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Billet de blog 30 mars 2020

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Refusons que leurs vies soit sacrifiées au nom de l'économie

Aujourd'hui, une grande partie de la population a été forcée de reprendre le travail. Cela, personne n’en parle. Ni les médias, ni le gouvernement. Pourtant, cela fait des semaines que les hôpitaux réclament un confinement total. Nous avons tous autour de nous quelqu'un que nous aimerions protéger, retenir par la main pour lui dire "N'y va pas"... Ne gardons pas davantage le silence.

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#NyVaPas

#NyVaPas

#StopTravail

J'aimerais lui dire « N’y va pas ! », mais je ne peux pas. Je ne peux pas parce-que...

Aujourd'hui , une grande partie de la population a été forcée de reprendre le travail. ArcelorMittal dans la sidérurgie, Citroën PSA pour fabriquer des boîtes de vitesse, Airbus pour fabriquer des moteurs d'avions, BTP pour construire des bâtiments,des maisons, des infrastructures. Des usines de bouteilles, des usines de cartonnerie, des magasins de bricolage ; des vendeurs et des vendeuses qui mettent en rayons, qui sont en caisse, qui réceptionnent les produits, qui font le ménage…

Dans le BTP (pour prendre cet exemple), un guide de bonnes pratiques a été créé pour rassurer la Fédération du BTP. Mais cela ne change rien au fait que les mesures barrières ne peuvent être efficacement mises en place sur les chantiers. Il n’y a souvent pas de point d’eau, les équipes partent toutes ensemble dans un même camion le matin et reviennent le soir. Les ouvrier.e.s ne peuvent souvent pas travailler avec des équipements qui viennent au contraire les embarrasser dans leurs gestes (et rendre plus dangereux leur travail) et les empêchent de respecter une distance de sécurité. Ironie des temps modernes, ou la course à la production effrénée est au dessus des considérations humaines...

Cela, personne n’en parle. Ni les médias, ni le gouvernement. Pourtant, cela fait des semaines que les corps hospitaliers réclament un confinement total qui leur permettraient de ne plus être dans la réaction, mais dans l’action [1] ; qui leur permettraient de moins appréhender de devoir faire des choix entre qui laisser vivre, et qui laisser mourir :

« C'est un confinement total et absolu de l'ensemble de la population dont nous avons besoin (...) : aucune sortie, aucun contact interpersonnel extérieur au foyer, arrêt strict de toutes les entreprises non vitales, des transports en commun, ravitaillement des familles au domicile par des personnels protégés. (...) Nous vous sauvons, sauvez-nous. » Justin Breysse, président de l'ISNI. [2]

Pendant qu’une partie de la population est autorisée à rester chez elle pour travailler, s’occuper d’enfants, lire, ou tondre la pelouse, des centaines de personnes ont repris la route aujourd'hui, et la reprendront demain, au tout début de cette période de pic, pour rejoindre contre leur gré leur équipe, et « faire leurs heures ».

Cette situation me met dans une colère noire.

Je suis dans une colère noire contre ce gouvernement qui va envoyer dès lundi au casse pipe nos amants, nos ami.es, et nos proches travailler.

Je suis dans une colère noire car Sarah, ma sœur, se prépare à voir repartir son copain sur les toits lundi, et qu’elle ne peut lui demander de démissionner car ce travail est la seule source de revenu qu’ils possèdent.

Sarah et Théo qui réfléchissent à installer un SAS de désinfection chez eux, et à ne plus dormir dans la même chambre.

Je suis dans une colère noire quand j'entends mes amies infirmières m’avouer qu’elles ignorent combien de temps ils et elles vont tenir, que chaque soir, en rentrant du travail, elles craquent, prises du désespoir de n'être entendu.e.s par personne, ignoré.e.s par le gouvernement, et incompris.e.s par cette partie de la population qui croient que le confinement, c’est uniquement Macron qui l'a voulu pour restreindre nos libertés individuelles. Qu’importe pour lui, il ne s’en est jamais caché, et cela doit bien l’arranger qu’une fois de plus, les soignant.e.s se retrouvent seul.e.s et inaudibles.

Je suis dans une colère noire quand je reçois un SMS de Marion, médecin, qui me demande de ne pas sortir de chez moi, car ce n’est que le début, et que « le pire commence maintenant » pour elles et eux. [3]

Je suis en colère lorsque je constate que c’est une fois de plus les mêmes qui payent : infirmiers et infirmières, caissiers et caissières, ouvriers et ouvrières,... ces petites mains que l’on pense peut-être pouvoir remplacer, mais sans lesquelles nous serions déjà tous et toutes anéanti.e.s.

Je suis en colère de ne voir tout cela écrit nulle part, alors que ces paroles, ces pleurs, ces craintes, meublent mon quotidien depuis maintenant deux semaines. Je suis lassée d’entendre mes collègues me dire simplement que c’est abominable de rester enfermé.e.s, vivement que ça s’arrête ! Et ne rien faire d’autre que d’attendre que cela s’arrête. Comme si la seule injustice était de devoir rester coincé chez soi.

Comme si la solidarité, il fallait attendre qu’on nous la serve.

Prenons la parole pour celles et ceux qui n’ont ni l’espace ni le temps pour le faire, étouffées par le décompte quotidien du nombre de morts dont nous bombarde chaque jour les grands médias ; étouffées par la pression du gouvernement et de certaines entreprises.

Nous avons tous et toutes autour de nous, quelqu’un qui aujourd'hui, demain, sera forcé de retourner exécuter une activité qui n’est pas vitale.

Nous avons tous et toutes autour de nous, quelqu'un que nous aimerions retenir par la main pour lui dire "N'y va pas"... Comme si cela relevait de son choix.

Toutes ces personnes qu'il faudrait protéger, ne les laissons pas partir dans le silence. Faisons en sorte que tout le monde prenne conscience du choix insensé et immoral qu’a fait ce gouvernement en ordonnant le retour au travail : amenons-le sur l’espace public !

Décuplons cet appel : diffusez cette image sur les réseaux sociaux, affichez-la partout où elle sera visible, faites des hashtags, partagez vos témoignages.

Appelons et exigeons que ces personnes restent chez elles et chez eux, au même titre que le reste de la population.

Parce que rien n'est urgent au point de prendre de tels risques, pour nous, pour nos proches, pour les soignant.e.s, et pour celles et ceux qui, trop vieux, devront peut-être leur laisser leur lit, leur vie.

#COVID-ENTRAIDE FRANCE Ne restons pas seul.e.s et isolé.e.s !

Depuis le 12 mars, un réseau de solidarité s'auto-construit et relie l’auto-organisation de groupes locaux d’entraide dans le cadre de la pandémie de Covid-19. RDV SUR COVID-ENTRAIDE.FR

______________________________________________

Sources

[1] « Nous tenons à alerter la population du fait qu'il n'y aura pas de places en réanimation pour tous les patients graves quel que soit leur âge (...) Dans le Grand Est, même des patients de moins de 70 ans ne sont plus orientés en réanimation tant c'est saturé » Julien Breysse, président de l'ISNI, dans Les Échos, le 22 mars 2020.

[2] Communiqué de l'ISNI "Appel au Président de la République pour le confinement total de la population", le 19 mars 2020.

[3] « Les soignants se tuent à la tâche (....) On a des dizaines d'internes atteints par le Covid sur le territoire, mais il n'y a aucune comptabilisation à l'échelle nationale. Infirmiers, aides-soignants, j'en ai croisé des malades qui ne sont même pas dépistés et qui continuent à travailler » Justin Breysse, président de l'ISNI, dans le journal Les Échos, le 22 mars 2020.

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