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Billet de blog 5 septembre 2021

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L'enchantement sur la rentrée 2021 est total avec Imany et Les Violoncelles Vodous

C'est un des albums les plus attendus de cette année. " Voodoo Cello" est disponible depuis le 3 septembre. La patience en valait le coup. Après de nombreux reports de la date de sortie de l'album, Imany et son équipe ont su s'adapter pour, enfin, nous livrer, cette œuvre d'art fabuleuse. Elle sera ce samedi 11 septembre à la Fnac de Bercy à 16h pour un mini-concert.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Illustration 1
Voodoo Cello - Imany © Eugénio Recuenco

Ce projet est centré sur 12 réinterprétations. Je dirais même, des réappropriations si particulières et si singulières à elle. Cette sélection de chansons n'a rien d'anodin et caractérise Imany. Accompagnée des violoncellistes en "Octuor" (ensemble instrumental de 8 musiciens), elle a su mettre à profit les compétences de chaque artiste du groupe, pour nous offrir cette œuvre remarquable et unique.

Artiste engagée, Imany est atteinte de l'Endométriose. C'est tout naturellement qu'elle est devenue ambassadrice de l'association ENDOmind. L’association a pour but de mieux faire connaître l’endométriose, changer le regard sur les malades et améliorer leur prise en charge globale. L'endométriose est une maladie gynécologique fréquente qui concerne une femme sur dix. Elle est liée à la présence de tissu semblable à la muqueuse utérine en dehors de l’utérus. Différents organes peuvent être touchés. La maladie peut être asymptomatique. Mais dans certains cas, elle provoque des douleurs fortes (notamment au moment des règles) et/ou une infertilité. Les chercheurs tentent de mieux comprendre les mécanismes de cette maladie et ses liens avec l’infertilité. Pour plus d'infos, cliquez ici: ENDOmind. Le 15 novembre prochain, elle se produira au Théâtre du Châtelet, pour un concert en soutien à l'association (pour + d'infos, c'est ici: Concert pour ENDOmind).

Entrons directement dans ce grand échange riche et exceptionnel avec la parole franche et sincère d'Imany.

La première publication pour ce projet a été faite en janvier 2020 sur votre profil instagram et votre page facebook. Quand et comment s’est finalisée la sélection des titres repris ?

 Elle s’est faite au fur et à mesure. J’ai commencé à travailler dessus le 20 novembre 2019 et on va dire que le choix des titres s’est finalisé en juin 2020. Pour le Live, on avait déjà une sélection bien solide. En juillet 2020, on est allé en studio pour enregistrer l’album.


"On est une construction, le résultat d’un empilement de choses qui nous sont arrivés, bonnes ou mauvaises...Je pense même que les mauvaises construisent plus que les bonnes"


« Believer » (Imagine Dragons) et « I’m Still Standing évoquent la transcendance de la souffrance en bénédiction. Quels événements ont fait ce que vous êtes aujourd’hui, à la fois une femme forte et d’une sensibilité à fleur de peau ?

C’est plus une succession d’évènements. Il n’y a pas un évènement en particulier. Je pense que c’est la vie. Les paroles de « Believer » sont intéressantes. Elles disent:  

Pain! You made me a, you made me a believer (x2)

« Douleur! Tu m'as fait de moi un, tu m'as fait de moi un croyant.

You break me down, you build me up, believer (x2)

Tu m'as brisé, tu m'as reconstruit, croyant. »

Finalement, c’est comment on se construit par la douleur. Comment la douleur fait ce que nous sommes. Comment on anticipe. Comment on la gère pour pouvoir se surpasser et  se surmonter. Étant une femme atteinte d’Endométriose, la douleur, c’est quelque chose que je connais depuis toujours. On fait avec. On est les personnes grâce ou à cause de ça. On est une construction, le résultat d’un empilement de choses qui nous sont arrivés, bonnes ou mauvaises. Les mauvaises autant que les bonnes. Je pense même que les mauvaises construisent plus que les bonnes.

