Urgences sociales et tâches révolutionnaires

Les récupérateurs de la révolution axent leur stratégie sur deux priorités. Restaurer l'ordre public d'une part, d'où la logique nettement autoritaire, voire même sécuritaire, à la bourguibienne, et instaurer une légitimité politique à base sociale plus large que le régime de ZABA, de l’autre part.

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Pour remettre, le plus vite possible, le pays sur la voie capitaliste dépendante habituelle, la "société civile" et les partis du consensus sont appelés à jouer le jeu de légitimation de ce système en détournant la revendication centrale du peuple: la constituante.

 

En effet, la constituante, selon le décret exceptionnel pour les élections, doit permettre à ces forces une participation active proportionnelle à leurs puissances respectives dans cette "bonne gouvernance" chère aux superviseurs impérialistes de "la transition démocratique". Un projet sociétal libéral géré le plus stablement possible.

 

Le traitement des urgences sociales seront, inchallah, programmées dès que tout sera en place.

Tel est le but stratégique des récupérateurs.

 

Mais, personne ne peut prétendre que ces buts sont ceux du peuple en révolution et, donc, la réflexion sur ses propres buts est une tâche brulante.

 

1/ Privatisation/misère

 

La révolution a dévoilé le tas de mensonges qu'a tissé la machine médiatique de ZABA. la Tunisie n'est pas un pays pauvre ni un miracle économique. C'est un pays qui subviendrait largement aux besoins de son peuple si ses ressources naturelles, ses potentialités et ses forces actives sont exploités d'une façon rationnelle, démocratique et non anarchique.

 

Le pillage programmé depuis les années soixante-dix du 20eme siècle, accéléré depuis les années 90, et de plus en plus acharné, ne cesse de

Cette situation lamentable exige une réappropriation, avec interdiction de privatisation, des ressources, et des biens communs (Phosphate, pétrole, Industries stratégiques, offices et domaines agricoles publiques, forêts et montagnes, fleuves, mers, plages et cites touristiques, patrimoine monumentale, ressources d'eau profonde, carrières et mines, grandes compagnie de transport, grandes usines publiques...)

 

Elle exige aussi la réappropriation, la gratuité et l'interdiction de privatisation, des services publiques tout en développant leur qualité. En effet, la santé, l'enseignement, la sécurité sociale, le logement, la culture et les communications sont des droits qui doivent se proclamer universels, inconditionnels et indiscutables pour chacun(e). Le droit à une vie digne ne se réalise pas sans ces droits élémentaires. Les autorités publiques sont responsables devant le peuple, elles sont obligées à les garantir.

 

2/ Partage égalitaire des richesses.

 

Les richesses du pays sont des richesses du peuple et non celles des capitalistes pilleurs qui les arrachent violemment à l'aide de l’État bourgeois qui non seulement légitime cette usurpation mais elle utilise la force pour la défendre. Le peuple révolutionnaire doit exiger un partage égalitaire de ces richesses et obliger les pilleurs à se plier à sa volonté. La gestion de ces richesses doit revenir aux instances d'auto-gestion des citoyen(ne)s auto-organisé(e)s dans leurs conseils d'élu(e)s démocratiquement sur tous les plans et les lieux sociaux.

 

3/ Partage du temps de travail

 

Le plus grand moteur de cette révolution est la flambée du chômage et l'exclusion sociale (classes appauvries, jeunesse, régions déshérités, femmes). Les jeunes chômeurs diplôme(e)s ou pas, sont le détonateur et le principal acteur de cette révolution. L'emploi est une revendication centrale de toutes les mobilisations populaires. Les déclencheurs d'une crise économique, présentée comme fatale, prétendent qu'un tel chômage massif ne peut être remédié que par une austérité rigoureuse et des sacrifices poussées. En même temps leurs bénéfices à eux ne cessent de monter d'une façon vertigineuse.

 

Une fois ressources réappropriées, richesses auto-gérés, revenues dignes instaurés, sécurité sociale et services sociaux assurés dans la gratuité, richesses partagés à égalité, le partage du temps de travail devient possible et exécutable.

 

Ceci permettra une ressource massive d'emplois. Réduire les heures de travail est une nécessité, non seulement pour créer des emplois pour tous les chômeurs et atteindre le plein emploi, mais aussi, un moyen d'émancipation des travailleurs d'un travail qui bouffe l’essentiel de leur vie, les réduit en esclavage et détruit leur corps et leurs esprits.

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