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Le Club de Mediapart lun. 8 févr. 2016 8/2/2016 Édition de la mi-journée

Ma démission du MoDem

 

Montreuil, le 8 mai 2011

 

 

Lettre ouverte à Monsieur François Bayrou, Président du MoDem

 

 

 

 

Monsieur le Président - cher François,

 

Alors que les campagnes internes au MoDem débutent pour réélire nos représentants à la tête des Mouvements Départementaux, alors que la campagne pour l'élection présidentielle se profile, il est temps de vous dire ma volonté : je quitte le MoDem.

Cette décision n'a rien à voir avec un coup de tête ; rien à voir, non plus, avec une quelconque rancœur. Mais, par amitié pour un certain nombre de militants et par gratitude pour le chemin parcouru ensemble – après tout, vous m'avez témoigné suffisamment de confiance, il y a trois ans, pour me laisser conduire une liste aux municipales (et pas dans n'importe quelle ville, ni face à n'importe quels ténors de la politique française) – je tiens à tenter de vous expliquer ce choix.

Je pourrais invoquer quelques moments difficiles vécus à l'intérieur du parti et vous exprimer mon désaccord avec telle ou telle méthode, ainsi que ma fatigue face à certaines pratiques florentines. Revenir sur quelques incompréhensions devant des choix de gouvernance interne ou de stratégie externe. Vous dire les pilules, évidemment amères, qu'il fallut avaler à deux ou trois reprises. Mais, vous énumérer cette litanie eût été pénible à écrire et à lire. Pire, fournir ces motifs comme explications de ma décision eût été mentir – à vous, comme à moi.

La raison bien plus profonde est que je ne trouve plus, dans ce qui est dit par le MoDem, les arguments qui m'ont poussée à m'engager auprès de vous.

Vous étiez dans le juste, lorsque “aux tout débuts”, vous dénonciez le modèle de société porté par l'UMP et son candidat, Nicolas Sarkozy. De mois en mois depuis mai 2007, nous avons tous eu la désagréable surprise de constater que les craintes partagées s'avéraient fondées et, même, que la situation se dégradait encore plus vite que nous ne l'avions craint.

Bouclier fiscal des débuts du quinquennat, lois liberticides, main-mise sur les médias, cadeaux faramineux faits aux banques sans aucune contre-partie, mépris revendiqué des élites universitaires et enseignantes, casse de l'école et de la santé publiques, Grenelle de l'Environnement savamment détricoté, discours de Dakar et de Grenoble, désastres de la politique étrangère menée en Tunisie, en Égypte ainsi qu'avec nos partenaires européens historiques et j'en oublie bien sûr… Tout ceci, couplé avec une incapacité terrible à construire une politique de relance économique, nous a tous indignés et trop souvent tétanisés.

Permettez-moi, à ce stade, de citer Aimé Césaire : « Une civilisation qui ruse avec ses principes est une civilisation moribonde ». Il me semble que nous en sommes là. Mon engagement politique repose sur cette certitude : il convient – aujourd'hui plus que jamais – d'être ferme dans nos convictions. Inventifs, curieux et réellement novateurs dans nos propositions. L'heure n'est plus aux “compromis fades” (pour reprendre l'expression que vous avez utilisée afin de résumer ce que Bernard Stasi détestait plus que tout) fussent-ils énoncés dans l'espoir que les indécis puissent rejoindre, un jour, la cohorte des électeurs acquis.

Si je suis d'accord avec l'idée que la situation actuelle réclame de grands rassemblements, un esprit d'ouverture et de solidarité, je suis convaincue qu'il s'agit de les construire sur des socles politiques – philosophiques – solides. Or depuis des mois, je ne trouve plus que des positions très… mouvantes au MoDem.

Comment continuer à fustiger la politique menée par un parti, l'UMP, tout en privilégiant au plan local les alliances avec, précisément, ce parti (cf. les cantonales) ?

Comment ne pas avoir voté contre la loi LOPPSI 2 au Sénat ?

Comment souhaiter soutenir les PME et les familles en imaginant une hausse de la TVA ?

Comment dénoncer la politique fiscale aberrante du gouvernement, tout en proposant un amendement concernant la “niche” (odieuse ?) des indemnités pour accidents de travail jusqu'à présent non fiscalisées ?

Comment tenir aussi peu compte, malgré les déclarations d'intention, des impératifs écologiques qu'ils n'ont pas été inclus dans votre discours du congrès de décembre concernant la relocalisation de l'industrie française ?

Plus près de moi : comment voter contre le retour en régie publique de la gestion de l'eau ?

Ce ne sont que des exemples, mais ils représentent bien mon désaccord croissant avec les idées professées par le MoDem.

Je me suis engagée dans l'action politique à vos côtés avec deux envies : faire partie de celles et ceux qui “pousseront” pour infléchir l'évolution actuelle de notre pays afin de le rendre – enfin – plus heureux, plus réconcilié avec l'Histoire mondiale en marche, plus ouvert aux autres, à nouveau prêt à répondre aux extraordinaires enjeux – sociaux, écologiques, économiques – qui se posent à nous. Et, au plan local, afin de participer à la construction de solutions porteuses d'espoir et de “bien vivre ensemble” pour la ville et le territoire où je vis.

À ces deux niveaux, je ressens la nécessité d'exigences sociales et écologiques nettement plus affirmées, de plus d'innovations politiques, de plus de cohérence entre les idées et les stratégies préconisées. Je quitte donc le MoDem pour rejoindre Europe Écologie Les Verts – et je le fais sans regret, ni rancune, mais avec conviction et enthousiasme.

Néanmoins, je tiens à vous remercier de m'avoir donné l'opportunité d'apprendre… tout ce que j'ai appris. Et je souhaite assurer de la persistance de mon amitié tous ceux que j'ai appréciés au sein du Mouvement – au premier rang desquels, vous me permettrez de nommer Jean-Luc Bennahmias – ainsi que tous “mes” proches, les militants de Montreuil, avec lesquels nous avons vécu cette belle aventure humaine que fut la campagne des municipales de 2008.

Je vous remercie de m'avoir lue, Monsieur le Président, et vous souhaite beaucoup de courage pour la période qui s'ouvre.

 

Mireille Alphonse

Ancienne tête de liste aux municipales de Montreuil (93), référente locale du MoDem

Ancienne Vice-Présidente du MoDem de Seine-Saint-Denis

 

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Tous les commentaires
  • 13/09/2011 14:27
  • Par misol
quitter le Modem peut être, mais pour aller où ?? je n'ai plus aucune confiance en les politiques de tous bords, qu'ils soient des hommes ou des femmes, de gauche ou de droite! triste .. donc je reste au Modem

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L'auteur

Mireille Alphonse

Conseil en communication
Montreuil - France

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