Meilleurs vœux d’attractivité à tous les territoires !

A l'aube de l'année nouvelle, et après l'écoute attentive des traditionnelles cérémonies des vœux en Ile de France, un souhait unanime semble être formulé pour les territoires : soyez attractifs à tout prix!

A l'aube de l'année nouvelle, et après l'écoute attentive des traditionnelles cérémonies des vœux en Ile de France, un souhait unanime semble être formulé pour les territoires : soyez attractifs à tout prix!

La façon dont l'extension de La Défense et le dossier du « grand Paris » sont traités, uniquement sous l'angle des affaires et du « rayonnement », parachèvent une tradition que les « pôles de compétitivité » ont incarné il y a quelque temps et que les « métropoles » préparées par le gouvernement perpétuent : le territoire doit avant tout être « labellisé » pour annoncer aux acteurs économiques au monde qu'il est prêt pour le développement économique. La publicité faite aux « éco-quartiers et aux « éco-cités » en est un avatar supplémentaire.
Malheureusement, cette simplification inhérente à la communication et au marketing est insuffisante pour préparer les territoires aux différents défis simultanés qu'ils ont à relever et risque de créer de nouvelles formes d'investissement territoriales vaines. Et persévérer dans une telle ligne malgré les contre-performances et les avertissements est un choix stratégique qui mérite d'être discuté.
L'audience des thèses de Saskia Sassen sur la « ville globale » et son classement les métropoles a été telle que ce type de palmarès a suscité un vaste mouvement de réflexion sur les stratégies de métropolisation. Mais S. Sassen attire l'attention aujourd'hui sur les simplifications qui sont faites et sur l'indispensable interrogation des paradigmes dominants, en géographie économique et en développement local par exemple, qui encouragent la diffusion de « modèles » de développement urbain aboutissant surtout à ce que David Mangin a appelé des « villes franchisées », aux rendements décroissants et la création d'espaces urbains dupliqués.
L'urbanisme est désormais avant tout sollicité au service de la stratégie d'attractivité des villes, et la responsabilité des urbanistes est engagée en la matière. Comme l'avait si bien montré François Ascher (2001), il est le plus souvent demandé aux urbanistes d'élaborer un projet consensuel susceptible de tranquilliser les investisseurs sur la pérennité de certains choix : le projet devient la preuve manifeste qu'il existe une claire stratégie de développement.
Les théories de l'attractivité et les recettes visant à développer l'innovation sur les territoires présentent des résultats mitigés et apparaissent incomplètes, fragmentées, souvent contre-productives à terme en proposant des systèmes coûteux en investissements et en ressources, et au final ségrégatifs et monofonctionnels. Elles déterminent des modèles de spécialisation territoriale controversés et polémiques, comme l'évolution du « quartier » de la Défense ou les projets d'aménagement du plateau de Saclay l'attestent.
On mesure par contraste combien dans ces stratégies sont sous-évalués les graves inégalités qui caractérisent les processus de métropolisation. La métropole francilienne est parcourue de clivages, avec des écarts croissants entre, d'une part, les « élites mondialisées » et les personnes hautement qualifiées des secteurs tertiaires supérieures, et, d'autre part, les personnels peu qualifiés nécessaires au bon fonctionnement de l'économie métropolitaine.


Ne serait-il donc pas plus opportun de formuler le vœu d'une autre gouvernance du « Grand Paris » en 2010 ?
Les politiques d'aménagement du territoire, urbain, qui combine les échelles locales et l'échelle métropolitaine sont devenues les principaux leviers susceptibles d'orienter le développement économique, tandis que l'Etat, dans le cadre de la politique de la ville, n'est plus désormais qu'un simple animateur d'une politique plus sociale qu'urbaine.
Il nous faut travailler sur la redécouverte des continuités entre espaces naturels et espaces urbains, de repartir du local pour proposer d'autres représentations du territoire, d'autres modes de lecture, porteurs d'appropriation par les habitants et d'innovations sociales, à l'instar des « Nouveaux quartiers urbains ».
Il nous faut agir afin que les projets d'attractivité travaillent à résorber les inégalités. Les villes sont trop considérées comme les zones d' « expérimentation » d'un marketing porté par des acteurs spécialisés, au risque de découper les villes en morceaux, déclinés sous des thématiques différentes, qu'il s'agisse des parcs à thème ou d'autres « pôles d'excellence » répartis dans l'espace urbain en fonction de spécialités mises en exergue.
Les schémas d'aménagement au niveau régional, doivent considérer conjointement l'urbanisme, le logement, les transports et l'aménagement du territoire, comme l'a fait le SDRIF. L'image d'une ville « divisée » a un effet négatif sur l'attractivité. La cohésion sociale doit donc être le fondement sur lequel créer un environnement attractif. L'idée clé est de faire profiter une plus large partie de la population des effets (en termes d'emplois) induits par la régénération économique qui viendrait de l'attractivité exercée sur les entreprises. Les nouvelles opportunités économiques doivent être offertes non seulement aux extérieurs (ceux qui ont été « attirés »), mais aussi aux locaux.
Il est urgent de promouvoir un « modèle » d'équilibre entre compétitivité et coopération, qui réconcilierait les tensions nées des concurrences avec les enjeux « républicains » de la redistribution, de la péréquation et de l'équité territoriales ; et prendre plus au sérieux la question de la désignation des acteurs légitimés à élaborer et à porter les projets d'attractivité. Par exemple pour qu'ils sachent résoudre la question de l'ancrage de l'innovation en en maîtrisant les conditions d'apparition, les usages et les effets à long terme sur un territoire.

On ne peut qu'espérer que les élections régionales seront l'occasion de proposer une réponse décisive à la question de l'attractivité, afin que celle-ci soit pérenne et serve l'intérêt des habitants pour aujourd'hui et pour préparer demain.

par Mireille Ferri
Vice-présidente du Conseil Régional en charge de l'Aménagement et de l'égalité territoriale
Vice-présidente de l'IAU - Ile de France

 

http://www.mireilleferri.net/

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