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Le vent hurlait fortement. Le soleil était sur le point de se coucher derrière la colline verdoyante, et l’enfant dormait paisiblement quand sa maman quitta la tente après avoir couvert son frêle corps d’un vieil léger petit tapis. Elle songeait qu’il ne se réveillera point avant qu’elle ne soit de retour. Elle était allée ramasser des branches de bois sec pour le feu, en grelotant à cause du vent froid qui lui jetait, au passage, des grains de sable à la face ridée par les ans.
Il se réveilla et se mit à regarder autour de lui : Rien que le tapis, un mortier, une tablette entre autres choses sans grand intérêt pour lui, mais d’une extrême nécessité pour le quotidien du nomade. Il cherchait sa mère, lui, et ne voulait rien au monde qu’elle, elle, en chair et en os…et sentiment. Trop, ce qu’il demandait ? Ne l’ayant pas trouvée, il sortit de la tente et partit à sa recherche, à tâtons, à l’aveuglette, et ne tarda pas à crier à pleins poumons: « Maman ! Maman ! Où es-tu ? » Il ne reçut, de la part de l’environnement avare en paroles et émotions, aucune réponse consolante pour illuminer, ne fût-ce qu’un tout petit peu, l’espace obscure qui l’absorbait, sauf l’écho de sa propre voix chevrotante, qui lui revenait des montagnes avoisinantes, ajoutant au décor, déjà effrayant, un brin de frayeur.
La nuit un peu avancée, elle mit le lourd fagot de bois sur son dos courbé, et prit le chemin de retour vers la tente de fortune, marchant vite comme si elle était poursuivie par je ne sais quel malhonnête homme ou maléfique djinn, ou si elle faisait la course avec le temps et le destin ! Une fois arrivée à destination, elle posa les branches près du petit four d’argile, et se précipita vers le gamin. Elle avait senti, par instinct maternel, que quelque chose n’allait pas bien ; elle s’approcha de la couverture et de ses mains tremblantes la releva: « Mon Dieu, il n’est plus là ! »
Paniquée, elle cria: « Malheur à moi ! Où est mon fils ! Et moi, qui croyais qu’il n’ouvrira pas les yeux avant mon retour. Quelle conne je suis, quelle malheureuse je suis ! »
Affolée, elle courut vers le ruisseau le plus proche, mit ses pieds dans l’eau froide, fouilla de ses mains, en vain, puis sortit de l’étang. Le drap qu’elle portait ruisselait. Désespérée, elle se tut et se mit à l’écoute de la nature pour capter un quelconque son d’elle, mais elle n’entendait rien plus que le silence assourdissant. Elle crut un moment qu’il s’était noyé, puis balaya d’un revers de la main l’affreuse hypothèse sans trop savoir pourquoi et lança: « Ô prunelle de mes yeux ! Tu marches, d’ordinaire, souvent vite, et maintenant que tu es apeuré par mon absence et la présence du noir, tu devais accélérer les pas encore plus en vue de me rattraper, et tu te serais beaucoup éloigné du foyer. Ta clémence, mon Dieu, aie pitié de ma faiblesse ! »
L’idée de demander secours fit tilt dans son esprit, et elle se dépêcha vers le village voisin. Elle l’atteignit au moment de la prière de la nuit, se dirigea vers la caserne et demanda au gardien d’appeler son beau-frère, mokhazni de son état, qui ne tarda pas à venir, enturbanné et surpris de la voir alors que son mari était, depuis quelques jours, aux pâturages. Il s’enquit auprès d’elle:
- Que se passe-t-il ? Et où sont les enfants ?
- Aide-moi ! Le petit est perdu dans le désert !
Il murmura des formules de regret, alla chercher une outre remplie d’eau, et prit la direction de l’est demander l’aide de deux hommes de la tribu.
Après des heures de recherche, ils désespérèrent presque, tellement le désert était vaste et sombre. À l’aube, ils rentrèrent sans l’enfant afin de se sustenter et boire du thé. Au lever du soleil, ils reprirent leur quête. Elle emporta de l’eau et un récipient contenant un peu de beurre rance.
Ils partirent vite, tels des flèches tirées par un habile archer, vers différentes directions. Un vieux nommé Souilem, esclave affranchi, d’une grande sagesse, suivait les traces des pieds de l’enfant. Un instant donné, il l’appela de loin. Je parle de la maman, bien entendu, qui a cru qu’il l’avait trouvé. Alors, elle hâta le pas vers lui, souriante, presque riante. Étrangement serein dans pareilles circonstances, il lui indiqua des traces quasi invisibles en disant tout bonnement: « Dieu soit loué, il est vivant ! Tu vois les traces ? Il a perdu l’une de ses chaussures. »
Ils ne trouvèrent rien au début, et la fatigue et la soif leur rendirent la tâche encore plus difficile. L’oncle demanda à boire, mais il reçut un niet catégorique : « L’eau est au petit et à lui seul, puisse-t-il être vivant ! Un peu de patience, tu apaiseras ta soif, toi l’adulte, une fois de retour au village. » Il la dévisagea en marmonnant : « Et tu oses me le dire comme ça crûment ? Si ce n’était la crainte d’être blâmé par la tribu, je t’abandonnerais ici et maintenant ! »
Ils continuèrent leur chemin cahin-caha. Elle tenait l’outre, dont le contenu, à ce moment crucial, valait son pesant d’or, non, de diamant, serrée contre sa poitrine haletante. Ils bifurquèrent un peu à gauche et, quelle ne fut sa détresse, quand elle vit la petite silhouette allongée sur le sol, sans mouvement apparent ! Elle le croyait mort. Des perles de larmes coulèrent sur ses joues, et elle se mit à entonner ce morceau : « Mon fils est mort en martyr ! » Non, il vivait encore, quel miracle ! Elle émit des youyous, puis le prit dans ses bars et lui versa des gouttes d’eau fraîche dans la bouche et l’embrassa tendrement…
Ecrit par : Laghla Bouzid
Révisé par : H