Comment avez-vous réussi à équilibrer entre ses deux traits de caractère ?

Ce n’est pas facile. La musique est un bon exutoire puisque c’est un moyen d’expression. C’est le moyen où on peut le plus se sentir soi-même sans trop se poser de questions. En plus, nous sommes dans des sociétés très binaire où il y a la femme et l’homme, la force et la faiblesse. Je n’ai pas l’impression que c’est aussi facile que cela. Peut-être qu’au départ, en étant fille de militaire et ayant été élevée comme un garçon, j’avais plus de respect pour la force et de celui qui sait encaissé.  Je me suis construite ainsi.  Ensuite, on se rend bien compte que la petite fille en soi, elle a besoin d’exister et de vivre aussi. Il faut gérer l’équilibre. Pour moi, c’est arrivé avec la maternité. On s’aperçoit que mettre au monde un enfant, c’est la chose la plus dure physiquement et mentalement. Mais sans tendresse, sans sensibilité et sans profondeur, ce n’est que douleur. Avec le bon équilibre, on est plus objective sur ce merveilleux moment.

« If You Go Away » (version anglaise de Neil Diamond de « Ne me quitte pas » de Jacques Brel), nous introduit directement dans le monde de « Voodoo Cello » par une femme priant son partenaire de rester avec elle. A contrario, « Total Eclipse Of The Hearts » (Bonnie Tyler) est la résiliation d’une histoire qui arrive à son terme. Est-il toujours bon de se battre par amour même si ce dernier n’est plus ?

Je ne sais pas s’il est bon… Enfin, on fait ce qu’on peut et on suit son cœur. Dans « If you go away », la personne qui supplie l’autre de rester, elle fait bien de le faire ? Certainement pas. Mais, par moment, vous êtes tellement désespéré.... Il ne vous reste plus que ça et si vous ne le faites pas, vous allez le regretter toute votre vie.

« Total Eclipse », c’est encore autre chose. La lecture que j’ai de cette chanson, et comment je vais la retranscrire avec les arrangements, c’est au moment où la personne a le plus besoin de quelqu’un que son partenaire se volatilise. J’ai fait arranger ce titre pour mettre une atmosphère de film d’horreur. Avec le côté strident, je voulais donner l’impression d'être dans une forêt obscure et que la femme de cette chanson tient la main de quelqu’un et qui, à un moment donné, disparait. Comment fait-on pour arriver de l’autre côté du jour (par la métaphore de l’éclipse) tout seul pour sortir de cet endroit ? Alors qu’on était habitué à avancer avec quelqu’un qui vous a lâchement abandonné.

C’est pour ça, le titre de ce morceau « Total Eclipse of the Heart », L’éclipse totale du Cœur. « Once Upon a Time, I was falling in love. And now I’m only falling appart » , Il fut un temps où je tombais amoureuse. Mais maintenant, je ne tombe qu'en morceaux. Cette phrase exprime ce moment brusque. D’un coup, comment on arrive à survivre l’abandon total et injuste de l’amour? Comment on arrive à y survivre Elle est à la fois dans la colère et dans le déni. Elle traverse un film d’horreur avec l’angoisse née de l’abandon. Je voulais qu’à la fin de la chanson, par le côté stressant, on ait comme réaction « Aaah !!! Elle s’en est sortie ».

Est-ce qu’on doit se battre par amour ? Dans le principe, oui. Après, cela dépend des situations.


"Comme disait Lauryn Hill « The Voice of the Voiceless », la voix de ceux qui en n’ont pas

Le fond contestataire est important car la rue a besoin de porte-parole"


Le violoncelle est l’extension parfaite de votre timbre de voix. Quelles ont été les difficultés rencontrées entre vous et la vibration de cet octuor pour retranscrire au mieux les émotions qui émanent du groupe ?

