Un an après le discours de Grenoble : des murs ou enfin de l'action politique en faveur des Rroms ?

Cela fait un an que Nicolas Sarkozy a tenu son tristement fameux « discours de Grenoble », stigmatisant les Rroms, les immigrés, opposant Français de « souche » et Français arrivés récemment et promettant de nombreuses reconduites aux frontières…

Cela fait un an que Nicolas Sarkozy a tenu son tristement fameux « discours de Grenoble », stigmatisant les Rroms, les immigrés, opposant Français de « souche » et Français arrivés récemment et promettant de nombreuses reconduites aux frontières…

 

 

Curieuse envie que de vouloir, à mon tour marquer cet anniversaire, pourtant très peu glorieux ! Deux articles de presse relatant deux faits “divers” récents m'y incitent.

Le premier dans le Monde, paru il y a 9 jours (mercredi 20 juillet). À Baia Mare, en Roumanie, le maire a décidé de faire ériger un mur pour isoler le quartier rom des autres quartiers de la ville. Avec une belle assurance : « Je n'ai peur de rien quand il est question d'ordre et de discipline ». Un mur ! Vous avez bien lu. Un mur pour encercler un ensemble de HLM par trop voyants et dégradés, un mur pour cacher la misère, un mur pour ne plus “voir” et tenir à l'écart…

Le second fait divers est beaucoup plus proche de nous : à Noisy-le-Sec en Seine-Saint-Denis, un campement rom a brûlé la nuit dernière (27 au 28 juillet). Heureusement, le temps frais et pluvieux de ces derniers jours a évité que le feu ne se propage trop vite. Enième accident de ce type dans les zones oubliées de nos banlieues où – par chance cette fois-ci – il n'y a eu ni blessé, ni mort. À Bobigny, à Gagny, à Orly… cela n'a pas toujours été le cas !

 

Réagir ? Quand ?

Combien de temps encore, la France et ses voisins européens vont-ils se parjurer et piétiner leurs “valeurs démocrates” en traitant de la sorte les populations Rroms ? Combien de temps avant qu'il y ait, enfin, une réaction citoyenne massive sur ces questions ?

L'an dernier, à Montreuil (93), où je vis, après l'expulsion par la police nationale de familles Rroms d'une maison qu'elles squattaient et alors que la ville mène depuis des mois une politique d'accueil volontariste de 350 personnes dans le cadre d'une MOUS*, la maire, Dominique Voynet, avait appelé avec d'autres élus de Seine-Saint-Denis la tenue d'une table ronde régionale avec l'État et l'Union Européenne sur la question Rrom, expliquant que les communes seules ne pouvaient pas résoudre la question d'arrivées de familles Rroms absolument démunies. Vox clamens in deserto – si je peux me permettre.

La question Rrom n'intéresse pas les deux principaux partis politiques du pays, pire, elles les embarrassent, effrayés qu'ils sont de perdre éventuellement des électeurs.

Et pourtant, pour parler simplement de Montreuil, si les Rroms sont en effet plusieurs centaines, des liens se sont tissés avec la population, des amitiés sont nées et nous n'avons pas vécu (encore ?) de débordements xénophobes. Preuve, je veux le croire, que la population ne leur est pas, dans sa grande majorité, hostile. Le soir du Nouvel An, cela devient même une tradition : les enfants Rroms viennent démontrer leur talent sur scène, lors du Réveillon solidaire qu'organise la mairie, en présentant des danses qui laissent tous les spectateurs bouche bée. Et plusieurs associations développent des projets tout à fait passionnants où se rencontrent et apprennent à se connaître Rroms et Gadjo.

Alors quoi ?

 

Nos démocraties malades

Alors il me semble qu'il faut se rappeler l'Histoire et se convaincre de ceci : l'état de santé d'une démocratie et… n'ayons pas peur des mots, d'une civilisation, se mesure à la manière dont cette démocratie, cette civilisation traitent leurs plus faibles, leurs plus démunis, leurs plus “hors norme”. L'Histoire nous a enseigné cela à plusieurs reprises.

À force de reniements sur ce qui constitue leurs valeurs, leurs socles philosophiques et moraux, les démocraties s'auto-dévorent. Et la république de Rome finit par se vendre aux pires dictateurs, avant d'être renversée par les Barbares qu'elle pensait follement pouvoir circonscrire.

À force de laisser à nos côtés des êtres humains être traités de façon très inhumaine, c'est toute l'Humanité dont on nie la valeur essentielle. Si la mort d'un enfant Rrom, brûlé dans l'incendie d'un bidonville (à Bobigny par exemple) de – ce qui est encore – la 5ème puissance mondiale ne fait pas plus réagir les responsables politiques… que vaut la vie humaine pour ces “responsables” ? Dès lors que l'Humanité est ainsi méprisée, on laisse la porte ouverte à tous les débordements, à toutes les horreurs.

En Norvège, un homme se croit permis d'assassiner des jeunes d'un parti politique qu'il abhorre. À Montreuil, un nouveau propriétaire peu scrupuleux décide de faire vider la maison qu'il vient d'acquérir (et dont il sait qu'elle est squattée) par une sorte de milice privée qui détruit les biens des familles et tente de les expulser à coups de barres de fer ! La police… laisse faire pendant plus d'une heure !!!

Je sais que, directement, ces événements n'ont pas de liens directs, ni entre eux, ni avec les Rroms. Je sais qu'ils ne présentent pas la même gravité. Mais ils sont révélateurs d'un même “climat” régnant désormais sans retenue dans nos sociétés. Révélateurs d'un même “état de santé”. Nos démocraties sont très malades, est-il besoin de le redire ?

 

Agir maintenant

Pour en revenir à le seule question des populations Rroms, alors que nous sommes, en France, dans cette drôle de période de “veillée d'armes” avant de plonger dans l'hystérie prochaine (n'en doutons pas) des deux campagnes présidentielles et législatives, je pense a minima, que nous devons, nous les citoyens, demander deux ou trois choses à ceux qui se lanceront pour porter nos voix au plus haut niveau :

- que les mesures transitoires, qui limitent considérablement, en France, les conditions d'accès à l'emploi des citoyens bulgares et roumains soient définitivement levées à la fin de l'année 2011 (et non reconduites jusqu'en 2013 !) ;

- que la France engage enfin une réflexion avec ses partenaires européens sur la bonne façon d'aider ce peuple à vivre en paix, dans la dignité, comme n'importe quel autre peuple européen ;

- que dans un premier temps, des rencontres à visée pratique soient mises en place dans toutes les grandes régions de France accueillant des familles Rroms pour mettre en place le plus vite possible des organisations leur permettant de scolariser leurs enfants, d'accéder aux soins, d'habiter dans des lieux dignes, d'acquérir ce qu'il faut de connaissance de notre langue et des institutions pour prendre progressivement une place à part entière dans nos villes, d'accéder aux formations professionnelles puis à l'emploi.

Au plan local, je sais que les associations poursuivront leur travail extraordinaire. Mais il est plus qu'urgent que les politiques les accompagnent, portent leurs besoins et leurs propositions, avant que les mauvais vents qui soufflent sur nos vieilles démocraties ne balaient à nouveau tout. Est-il encore temps de réagir ? Je l'espère.

 

* MOUS : maîtrise d'œuvre urbaine et sociale

 

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