ESPAGNE : UN ESPACE S'OUVRE POUR UN SALVINI ESPAGNOL

Traduction d'un article d'Enric Juliana ( La Vanguardia 25/07/2019 "En Espagne commencent à se présenter les conditions d'une forte tempête populiste de caractère anti-politique" " Rivera pourrait être le Salvini espagnol"

Traduction personnelle d'une partie d'un article de la Vanguardia

(....)" La politique commence à être illisible pour trop de gens en Espagne. L'épaisseur de la complication ne tardera pas à provoquer une demande accrue de simplification.Ceux qui offriront une simplification plus lisible seront les gagnants dans les mois qui viennent. Cela pourra se produire lors d'une prochaine séance d'investiture d'ici le 25 septembre ou après de nouvelles elections le 10 novembre.

Les Espagnols ne connaissent pas leur chance d'avoir un Santiago Abascal qui n'a pas la moitié du talent politique, ni la moitié de la moitié de la capacité oratoire de Matteo Salvini" me commentait récemment un observateur italien. Il voyait juste. En Espagne commencent à se produire les conditions d'une forte tempête populiste à caractère anti-politique qui, si elle a lieu, n'aura rien à voir avec les indignés ni avec les banderoles du 15M. Il suffira qu'il surgisse un personnage doté d'un certain talent en matière de communication politique, prêt à devenir le nouveau tribun du malaise.

Abascal, un homme qui du haut de la tribune du Congrès  évoque l'assassinat de Calvo Sotelo, ne sera pas le tribun d'une Espagne stressée, digitalisée et furieuse contre la politique. Le spectacle atroce que nous avons vécu ces derniers jours, accéléré jusqu'à des extrêmes démentiels par les dispositifs digitaux, exacerbe la possibilité de cette nouvelle vague populiste. Rivera est en train de le pressentir, Rivera qui a commencé à parler de "la bande" pour se référer à ses adversaires politiques. C'est le langage de Salvini. Rivera pourrait être le Salvini espagnol. Il y a des gens qui le conseillent.

La gauche a provoqué ces jours-ci la colère et la déception de nombreux Espagnols. Un gouvernement de coalition ne peut être négocié comme on a feint de le faire ces jours-ci. Le dernier gouvernement allemand a été tissé en 80 jours de travail méthodique. En Espagne on a montré qu'on négociait pendant 20 heures. Un parti qui gouverne ne peut pas laisser  filtrer les documents d'une négociation au risque de la couler. Un parti qui aspire à entrer pour la première fois dans un gouvernement ne peut faire sa dernière offre depuis la tribune du Congrès 5 minutes avant le vote. La situation a échappé à Pedro Sánchez et à Pablo Iglesias. Aujourd'hui Sánchez a la mine sombre et Iglesias a l'air effondré car toute capacité de résistance a ses limites.

Au PSOE, il y a des discordances, atténuées par l'autorité de Sánchez, entre ceux qui voudraient rouvrir les négociations et ceux qui considèrent qu'il est préférable que la situation se décante dans de nouvelles élections en novembre. A IU Podemos, IU ne cache pas son désaccord quant à la façon dont ont été menées les négociations. IU a poussé toute la matinée à l'abstention face au secteur de Podemos qui voulait exprimer sa colère dans un vote NON. Il n'y a guère de complicités entre PSOE et IUpodemos et ces rares complicités se sont brisées. Et de vilaine façon. Il est difficile de construire une coalition entre ces deux partis après ce qui s'est passé ces dernières semaines.

La complexité politique commence à être agressive pour de nombreux Espagnols.

 

 

 

 

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