J’ai toujours eu des violoncelles dans mes tournées sans être au courant de la largeur des capacités du violoncelle. Au départ, je me suis dit qu’on allait peut-être avoir un problème entre ma voix grave et le fait que j’ai des fréquences assez voisines du violoncelle. Le violoncelle, va beaucoup plus bas que moi. On ne sait pas vraiment confronter à cela vu que le violoncelle a toujours marché, en terme de tonalité. La difficulté qui est apparue fut au niveau de l’album. Il a été difficile de mélanger 8 violoncelles, qui ont les mêmes spectres vibratoires et de les laisser s’exprimer chacun différemment. Ça a été un casse-tête horrible. On pensait mixer en 10 jours, on a mixé pendant un mois. On a surmonté les difficultés en étant un peu naïf au départ. On pensait qu’on pouvait mixer comme un Bass/ Batterie/ Guitare. Alors que non, ce sont « 8 Violoncelles ». Même si je l’ai arrangé dans cette dynamique, en disant que tel instrument fasse le boulot du piano, un autre, la batterie etc… Dans ma tête, ils ont chacun leur rôle mais au niveau du mix, c’est complètement différent.

« Wonderful Life » (Black) et « The Team A » (Ed Sheeran) expriment la perdition entre solitude et drogue. Qu’est-ce qui, selon vous, nous empêche de voir la beauté de la vie ?

Illustration 2
Wonderful Life Cover- Imany © Eugénio Recuenco

Pleins de choses. On est dans un système, une société ultra-individualiste, capitaliste. Elle ne veut absolument pas qu’on réfléchisse et qu’on se connecte à notre Être profond.

Il ne faut surtout pas qu’on s’interroge de notre rôle sur Terre et sur ce qu’on a à faire les uns envers les autres. Si on commence à faire cela, on se rend compte qu’on vit comme des cons. On passe notre temps à dépenser des sous, les ressources naturelles, la nature, l’eau qu’on boit et la nourriture qu’on mange.  A partir de là, on n’a pas la capacité de voir la simplicité et les choses utiles de la vie. Selon qui on est, selon comment on a été construit, on évolue sur des schémas violents imposés. Après on est violent envers les autres, envers les enfants. On éduque des adultes détraqués. C’est une espèce d’engrenage où on a décroché. On a détaché la tête du corps. On marche comme cela en étant décapité mais ça ne fonctionne pas.

Pour « A Team », c’est mon producteur qui m’a proposé le titre. Le fait de faire un projet de reprises sans but que de chanter des chansons qu’on aime... On peut en chanter pleins. Je me suis dit que des chansons que j’aime et que je peux défendre, c’est encore large. On s’est rendu compte après qu’on avait beaucoup de chansons sur l’amour. Mon producteur a eu une bonne idée et m’a dit : « Tu t’es plus ouverte sur le deuxième album par tes engagements. Il faut garder cette porte ouverte. Il faut chercher des titres avec des thèmes variés. L’autodestruction et la drogue, c’est quelque chose que je n’avais pas défendu. La chanson, à la base, en terme de mélodie est très forte. Il faut que la mélodie me parle avant les paroles. Si la mélodie n’est pas là, je ne prendrai pas la chanson. Il peut y avoir un texte hyper élaboré et la mélodie est très forte, je prends. Par exemple, dans le live, on reprend « Dance Monkey » de Tones And I. C’est la chanson Pop par excellence, qui est très vide mais la mélodie est vraiment bonne.

Tones And I - Dance Monkey - Clip Officiel © Tones And I

"La division, c’est ce qui a permis au système de fleurir. Henri Salvador propose la convergence des luttes pour arrêter tout cela"


La culture Rap/ Hip-Hop vous a beaucoup accompagné dans votre vie. Quelle est votre vision sur cette culture aujourd’hui ? Quels sont vos incontournables ?

