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Billet de blog 29 octobre 2017

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Réalité embaumée

Inspiré, en partie, d’un commentaire de Houda Aït Hassan.

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 Haiba Elhairech, traducteur

Illustration 1

 Abderrahim Iqbi est un artiste à part dans la scène artistique marocaine. Il travaille, depuis un certain temps, tel l’homme à la tête de canidé, dans son atelier sis quartier Guéliz à Marrakech, en vue d’embaumer, au sens de momifier, la réalité (celle de son propre pays en particulier, et celle du monde entier en général), comme s’il voulait la figer provisoirement (provisoire qui dure) jusqu’à lui trouver une nouvelle forme, une forme meilleure. Ceci est un rêve - n’en déplaise à Magritte-, et le rêve est tout sauf onéreux. A vos rêves, les artistes !

Abderrahim est épris de l’art pharaonique, plus encore de la mythologie égyptienne, tout ce qui touche à la mort de près ou de loin, et, partant, d’Anubis, gardien des cimetières, détenteur des secrets de l’éternité. Il n’hésite, ne serait-ce qu’un instant, de revendiquer l’appartenance au courant philosophique créé en Grèce par Diogène le cynique, et il n’est pas étonnant qu’il soit féru de Je suis un chien, célèbre chanson du célébrissime chanteur anarchiste Léo Ferré, qui commence – tiens, tiens !- par ceci : « À mes oiseaux piaillant debout », sachant la place privilégiée qu’occupent les oiseaux dans l’imaginaire égyptien, avec à leur tête le grand Ibis, symbole lié à Thot, dieu de la sagesse, et seigneur du temps. Y en a, vraiment, qui savent tout, et d’autres qui ne savent, pratiquement, rien…

Abderrahim est connu plutôt pour son tableau intitulé la Catastrophe, qui reprend, d’une manière ou d’une autre, ce moment crucial de l’histoire de l’art contemporain, à savoir celui de la Guernica de Picasso, qui a immortalisé la mémoire de l’une des plus féroces guerres menées par l’homme contre l’homme, sauf qu’Abderrahim a sa propre particularité, auréolée par les lumières égyptiennes auxquelles nous avons déjà brièvement fait allusion, comme il se voit assez clairement, à titre d’exemple, dans le tableau qui accompagne le présent billet, tableau qu’il vient d’achever (peut-être pas encore !) et dont une photo est disponible sur sa page Facebook, où il a l’habitude d’exposer (je ne sais pas si j’ai bien choisi le mot, en tout cas je l’ai tourné sept fois dans ma bouche avant de le coucher par écrit), des photos de ses œuvres alors qu’elles ne sont encore qu’esquissées, pour – vraisemblablement- que ses amis puissent les accompagner dans leur première nudité, comme simple idée, sans tête ni queue, et suivre les étapes de leur genèse jusqu’à ce qu’elles se mettent en station debout, comme toute créature qui se respecte. Il faut de tout pour devenir bipède, sagesse à la limite darwinienne, mais passons !

Abderrahim est très actif sur le réseau social, et il ne lésine sur rien pour que ses amis, qui ne peuvent, pour une raison ou une autre, accéder aux grandes expos, soient au courant de ses nouveautés. Il est un homme, d’une spontanéité sidérante, qui ne mâche pas ses mots quand il s’agit de se prononcer sur des questions d’ordre politique, social, artistique, ou même littéraire, étant  lui-même diplômé en littérature française, département de linguistique. Ses opinions peuvent choquer ceux qui ne sont pas habitués à sa franchise et son humour. Une fois rompu à son appareil conceptuel très décontracté, les choses prennent leur cours normal, et place au plaisir des couleurs !

Il nous a, dernièrement, gratifiés, nous autres amis de Facebook, de la photo de ce tableau que j’ose dénommer « réalité embaumée », et qui met en scène tout un monde funèbre, dont le catalyseur est, à juste titre,  Anubis (ou son frère Horus: lapsus plumae), dans l'une de ses postures connues, qui ne manque pas de rappeler la position que prend chacun de nous devant son ordi pour naviguer sur les flots du Net, ou discuter interminablement avec les fantômes de l’espace bleu pour tuer le temps. Un peu à gauche, l’on voit un hibou, symbole de sagesse et de trépas pour les Egyptiens d’antan, comme s’il fallait mourir pour atteindre la sagesse ! Et un peu à droite, la silhouette d’un cygne, qui renvoie, au moins pour les Grecs, dans l’expression « chant du cygne » à l’agonie, ou au dernier ouvrage réalisé avant de trépasser.

J’ai tenté, dans le présent, de mettre, selon mes possibilités, en relief quelques aspects de la vie et de l’art d’Abderrahim Iqbi, que je ne connais que récemment, de loin – pour ainsi dire- et dont les œuvres m’ont interpelé, en espérant  susciter la curiosité de ceux qui ne les connaissent pas encore, pour qu’ils fassent l’expérience bouleversante de parcourir son monde ouvert, à ma connaissance, à tout le monde sauf, bien sûr, les morts de cœur et d’esprit.

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