L'écrivain espagnol Juan Marsé vient de nous quitter.

Il avait 87 ans et c'était un des plus grands écrivains espagnols de la seconde moitié du XXe siècle. Ses romans sont une des visions les plus lucides et souvent ironiques de la Barcelone des années franquistes.

Élevé dans une famille pauvre à une époque et dans un pays où cela avait un sens très fort, audidacte, personne n'a su mieux que lui montrer les contrastes de la société barcelonaise.

Quand on a lu " Teresa, l'après-midi" (Ultimas tardes con Teresa), on ne peut passer devant les superbes immeubles de l'Eixample ou les luxueuses "torres" (villas) de la Costa Brava sans penser à la naïve,romantique et richissime Teresa qui rêvait de connaître ses mystérieux héros , les clandestins antifranquistes à une époque où le pouvoir tuait. Pour les lecteurs de Marsé, les quartiers du Guinardó et du Carmelo évoquent l'époque des bidonvilles où tous ces migrants du Sud, Murciens et Andalous,presque aussi méprisés par la bourgeoisie catalane de l'époque que les migrants étrangers en France, essayaient de se faire une place dans leur région d'accueil. Honnêtement ou pas, comme le Pijoaparte, création littéraire de Marsé (Ultimas tardes con Teresa) devenu un personnage symbolique, sorte de "jeune de banlieue" , beau, ignorant et sans scrupules, fasciné par le monde bourgeois. Son ombre en mobylette dévale encore les rues pentues de Barcelone des baraques des migrants vers les riches villas, faux clandestin politique,mais vrai pauvre bien décidé à profiter de la naïveté des riches dans la tradition picaresque. Trop ignorant et désarmé pour s'en sortir indemne dans un monde qui broyait les gens comme lui. Echo déformé des luttes clandestins réelles,  les fantasmes  de la jeune bourgeoise qui rêve dans sa superbe villa de romanesques militants. Ironie de Marsé. 

Alors lisez, relisez Marsé, il a été traduit en français. "Teresa l'après-midi" en re- édité 2009 et "l'histoire de la cousine Montsé"en 2012. et d'autres livres comme  "Si te dicen que caí" censuré et publié hors d'Espagne sous Franco...Bonne lecture!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

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