Le Hip-hop a énormément changé et me parle beaucoup moins qu’avant. J’ai l’impression que c’est plus chanté que rappé. Ça ne rime pas du tout. Il y a quelque chose au niveau du rythme qui a été modifié. Soit je suis une vieille conne, soit le Hip-Hop est devenu complètement autre chose ou peut-être même les deux. Il y a beaucoup de choses dans le mouvement qui ne m’intéressent plus du tout. Il y a toujours eu ce Hip-Hop démonstratif de « Moi, j’ai des voitures. Moi, je suis le meilleur de la rue ». Ça ne m’a jamais dérangé tant qu’il y avait un Hip-Hop de base, originel, qui était dénonciateur d’une situation. Comme disait Lauryn Hill « The Voice of the Voiceless », la voix de ceux qui en n’ont pas. Et maintenant, c’est devenu pour moi la voix de ce qui n’ont rien à dire pour beaucoup d’artistes et même américain mais pas tous. C’est devenu très très Pop et commercial. Encore une fois, le système a gagné. Le même qui était contre le Hip-Hop au départ car c’était contestataire et il se dressait contre lui. Ce mouvement a été diabolisé mais ça n’a pas marché. Du coup, le système s’est emparé du mouvement et l’a rendu commercial à la Britney Spears. Les incontournables pour moi, ce sont des anciens comme le Wu-Tang Clan, Nas et Rakim. En Français, j’ai écouté Assassin, NTM, IAM, Kéry James qui est pour moi un des derniers qui a des choses à dire et avec une très belle plume. Je le respecte beaucoup car il tient ses engagements.

Autant sur scène que hors de scène. Aujourd’hui, des rappeurs courageux, je vais me faire des ennemis en disant cela, c’est devenu une denrée rare. Les rappeurs courageux sont surtout les anciens. Les nouveaux, je ne sais pas ce qu’ils défendent.

Le fond contestataire est important car la rue a besoin de porte-parole. Tant que la finalité, c’est de servir ceux qui n’ont pas de voix, ça me va, même si musicalement, je ne m’y retrouve pas.

La réinterprétation de « Wild World » de Cat Stevens est directement adressée à votre fille. Qu’est-ce qui vous semble le plus nécessaire de lui transmettre pour la préparer à « ce Monde sauvage » ?

La manière dont Cat Stevens a écrit, le rapport avec cette femme qui s’en va, je l’ai trouvé assez paternaliste et dure la façon qu’il lui souhaite bonne chance. Il a fallu que j’arrive à trouver quelque chose dans ce qu’il dit que je puisse défendre. J’ai réadapté cette chanson en comorien. Je me suis dit : « Qu’est-ce que je dirais à ma fille si je devais lui souhaiter bonne chance dans ce Monde ? Je lui dirais que le Monde n’est pas facile. Il faut qu’elle s’arme de courage et qu’elle soit trop naïve. Il n’y a pas tant de gens qui voudront son bien. Mais qu’elle sache qu’elle est aimée par ses parents, qu’ils font tout pour elle et qu’on sera toujours là pour elle même le jour où on disparaitra. On aura essayé d’insuffler toutes les valeurs qu’on a et faire d’elle un être construit. J’espère qu’elle comprendra que même si elle prend des murs, nous, on est là pour faire en sorte qu’elle puisse se relever.

« All the things she said » (Tatu), « Take me a church » (Hozier) sont deux chansons qui parlent d’un amour interdit par la pression sociétale. Quel serait votre message pour la communauté LGBTQIA+ ?

