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Le Club de Mediapart dim. 25 sept. 2016 25/9/2016 Dernière édition

Sivens : pour honorer la mémoire de Rémi Fraisse

Dans le drame de Sivens il y a tout. Tout ce que nous, les écologistes (militant-e-s politiques et/ou associatifs, citoyen-n-es) redoutions depuis des années. Dans ce constat navré, nulle espèce de satisfaction du genre “nous vous avions bien dit que cela terminerait comme cela”, ni de plaisir morbide face à un prétendu “martyr écolo” comme certains ont eu l'indécence de l'écrire ; mais tout au contraire, l'immense tristesse de voir se réaliser ce que nous craignions : l'engrenage de la violence avec in fine, la mort d'un jeune homme engagé pour le respect de la nature.

Tout : l'incapacité des pouvoirs publics locaux et des principaux agriculteurs à prendre la mesure de ce qui est en marche – le changement climatique. Mercredi, sur France Info, un agriculteur FDSEA du Tarn, qui aurait été l'un des bénéficiaires du barrage de Sivens, se plaignait des « années de sécheresse qui se multiplient » et insistait sur son besoin en eau et la nécessité du barrage. Mais le changement climatique est une réalité avec laquelle nous devons apprendre à vivre définitivement ! Cela ne va pas aller mieux dans deux ans : les risques de sécheresse sont au contraire en train de s'accentuer et notamment dans les zones méridionales de notre pays. C'est un mouvement de fond, long et durable. L'eau n'est déjà plus un bien accessible à tous dans des dizaines de pays du sud : nous allons devoir apprendre à l'économiser dans nos climats tempérés. Et vite ! Il y a fort à parier que le barrage de Sivens, s'il était construit (ce que je ne souhaite pas), serait à nouveau insuffisant d'ici une dizaine d'années pour alimenter suffisamment en eau des agriculteurs qui refusent de changer de cultures…

Tout : le refus de comprendre, justement, qu'il faut changer de modèles dans tous les domaines. Et notamment dans le secteur agricole. Nous ne pouvons plus soutenir un modèle d'agriculture intensif, fondé sur des cultures voraces en eau et sur des plantes incapables de résister aux différents stress climatiques. Le même agriculteur évoquait ses cultures de maïs, de tournesol, de soja… Dans la période dans laquelle nous sommes entrés, la question désormais vitale pour les exploitations agricoles, pour les paysans et bien sûr in fine, pour les consommateurs que nous sommes tous, est de savoir sélectionner les plantes robustes et les techniques de cultures qui résistent au manque d'eau et sont capables de survivre dans un environnement moins clément. Les chercheurs de l'INRA qui travaillent depuis des années sur ces questions, les paysans réunis au sein du mouvement des Semences Paysannes, tous les militant-e-s d'organismes comme les Colibris ou Kokopelli connaissent ce sujet par cœur et peuvent dès demain proposer aux agriculteurs du Tarn des cultures leur permettant de s'adapter.

Tout : l'incapacité, en cette période de crises multiples – économique, financière, démocratique, sociale – à prendre au sérieux la nécessaire défense de la biodiversité et le rôle essentiel des écosystèmes. La zone humide du Testet est un réservoir de vie pour 94 espèces protégées. Alors que les différents rapports internationaux s'alarment du nombre d'espèces en voie de disparition (ou disparues) dans un laps de temps ultra rapide, inconnu depuis l'apparition de l'homme sur terre, la protection de la faune et de la flore prennent une dimension de toute première importance. Par ailleurs, les zones humides jouent également un rôle essentiel dans nos campagnes, ainsi que le souligne l'ancienne députée européenne EELV, Sandrine Bélier : « Si elles font l’objet d’un effort de protection au niveau national, européen et international, c’est qu’elles ont un rôle économique et social tout aussi important. Elles participent à la régulation des ressources en eau et ont un très fort pouvoir d’épuration naturelle de l’eau. Elles filtrent les polluants et agissent comme une station d’épuration naturelle de l’eau potable. On est là dans les services dits «écosystémiques» rendus gratuitement par la nature et pointés lors du Grenelle de l’environnement.Comme elles sont un milieu de rétention d’eau, elles jouent aussi un rôle dans la prévention des crues. Elles participent aussi à la captation de CO2 et donc à la lutte contre le dérèglement climatique. »

