Miroir 2017 Pour gérer la sécurité autrement : les initiatives de la société civile

François Fillon, candidat des Républicains, promet des "polices municipales armées" dans "toutes les villes de plus de 10.000 habitants", avec des "pouvoirs de police judiciaire". La société civile à d'autres idées pour apporter des solutions plus adaptées à la complexité des questions de sécurité.

Vue la configuration actuelle des pouvoirs politiques formels sur le territoire métropolitain, des hiérarchies administratives et des situations géopolitiques, il paraît déraisonablement critique de passer outre les attributions régaliennes des institutions publiques pour agir en faveur de la sécurité publique. Mais à l'heure de la normalisation de l'état d'urgence et des répressions accrues envers tout un chacun.e, il est répondu au monopole de la violence d’un État devenu illégitime par un combat citoyen pour les droits humains. A cet égard, la société civile peut éclairer la situation répressive, accompagner les acteurs de terrain par un travail de médiation et stimuler des réformes salutaires aux gros bras armés des collectivités publiques.

Plutôt que de privilégier systématiquement la violence intimidatrice lors des manifestations et mouvements sociaux, et des mesures administratives restrictives des libertés publiques au mépris de diverses convention internationales comme le souligne Amnesty International, les services d'ordres (policiers, CRS, gendarmes etc.) devraient privilégier le dialogue avec les manifestants. C'est bien la ligne préconisée par le programme Good Practice for Dialogue and Communication (GODIAC), appuyé par un comité d'expert indépendant et rejoint par 12 pays de l'UE, dont l'Allemagne, qui mise sur le rôle d'une Anti-konflict team depuis 20 ans, ce qui a fait ses preuves.

Le chomâge et la précarité, les inégalités exacerbées dessinent une situation socialement explosive qui ne peut se résorber sans inflexion majeure des orientations politiques. Or face à l'écharpement des représentations politiques, l'armement de la police renforce encore les occasions de violences arbitraires, ce dont témoigne le meurtre récent du chinois Shaoyo Liu à Paris par des membres de la Brigade anti-criminalité (BAC). Dans ce contexte, la priorité donnée aux outils logistiques (bureautique, transports) de coordination de l'institution policière pourrait aider à recadrer les effectifs dans les missions administratives de prévention. Aussi tout les agents gagneraient en humanité à se voir suivre des formations pédagogiques à l’écoute des victimes de plaintes raciales, de viols et agressions, et à suivre obligatoirement des accompagnements psychologiques.

La connaissance du terrain étant fondamentale dans l'appréhension des tensions urbaines, il est crucial d'appuyer les politiques locales de prévention sur les associations de proximité. C'est le rôle du Forum Français pour la Sécurité Urbaine (FFSU) que d'organiser cette jonction entre les instances publiques et citoyennes, recherchant l'équilibre entre prévention, répression et solidarité. A l'autre bout du spectre, la société civile s'organise pour porter les aspirations sur la question policière, par exemple avec le collectif Pas sans Nous, définit comme « syndicat des quartiers populaires » : vous pouvez militer localement pour faire valoir vos droits.

Plus largement, les politiques locales peuvent élargir leurs champs d'action par l'assistance d'effectifs bénévoles pour prévenir et secourir les populations en cas de crise majeure, comme à Saint Maur (94), où la ville s'est dotée d'une réserve communale de sécurité civile. Le plan d'action des risques associe donc directement les citoyens aux services publics, sujet sur lequel vous pouvez interpeller vos élus.

Le réflexe de taper le « 18 » pour rameuter la police ne peut plus suffire à border les pratiques de rue (deal, intimidations) bien qu'illégales et condamnables. La réclusion chez soi poursuit la logique viciée de sucomber à la peur : mieux vaut parfois s'armer de courage pour tenir tête collégialement aux méfaits de proximité, par exemple en invitant vos voisins à occuper un hall d'immeuble autrement laissé à. Bref, bougez vous dans le calme, mais fermement, et dialoguez.

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