Mon message est le même que pour tout le monde. Tout est une histoire d’acceptation de soi. A partir du moment où on s’accepte soi-même, on peut accepter les autres. On peut accepter qu’ils aiment différemment. Aussi, on peut accepter d’être incompris. On peut accepter de ne pas comprendre les autres. Il y a un double standard. La communauté LGBTQIA+ revendique le droit d’exister et elle a raison de le revendiquer. Il y a une douceur dans cette revendication. Que quelque part, il y a un ancien Monde qui va s’effondrer. Il faut aussi avoir la tolérance pour les gens qui essayent de comprendre mais qui n’y arrive pas. Il faut les prendre par la main, leur expliquer puisqu’ils ne sont pas contre et veulent comprendre. Il faut essayer d’avoir de la tolérance pour les gens qui doivent faire le deuil de l’ancien Monde. Il faut passer par cette transition jusqu’à comprendre qu’il n’y a pas qu’une seule façon d’aimer. On peut le faire dans la paix. On n’est pas obligé de le faire dans la guerre. Personne ne va rien y gagner.

Illustration 4
Voodoo Cello - Imany © Eugénio Recuenco

Par le choix « des voleurs d’eau » d’Henri Salvador, sur quels faits transposez-vous ce titre vis-à-vis de l'actualité ?

« Les voleurs d’eau » sont les voleurs de vies. C’est le capitalisme incarné. Ils arrivent dans la forêt où des personnes vivent paisiblement. « Quand nous montions dans nos barques, ce que nous pêchions dans le lac. Heureux, heureux ». Et vous, vous arrivez voler notre eau. Vous mettez des barrages pour nous enlever notre moyen de survie, pour vos propres intérêts. C’est le capitalisme qui arrive quelque part, qui puise dans la nature tout ce qu’il veut pour parvenir à ses fins. Peu importe les conséquences qui en découle. C’est le Monde dans lequel on est. Là, on vit une période compliquée avec le Covid. On peut parler de tout, vaccins, masques, protégez-vous, etc…Si on n’arrive pas à la racine du problème, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’arbres pour nous protéger. La nature pète les plombs et la température de l’air augmente. En conséquence, les virus sont de plus en plus fort. On ne fait que retarder le problème au point d’en faire un monstre immense. Henri Salvador dénonce les voleurs d’eau mais insiste sur « Tous les hommes vont s’armer. Toutes les femmes vont les aider ». Il invite tous ceux qui sont de l’autre côté du bâton à se rassembler, à s’unir et à faire converger les luttes. Parce qu’à la fin, on va tous perdre la même chose, même si on n‘en a pas l’impression. C’est exactement la même chose quand j'ai parlé des LGBTQIA+ par la nécessité de faire converger les luttes. Il faut arrêter de mettre les gens dans des boîtes. En faisant cela, on crée des étiquettes pour les différents marchés. La division, c’est ce qui a permis au système de fleurir. Salvador propose la convergence des luttes pour arrêter tout cela. On est plus nombreux réellement mais on ne le sait pas. 


"La spiritualité, qu’est-ce que c’est ? C’est de créer son propre Univers. Ce qui marche pour soi, sa propre spiritualité. Avec les violoncelles qui sont animés comme des esprits, on crée notre propre Vodou"


Chaque injustice vous touche et vous n’hésitez pas à le démontrer à plusieurs reprises (des bavures policières aux Ouighours). D’où vous vient cet humanisme complet et sans distinction (tel un Dieu aimant tous ses enfants dans « Black Little Angels » d’Eartha Kitt) ?

J’ai toujours été comme ça. L’injustice m’a toujours dégoûté. A l’école, les enfants qui se faisaient tourmenter ou harceler, je ne laissais pas passer. Quand je pouvais, j’intervenais. Quand c’est injuste, c’est injuste. Il ne faut pas l’accepter. Je n’ai aucune connection avec les Ouïghours à part que ce sont des humains et qu’ils sont mal traités. Je trouve ça injuste que des jeunes aillent manifester, avec l’envie de changer les choses pour leur pays, et qu’ils y perdent la vie ou qu’ils y ont laissé un œil. Je ne trouve ça pas ça juste surtout quand il n’y a pas de poursuites. Aujourd’hui, il va falloir qu’on travaille sur la Justice et la Justesse. Dans la justice, il faut établir les choses. Un moment donné, la balance penche que d’un côté. Dans la justesse, il va falloir remettre les choses à leur place. C’est ce que j’essaye de dire à mon fils de 5 ans, autant quand il joue avec sa sœur de 2 ans, que ses amis, « Ne fais pas aux autres ce que tu n’aimerais pas qu’on te fasse ». C’est aussi simple que cela. A partir de ce moment-là, il ne faut pas accepter les injustices.

