Lettre ouverte à Madame Taubira

Madame Taubira.

Jusqu’à, il y a encore peu, je vous considérais comme une des rares personnes de ce gouvernement digne de confiance et s’inscrivant totalement dans une pensée de gauche. Or, depuis l’instauration de l’état d’urgence, disparue, pas de prise de position devant ce qui comporte un danger pour la Démocratie tel que cet « état » est mis en œuvre et en partie sanctuariser, s’il est inscrit – quel qu’en soit la forme – dans la constitution. Vous n’êtes, pas plus que nous tous, immortelle et nul ne peut prévoir ce qui pourrait arriver un jour si des extrêmes venaient à s’emparer du pouvoir.

Et c’est vous qui êtes chargée de défendre cette dérive, cette infamie nullement nécessaire car nombre de lois existent et peuvent être appliquées aux cas présents. Cela ne vous pose t-il pas un problème de conscience si ce n’est de responsabilité pour l’avenir ? Le Conseil Constitutionnel, qui ne sort pas grandi de cet épisode, vous sert, peut être, de caution et de témoin de moralité alors que vous n’avez nullement besoin de son onction.

Vous vous rendez compte de ce que signifie cette décision : «Tant par leur objet que par leur portée, ces dispositions ne comportent pas de privation de la liberté  individuelle au sens de l’article 66 de la Constitution.»

Non, bien entendu que votre liberté est entière lorsque vous devez rester chez vous de 20 heures à 6 ou 7 heures du matin, que vous devez pointer au commissariat trois fois par jour matin, midi et soir. Il est sur que votre employeur ou autres obligations journalières vont être facilitées et ne comporte pas, dans un travail salarié, de risque de licenciement ! Sans oublier la suspicion jetée sur ces gens sans preuve et encore moins de jugement. Le seul alibi étant la possibilité de « trouble à l’ordre public » ! Et cela sur simple dénonciation ou supposée possibilité de…

Au fait, Madame la Ministre de la Justice c‘est quoi ce « trouble » ? Qui pourra tomber sous le coup de ce trouble : des salariés manifestant, des syndicalistes, des corporations exprimant leurs doléances sur la voie publique, des paysans en colère etc… N’importe qui, selon l’orientation du gouvernement en place, oui n’importe qui puisque nous sommes dans le flou ! Ce sera la trace que vous laisserez derrière vous comme Ministre ? Vous méritez, eu égards à vos qualités, autre chose que cet abaissement de la Démocratie. Quand je pense à Jaurès, Blum, Mendès-France, Gaston Monerville, j’ai honte de ce gouvernement. Et vous ?

Avec mes respects.

M Letellier

 

 

 

 

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