Répondre à la surenchère sécuritaire du Président et de son gouvernement

J'ai signé l'appel de Médiapart "Nous sommes tous Français", j'ai signé l'appel citoyen "non à la politique du pilori" et le 4 septembre prochain, je manifesterai pour le respect de notre devise "Liberté, égalité, fraternité". Je fais donc partie, à en écouter ou lire certains, de la cohorte de ces indécrottables "angélistes de gauche", qui décidément ne comprennent rien à rien de ce que vivent les Français "de base". Pour d'autres, je tombe dans le piège tendu par Nicolas Sarkozy et son gouvernement au peuple progressiste qui, au lieu de poursuivre la mobilisation sur le thème des retraites ou des affaires (Woerth ou Karachi par exemple), se laisse "détourner" vers un thème politique éculé.

 

Je suis en effet absolument convaincue qu'il est impossible de ne pas répondre, avec force, aux énormités proférées par le Président et son ministre de l'Intérieur. Pour plusieurs raisons.

 

Ce ne sont pas que des paroles !

Nicolas Sarkozy a par exemple chiffré (une marotte chez lui !) les objectifs qu'il fixait à sa police concernant les expulsions de familles Rroms : 300 camps illégaux démantelés d'ici la fin de l'année. Et l'on a vu, en effet, de Montreuil à Saint-Etienne, de Saint-Denis à Lyon que les expulsions s'intensifiaient – sans qu'aucune solution de relogement ne soit jamais proposée et alors, faut-il le rappeler, que les Rroms sont des citoyens européens.

Autre population ciblée, les "immigrés". On a pu voir, également, à la Courneuve, avec quelle violence des enfants, des femmes (dont l'une au moins avec son bébé dans le dos) étaient trainées par terre par des policiers pour être expulsées de l'endroit qu'elles squattaient.

Ces actions ne sont pas des "vues de l'esprit", ce sont des réalités. La "guerre" – telle qu'il la nomme lui-même – que Nicolas Sarkozy a déclaré à certaines populations se déroule en effet, sous nos fenêtres, au coin de la rue. Ce n'est pas faire de l'angélisme que de dire : cette guerre n'est pas la mienne ! Elle est indigne de MA République.

 

C'est une politique qui terrorise

Et malheureusement… çà marche. Déchéance de la nationalité, parallèle revendiqué entre délinquance et immigration, menaces d'emprisonner des parents de délinquants : au-delà de l'énormité de ces rodomontades anticonstitutionnelles (merci à Robert Badinter de l'avoir si bien dit le premier) et vichystes, elles blessent, elles effraient, elles angoissent tous ceux qui, Français d'adoption, croyaient avoir gagné le droit à vivre ici, en toute tranquillité, en toute sécurité, pour eux et leurs enfants.

Les jeunes garçons qui dans nos banlieues avaient déjà l'habitude de se faire contrôler à tout bout de champ en raison de leurs apparences physiques (et parfois juste parce qu'ils allaient au supermarché du coin faire les courses demandées par leurs mères – histoires vécues plus d'une fois, j'ai des témoins !), ne sont pas près de se sentir "d'ici".

Il faudra désormais crier très fort pour effacer ce sentiment de crainte profonde, fondé sur l'idée suivante : "Finalement, nous ne sommes toujours pas les bienvenus. L'État lui-même ne nous protège plus". Je ne veux pas que tous mes amis "d'origine" maghrébine ou subsaharienne – comme je suis "d'origines" alsacienne, normande et espagnole – aient peur, lorsque leurs enfants sortent le soir ou partent le week-end faire du sport à l'autre bout de l'Ile-de-France en RER. Nous sommes tous d'ici. Point.

 

C'est une politique dangereuse

Puisque Nicolas Sarkozy déclare la guerre, il ne peut pas espérer ne pas être entendu. Mais les voitures ne brûleront pas dans la cour de l'Élysée ! Les jeunes révoltés, grandis sans repère et prêts à tout, ont reçu le message 5/5 ! Nous pouvons déjà constater de Mantes-la-Jolie à Brest, la poursuite de scènes très violentes (avec la mort d'un jeune à Mantes). Je n'aime pas jouer les Cassandre, mais je pense malheureusement que la parole et les actes du gouvernement vont faire se démultiplier de telles scènes.

Alors que les fins de mois (qui commencent parfois le 2 ou le 3 !) sont extrêmement dures pour un nombre croissant de familles, le garant de la République devrait s'assurer de développer des politiques renforçant la solidarité (afin de s'aviser de ne pas créer de trop grandes disparités) et assurant la tranquillité publique à laquelle ont droit tous les habitants de notre pays. Il met en œuvre très exactement l'inverse – y compris lorsqu'il prévoit de supprimer quelque 11 400 postes de gendarmes et de policiers sur la période 2009-2013 (calculs du député socialiste Jean-Jacques Urvoas).

Le rôle d'un chef de l'État digne de ce nom n'a jamais été de dresser des parties de la population les unes contre les autres. Bien au contraire ! Son devoir est d'assurer par tous les moyens la cohésion sociale. Particulièrement en pleine crise économique où les préoccupations premières des gens sont l'emploi, le logement et pour certains… la nourriture ! Nicolas Sarkozy jette de l'huile sur le feu … mais ce n'est pas lui, dans l'immédiat, qui va payer les pots cassés de cette stratégie politique incendiaire et honteuse. Ce sont les braves gens, venus de Creuse, du Rif ou de Ménilmontant et qui tout d'un coup risquent de se retrouver pris au milieu d'une tourmente sociale.

Cette tactique politique du pompier pyromane est proprement irresponsable et en tant que telle, inacceptable. Voilà pourquoi je manifesterai, le 4 septembre.

 

 

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