Vous allez même au-delà, du titre « Like a prayer » de Madonna, « Believer », « Take me a church » et bien sûr le magnifique « Black little angels » ; quels ponts faites-vous entre les différentes religions, spiritualités voire l’ésotérisme ?

Pour moi, il n’y a qu’un seul Dieu, le même Dieu pour tout le monde. Chacun le voit et l’appelle comme il le veut.  Il peut l’appeler Allah, Jésus, Jéhovah. Il y a des gens qui n’ont pas de Dieu mais qui croit en une force supérieure. C’est ça le lien pour moi. Beaucoup d’entre nous ont besoin d’appartenir à un champ spirituel pour faire tenir et donner du sens à notre vie. Je fais vraiment une distinction entre le dogme et la spiritualité. Ce sont deux choses différentes. Pour ma part, je parle de spiritualité et le dogme est là pour diriger et cadrer les gens. La spiritualité est là pour guider les gens. Elle explique notre venue sur Terre et pourquoi on est là.

Comment avez-vous approfondi votre savoir sur le Voodoo ? Avez-vous visité le Bénin ?

Non, mais j’aimerai bien. Adeline Beck m’a beaucoup aidé. Elle est la directrice du Château Vodou ( à Strasbourg que j’ai eu l’honneur de visiter. Il est le seul et unique musée sur le Vodou de toute l’Europe. J’ai lu des bouquins. J’ai eu pas mal d’échanges sur le sujet. J’ai même fait une immersion par Réalité Virtuelle à Château Vodou. Dans les lunettes 3D, on se retrouve au Togo ou au Bénin. On se retrouve au milieu et on assiste à des rituels. Pour + d'infos surce musée, c'est ici: Château Vodou. Je me suis documenté comme une journaliste. J’ai pris ce qui me parlait et me plaisait, autant personnellement que pour mes chansons. Je m’inspire du Vodou originel pour créer mon propre Vodou. Ça rejoint la question évoquée précédemment. La spiritualité, qu’est-ce que c’est ? C’est de créer son propre Univers. Ce qui marche pour soi, sa propre spiritualité. Avec les violoncelles qui sont animés comme des esprits, on crée notre propre Vodou.


"On peut prendre un classique, une chanson que tout le monde connait et en faire complètement autre chose, tout en honorant cette chanson"


Au total 12 titres sont sur « Voodoo Cello ». Vous avez évoqué que vous allez jouer en live « Concrete Jungle » de Bob Marley, « Creep » de Radiohead, « She works hard for the money » de Donna Summer ou encore « Around the world » de Daft Punk qui ne sont pas dans l’album. Pourriez-vous nous dévoiler d’autres titres qu’on aura la chance d’entendre ?

 J’ai déjà cité « Dance Monkey » de Tones and I plus haut. Il y a d’autres surprises. Je ne peux rien vous dire. Pour cela, il faudra venir.

Vous avez mené toute la direction artistique de votre œuvre. La symbiose s’est faite naturellement entre vous et vos musiciens ou des efforts ont été nécessaire, notamment en préparation du Live qui sera un spectacle vivant et debout ?