Tout : les errances d'un pouvoir central désorienté, se retrouvant pris au piège de la violence d'État, dans un effort désespéré – vain et dramatique – de masquer son incapacité à comprendre le présent et à préparer l'avenir. Comment en effet appeler autrement l'aveuglement qui amène un Président de Conseil général et un préfet à faire se déployer des gendarmes armés (grenades, Taser…) sur un site naturel, pour “protéger”… l'on ne sait pas bien quoi et ceci alors même que le rapport demandé aux experts du ministère de l'Écologie est encore attendu ? Le président Carcenac disait au Monde, ce jeudi : « Il n'est pas possible que des gens violents imposent leur décision à tous les autres » ! Mais de quel côté se trouve la violence lorsque l'on parle d'un site naturel et d'un futur chantier protégés comme si l'on se trouvait en situation de guérilla ? Lorsque l'on parle d'actes entraînant la mort d'un jeune homme ? Où réside la violence fondamentale lorsque des décideurs politiques ne comprennent pas, et ne veulent pas essayer d'écouter, le message de militant-e-s environnementalistes refusant que l'on détruise une zone naturelle exceptionnelle pour le seul profit d'une trentaine de grands exploitants agricoles ? Où se cache le droit, lorsque les pouvoirs publiques ne sont plus capables d'orchestrer une prise de conscience collective fabriquant de l'intérêt général et se trouvent réduits, au lieu de cela, à obéir aux pressions de quelques-uns ?

Tout : l'incapacité grandissante à se parler, entre groupes aux motivations différentes, dans laquelle notre pays s'enferme. Comment ne pas y voir, avec grande inquiétude, une spirale mortifère pour la démocratie ? De Notre-Dame des Landes au Testet, des Contis à Florange, nous ne savons plus résoudre les crises collectivement. Nous ne savons plus construire une vision d'avenir commun. L'engrenage bras de fer, contestations, reculades, répressions, passages en force et, désormais, mort se reproduit, avec le sentiment, très amer, qu'au final, tout cela ne sert à rien. Le chômage continue son travail de sape dans tous les territoires, les entreprises ferment, les petits agriculteurs sont ultra endettés, 90 % de notre société ne cesse de s'appauvrir (avec au premier rang, les personnes âgées et les jeunes) ! Notre démocratie est au bord du coma… Il est urgent de la ramener en vie en réactivant toutes les formes de démocratie (représentative, participative, locale…), en prenant le temps de co-construire les projets et de faire se rencontrer des intérêts divergents au départ.

En expliquant le nécessaire changement de rapports sociaux, de style de vie et au fond, de civilisation, qu'il nous faut opérer si nous voulons survivre pacifiquement au changement climatique et à la baisse inéluctable des énergies fossiles, André Gorz écrit, dans Ecologica « La sortie du capitalisme aura lieu d'une manière ou d'une autre, civilisée ou barbare. » La barbarie, elle existe déjà : avec le pouvoir islamo-fasciste de Daesh et son pétrole de contrebande ; avec les puissances comme l'Inde ou la Chine qui achètent des terres agricoles au pays du sud les plus pauvres, etc. Mais rien n'est encore inéluctable : la messe n'est pas dite, nous avons encore le choix. Pour que la mémoire de Rémi Fraisse soit honorée dignement, pour tous les enfants du monde : il nous faut emprunter la voie civilisée. Un beau projet pour la – vraie – gauche, me semble-t-il.

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Pour garantir la liberté des individus en ayant le moins possible recours à la pression morale des communaiutés et à la police, il faut que les progrès constants de la production et de la consommation viennent éteindre les tensions sociales entre les communautés et la rivalité entre les individus ; les "loups" humians gavés et repus n'auront plus ni le temps ni l'envie, ni l'énergie pour se donner le moindre coup de griffe. le productivisme forcené ne reflète pas que la lutte perpétuelle des capitalistes pour restaurer leurs profits. Il est aussi soutenu par le fantsme d'une abondance anesthésiant les passions mauvaises des humains; et c'est bine par cette illusion que la modernité libérale s'enfonce dans une impasse à la fois écologique et sociale. ( Jacques "L'autre société" page 322 www.lecerclepoints.com)

A bientôt.

Amitié.

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L'auteur

Mireille Alphonse

Conseil en communication
Montreuil - France

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