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Billet de blog 3 juin 2020

NIETZSCHE ET L’ALGÉRIE DU DÉTERMINISME

Une grande oeuvre est universelle de fait, et les idées qu'elle incarne voyagent beaucoup et touchent des peuples qui ont un secret à révéler, une Histoire à construire et une vie à vivre.

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Par Mohamed Ghemmour

Philosopher à coup de marteau, voici l’un des plus beaux concepts philosophiques nietzschéens qui sied à merveille à la personnalité algérienne aux caractéristiques méditerranéennes nombreuses qui ne passent pas inaperçues même chez des historiens comme Braudel et qui collent à la peau comme peut l’être la chair sur les os.

Nietzche est comme les algériens ou devrais-je dire les méditerranéens. Il aime l’ascétisme mais il se livre à quelques gourmandises. Il critique le Romantisme mais il n’en demeure pas moins habité. Il aime les femmes mais comme il ne sait pas leur parler, il développe une théorie sur la misogynie.

 Le constat ne s’arrête pas sur une perception, ou une vision du monde  mais réside dans l’essence  même de l’interprétation des idées et du monde formant un corps d’où le principe de l’immanence.

 Il s’agit bel et bien d’une philosophie du corps, non pas dans le sens hédoniste du terme mais épicurien avec un processus et une méthode.

Bien entendu les influences grecques notamment Platon, mais aussi, Descartes avec son Discours de la méthode ou Schopenhauer sont présentes dans son œuvre mais Nietzsche va plus loin dans la déconstruction, la prémonition intellectuelle en affirmant qu’il écrivait pour un autre siècle et qu’il serait ni lu, ni compris dans son époque et qu’il avait un seul frère en philosophie, Spinoza.

 Détruire les idoles et les mensonges millénaires. Voilà bien des mots qui méritent qu’on s’y attarde un peu par souci de cohérence d’abord mais aussi de pédagogie.

Par les idoles, il entend les religions étouffantes, on n’est pas seulement  dans la mort de Dieu mais de l’idée qu’on se fait de cette croyance et de sa conséquence directe de la construction humaine et de son organisation à travers les âges.

A cela s’ajoute la substitution du créé au créateur et sa prétendue émancipation comme une sorte de démiurge dans une dialectique Maître / Esclave via les doctrines avilissantes, les idéologies castratrices et la promesse d’un au-delà, d’une vie meilleure et paisible en opposition au terrestre.

 La philosophie de Nietzsche est celle de la terre. Elle s’oppose à celle qui est si loin ou si haut et qui nous empêche notre réalisation et accepter notre condition humaine avec le ressentiment d’abord, de la résilience ensuite pour finir avec de la transcendance. Il s’oppose farouchement à un monde trompeur  à donner le vertige de l’illusion d’un bonheur confisqué ici-bas et généreusement offert là-haut.

 La phrase n’est pas seulement métaphorique mais c’est un concept philosophique dangereux pour les esprits étiolés, pour la médiocrité rampante qui trouve écho dans le confort de l’ignorance régulée ou orientée.

J’aurais pu mettre en avant les trois postulats de Kant incarnés par l’existence de Dieu, l’existence des religions, et la liberté mais ça serait trahir notre époque qui exige de se renouveler et de choisir le combat de sa vie, car livrer bataille en choisissant les chemins de sa propre liberté relève de la jouissance des sens.

Cet idéal va au-delà de la mort car il résonne dans l’éternité. Les algériens ont soifs de tout, ils ont plus de temps à perdre, mais juste des vies à mettre à contribution aux exigences du moment, dans le souci d’un idéal démocratique. La peur n’est plus une menace mais une compagne d’une longue route à définir toujours sur une terre défraîchie et abreuvée, par la sueur et le sang de ceux qui nous ont précédés.

On est alors dans l’Amor  fati, aimons notre destin comme nous aimons notre terre et notre destinée.

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