Pour la réalisation de l’album, ça a été sans problème. Ce sont des musiciens que je connais puisqu’ils sont sur ma tournée depuis des années. Ce sont des violoncellistes qui jouent avec moi depuis longtemps. Ils ont accepté que je leur chante mes arrangements. Ils ont été très fluide, très ouvert et très bienveillant. Je me suis directement senti en sécurité, suffisamment à l’aise pour faire des erreurs. Pour le Live, j’ai fait des auditions. A part mes violoncellistes qui m’ont déjà accompagné, je ne connais pas les autres. C’était des auditions assez fortes puisqu’on a testé leurs capacités d’adaptation, à rebondir. Pour moi, c’est encore plus intéressant que la technique parce que j’allais leur demander plus que ce qu’ils avaient l’habitude de faire. Je pense avoir mis en place une bonne équipe. On leur demande « Saute. Tourne avec ton violoncelle ». C’est génial. Pour le spectacle vivant, c’est un process. On travaille encore dessus. On est aidé par le chorégraphe Thierry Thieû Niang et Gladys Gambie, qui est aussi chorégraphe et collaboratrice de la mise en scène. On a décidé de voir les choses autrement. C’est l’art du Vodou qui nous invite à voir les choses différemment.  Ce qui nous a tous permis de sortir de notre zone de confort.

Illustration 5
Voodoo Cello - Imany © Eugénio Recuenco

Est-ce qu’on doit s’attendre à une suite ? 

Après cette période de stand-by. La suite, c’est de commencer avec ce projet déjà.

Comment vous anticipez cette tournée, entre retrouvailles et être face à un public masqué ?

A la fois, je suis contente. On a envie de jouer et de montrer le spectacle. J’appréhende quand même parce que j’ai déjà joué face à un public masqué, je trouve cela assez violent. Il va falloir surmonter ça en s’adaptant à une nouvelle façon de faire. Ce n’est pas simple. Même si le public sera content d’être là car, mon Dieu, ils ont été privés depuis plus d’un an. Leurs réactions seront complètement couvertes. On ne les verra pas mais en même temps on n’a pas le choix.

Que voulez-vous que l’on retienne de « Voodoo Cello » ?

Dans la musique, il n’y a pas de règle. On fait, finalement, comme on veut. A partir du moment où on le fait avec le cœur et une raison. Il n’y a pas qu’une seule manière de faire de la musique. On peut prendre un classique, une chanson que tout le monde connait et en faire complètement autre chose, tout en honorant cette chanson. On reste un artiste tout en restant soi-même. Si on commence à réfléchir et à voir les choses autrement, c’est là qu’on pourra changer ce qui doit être modifié.


"Voodoo Cello" nous entraîne dans un flux d'émotions où les cordes s'expriment à la même intensité que les paroles. Les combats de la vie, l'amour, la toxicomanie et les contestations chères à Imany, reflètent son humanisme complet où il n'y a aucune distinction entre humains.

Par la convergence des injustices, cet album est une invitation à voir les choses autrement, de s'unir quand notre nature humaine est attaquée face aux abus subis sur nos semblables. Retrouvez Imany chez vous avec cet album disponible autant à la fnac que sur les plate-formes de streaming. Je vous souhaite de pouvoir assister à un de ses concerts qui s'annoncent être un spectacle unique, intense et généreux en surprises, avec des titres qui ne sont pas dans Voodoo Cello.  Pour + dinfos sur la tournée, cliquez ici: Voodoo Cello Live. Vous pouvez retrouver les prestations de "A Team" et "Like a Prayer" effectuées au Petit Palais de Paris et le magnifique clip de " Wonderful Life" ci-dessous. Je vous souhaite une bonne écoute qui sera l'occasion de recharger à bloc les batteries en vue de la rentrée 2021.

Imany - The A Team (Ed Cheeran) - Enregistré au Petit Palais à Paris © imanyofficiel
Imany - Like A Prayer (Madonna Cover) - Enregistré au Petit Palais à Paris
Imany - Wonderful Life - Clip Officiel - (Stream Jockey Rework) © imanyofficiel

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