’avoir des avions réguliers pour faire Paris – Lyon, Mulhouse, Bordeaux, Lorient, Quimper, etc, alors que la France et l’UE ont investi des milliards d’euros dans des lignes à grande vitesse pour y accéder avec un temps de trajet quasiment équivalent ?!

Part des émissions de CO2 en France (Corse et Monaco compris) en 2018 selon la Commission Européenne. Les transports sont ici en bleu. © Commission Européenne Part des émissions de CO2 en France (Corse et Monaco compris) en 2018 selon la Commission Européenne. Les transports sont ici en bleu. © Commission Européenne

La concurrence, cette fausse bonne idée

Cette ouverture à l’ouverture concurrence fascine tant d’usager·ères et de responsables politiques… Mais le trafic marchandises, ouvert à la concurrence en 2003 en France (pour les trains internationaux, en 2006 pour les trains nationaux), ne cesse de perdre des parts de marché sur les autres moyens de transport (voir image ci-dessous), notamment le routier. Cette mesure de libéralisation d’un secteur monopolisé par une entreprise publique devait augmenter les trains de fret sur le réseau : il n’en est rien !

Parce que oui, l’hypothèse selon laquelle la SNCF devra « faire mieux que ses concurrents donc ça va être mieux pour tout le monde», est totalement fausse et absurde. La preuve avec EDF, privatisé en 2004 : le prix de l’électricité augmente à cause de la concurrence (celle-ci permise en 2007 par l’Union Européenne). Sur des rails, c’est encore pire, une réelle concurrence n’est pas possible sans être néfaste pour l’usager·ère. Certaines personnes n’auront pas le choix de prendre certaines compagnies à cause de leurs horaires.

Source : Chiffres clés des transports en avril 2019, par le Ministère de la Transition Écologique, page 32 © Commissariat Général au Développement Durable Source : Chiffres clés des transports en avril 2019, par le Ministère de la Transition Écologique, page 32 © Commissariat Général au Développement Durable

Un réseau en déclin

Le Réseau Ferré National, qui comportait 28 120 km de lignes en 2017, s’est réduit de 12% depuis 1997. Des territoires se sont retrouvés enclavés, au profit de la route (comme Saint-Dié-des-Vosges ou Saint-Claude dans le Jura). Les régions et l’État se désengagent et mène à ces disparitions petit à petit (comme la ligne Grenoble – Gap, en sursis).

Et au contraire, des lignes ont été rouvertes, comme Belfort – Delle ou Oloron – Bedous mais sont très mal exploitées (au niveau des horaires et fréquence des trains) ce qui a mené à un flop total de celles-ci et une fréquentation quasi nulle.

Selon les syndicats, il manquerait énormément d'effectifs chez SNCF Réseau pour l'entretien du réseau existant. La résolution d'incidents, de problèmes techniques, etc, sont donc plus lents ou même inexistants (exemple : le TGV déraillé à Marseille récemment)...

 

À travers cette tribune, j’appelle l’État et le Ministère des Transports à réfléchir sur plusieurs choses :

  • Réduire le nombre de liaisons aériennes intérieures (en adaptant l’offre ferroviaire en conséquence) et créer un plan « trains de nuit »,

  • Investir plus sur les lignes ferroviaires en danger,

  • Assouplir les moyens de SNCF Réseau pour la maintenance du réseau ferré existant,
  • Rendre le fret ferroviaire plus attractif,

  • Étudier et trouver localement (avec les régions, les maires, les voyageurs directement) des solutions pour augmenter la fréquentation des lignes TER et donc éviter leur dégradation.

 

La question écologique doit être une priorité pour nos dirigeants politiques. L’avenir de notre monde et de l’humanité est en jeu, la solution peut facilement commencer par nos méthodes de transport. Notre chance est là, il est temps de la saisir !

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