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Billet de blog 6 juin 2020

FALLAIT-IL SAUVER LE SOLDAT RAYAN?

Depuis la prise du pouvoir de l'armée des frontières à l’été 1962 par le Colonel Boumédiène, et un putsch militaire en 1965 contre Benbella, les militaires en Algérie semblent décider de régner en maîtres sur cette terre, en entravant le processus démocratique qui garantira un Etat de droit pour chacun.

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PAR MOHAMED GHEMMOUR

Le siècle est fou. Fou de lâchetés, de démissions, de mensonges, d’impostures, et de laideur, ce qu’on appelle « la mafia des généraux », n’est que le refus apeuré de toute hauteur et le règne jusque là incontestable de la médiocrité.

Ce constat bien qu’amer révèle les limites du régime algérien noyé dans ses vicissitudes, et ses fourberies qui deviennent presque risibles, si ce n’était le destin de tout un peuple mis en balance par un cacique. Un général de vert vêtu, des médailles à foison couronnant un cœur couard et lugubre à défaut de vaillance.

Encore un ministre défendant sa pitance, rampant dans les salons du proche orient, mordant la poussière du désert et buvant le calice jusqu’à la lie pour honorer le gras de sa panse disgracieuse.

Oui, il n’a jamais traversé les lignes ennemies, ni connu la virilité des vrais hommes au maquis, ce n’est pas le héros de la bataille de Bouzegza, ni celle de la bataille d’Alger, il n’a pas négocié les accords d’Evian, et ce n’est pas l’architecte de la révolution. Oh, que non ! Loin s’en faut.

Oui, il est à la place où on l’a mis ayant comme seul héritage une chaise vide pleine d’angoisse, et une Algérie bien trop grande, jouissant de la clairvoyance de ses enfants. Doté d’un esprit politique aussi étriqué qu’une moule en plein océan et démuni de toutes formes de stratégies politiques. Piètre soldat, il lui restait de réussir sa sortie avant la grande purge qui se profile à l’horizon, en priant le ciel de ne pas rejoindre ses acolytes à la prison tristement célèbre d’EL Harrach.

Oui, le pauvre bougre est orgueilleux, il est perdu, il est prisonnier de sa propre condition, un canard boiteux élevé dans un cloître sombre à l’abri de l’audace et de l’intelligence, ignorant les vols majestueux des aigles royaux.

Son seul mérite est de ne pas omettre de ployer le genou dans un réflexe pavlovien devant un roi, ou un cadre pour perpétrer le rituel de la bassesse des gens vils, veules, et vénaux dans un capharnaüm institutionnel inédit, et un bidouillage constitutionnel anachronique feintant la trituration pour choisir l’énième souillure de cette matrice inféconde et condamnée de fait, et dans un aveuglement de toutes solutions politiques. De cette même crise politique, et seulement politique, et à ne pas en douter car le peuple ne se trompe pas en considérant ce marasme politique, économique, et moral comme une conséquence de la dilapidation des richesses nationales, de la mauvaise gestion des ressources, du terrorisme d’Etat, de moult assassinats politiques, des crimes contre l’humanité, et de la haute trahison d’Etat au point ou le clientélisme, et la corruption à grande échelle, ainsi que, le détournement de quelques millions de dollars passent pour des faits mineurs devant le viol répété des algériennes et des algériens dans leurs droits les plus fondamentaux et dans leurs chairs depuis l’indépendance confisquée par le clan de Oujda.

 Le résultat fait que le musellement des libertés individuelles et collectives depuis plusieurs décennies pour entraver le champ des perspectives de réalisation d’un vrai Etat de droit reste d’actualité et en suspens permanent à nos jours. Avec la dernière sortie de l’enfant soldat, il est évident que la tentative d’interdire le drapeau Amazigh est un aveu d’échec retentissant devant la grandeur du peuple algérien qui n’a seulement pas recouvert sa dignité mais aussi sa souveraineté.

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