Sur la relance révolutionnaire qui se prépare

Il est évident que les mobilisations à venir, en Tunisie, seront plus difficiles et plus compliquées que celles des mois précédents. Le vilain tour joué par la majorité des partis de gauche a laissé aux fondamentalistes islamiques l’espace public. L'UGTT, seule force politique historiquement déterminante dans les rapports de forces socio-politiques, est plus que jamais sur son plan de sauvetage au régime des capitalistes mondiaux et leurs valets locaux.

 

 

Les fondamentalistes islamiques sont en train de récupérer leur retard structurel causé par leur refus, de s'insérer aux luttes sociales depuis 2008 (Bassin minier de Gafsa, Feriana, Ben Guerdene). Ils étaient également absents au déclenchement de la révolution en décembre 2010. Malgré tout ça, leur force financière, et l'islamisation spontanée de la rue, (en riposte primitive à la domination, l'arrogance et le racisme coloniaux) les favorisent.

 

Fidèles à leur tradition, ils jouent eux aussi le jeu du consensus autour de "la transition démocratique" arrangée entre Américains, Européens, ancien pouvoir, ONG et partis politiques électoralistes. Toute fois, ils ne lâchent pas la rue. Actuellement, et face à la mobilisation préparée par la coordination nationale des délégué(e)s des régions pour le sit-in 4, ils préparent leur propre sit-in qui oppose une autre date à celle de la coordination inter-régionale.

 

De nouveau, on sera devant une division des mobilisations annoncées. Devant des modernistes mous, une gauche trop "patriote", une bureaucratie syndicale complice, les fondamentalistes font tout pour, non seulement se racheter, mais aussi pour dominer la rue, avec un enjeu de revenir à une Tunisie d'avant 1957.

 

Les jeunes révolutionnaires seront de nouveau entre le marteau de la police et l'enclume des fondamentalistes. L'enjeu de ces mobilisations consiste toujours à continuer la révolution pour aboutir à ses fins révolutionnaires sociales, politiques et culturelles.

 

On le voit bien claire aujourd'hui: une révolution qui s’arrête à "la phase démocratique" bourgeoise n'en est pas une. Depuis un siècle, une soi-disant classe capitaliste patriotes n'existe plus que dans la nostalgie des orthodoxes de gauche.

En effet, dans un capital mondialisé jusqu'aux secteurs les plus locaux, le capital national ne peut pas se développer hors le marché mondial. Les technologies, les lois, les logiques, les dynamismes, les structures d'organisation du travail... sont tous mondialisés. Un capitaliste nationaliste ou "patriote" serait mort dans son œuf avant même de mettre son projet en route, s'il ne se positionne pas dès l'étape de conception, dans une "partenariat" (lisez soumission) mondiale qui lui permette de se positionner dans son propre pays.

 

L'ère du dirigisme populiste ou nationaliste petit bourgeois à la Nehru, Nasser, Ba3th... est derrière nous depuis la chute du bloc soviétique, et donc, la fin de la guerre froide.

 

Les régimes dites nationalistes qui persistent n'ont rien à voir avec le nationalisme. Ils composent de plus en plus avec la mondialisation capitaliste et négocient leurs places dedans. Et même ça ne convainc plus les adeptes de la mondialisation capitaliste néo-libérale. Ils faut qu'ils dégagent, car leurs réflexes leurs traditions, leur profil quoi, ne leur permettent pas une saine conversion vers le libéralisme économique et la bonne gouvernance à l'Américaine!

 

Les deux perspectives réelles et exécutables (donc réalistes!!!) sont: soit une société émancipée, démocratique et socialiste; soit une société rétrograde, despotique et passéiste qui sert entre autre, à étouffer toute tentative d'émancipation collective et/ou individuelle et qui garde la domination du système capitaliste.

 

L'enjeu impérialiste se focalisera, dans ce cas, sur la restauration du régime dépendant quitte à ce qu'il régresse vers l'enfermement politique et culturel. L'essentiel pour eux, c'est qu'il soit de leur côté même à la Saoudienne, à la marocaine si ce n'est pas à la Turquie. Les négociations avec la Nahdha dans se sens ne manquent pas.

 

Notre enjeu à nous, révolutionnaires tunisiens, est de continuer notre révolution en abolissant les institutions de l’État capitaliste dépendant qui sont, pour l'essentiel, encore intactes, s'auto-organiser dans des organes de pouvoirs locaux, régionaux et sectoriels, et de se mettre immédiatement à élire nos délégué(e)s vers un pouvoir national fédéral incarnant une démocratie directe émancipatrice.

 

Le destin des partis, groupes, associations, mouvements, et ONG sera décidé par les élections directes et décentralisée. Celui qui a des militant(e)s révolutionnaires reconnu(e)s par la population de telle ou telle région, de tel ou tel secteur d'activité seront représenté(e)s, ceux qui viennent de l’extérieur de la révolution populaire, et parfois de ses ennemis, seront exclu(e)s des pouvoirs citoyens à instaurer.

 

Mohamed Amami

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