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Billet de blog 1 avr. 2015

Averroès : un lycée « demi-écrémé » ?

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Depuis le 30 mars dernier, différents palmarès 2015 des lycées publics et privés sont disponibles. A partir de données statistiques fournies par le Ministère de l’Education Nationale, de nombreux quotidiens, hebdomadaires et journaux numériques ont établi des classements de ces établissements scolaires, en tenant compte de divers critères. Ces palmarès, et selon les critères de classement adoptés, arrivent à des conclusions relativement différentes. Pour ne citer que l’exemple du « Lycée Averroès », celui-ci occupe le 15ème rang dans le classement national du journal « Le Parisien », le 116ème rang dans celui du journal  « Le Point » et le 373ème rang dans le classement établi par « L’Express ». Les données brutes du ministère sont exploitées différemment d’un journal à l’autre. Ce qui explique, en partie, ces dissemblances relatives.

En 2014, le « Lycée Averroès » avait présenté 86 élèves aux examens du baccalauréat, toutes séries confondues (L, ES, S, STMG). 97% des candidats présents aux examens ont obtenu leur diplôme. Avec un tel taux de réussite, l’on est tenté de considérer cet établissement comme étant un lycée d’excellence. D’ailleurs, c’est bien l’argument de « l’excellence » qui a été le plus souvent utilisé par ses responsables pour discréditer les propos de Soufiane Zitouni, suite à sa deuxième tribune dans Libération. La direction, tout comme certains notables de l’UOIF et certains soutiens aussi, ont brandi cet argument pour alimenter l’idée de l’existence d’un « complot islamophobe » contre une expérience « musulmane » qui réussit. Mais qu’en est-il vraiment de « l’excellence » averroessienne ?

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Suite à la publication de mon livre-témoignage, un ex-président de l’ « Association des Parents d’Elèves », qui a exercé ses fonctions pendant deux années au sein du « lycée Averroès », m’a contacté pour me féliciter et pour m’apporter son propre témoignage circonstancié et argumenté, validant, de part son expérience et son regard de l’intérieur, l’ensemble des thèses que j’ai développées dans mon livre-témoignage.

Ainsi, les thèses concernant l’instrumentalisation des élèves, et de certains professeurs aussi, dans un projet d’islamisation visant le fameux Tamkine, selon l’idéologie des « Frères Musulmans », et utilisant la « question palestinienne », en particulier, comme outil privilégié de renforcement du sentiment identitaire d’appartenance communautariste et d’endoctrinement idéologique précoce, financé hélas par l’argent du contribuable, toutes ces thèses sont validées sans l’ombre d’une hésitation.

Au cours de nos discussions, l’argument de « l’excellence » a été évoqué aussi. Cet ex-président m’a expliqué qu’au sein du « Lycée Averroès », il y a bel et bien une véritable première sélection, sur dossier, avant l’inscription. Ce que font de nombreux établissements privés. Mais il y a surtout une deuxième véritable sélection, quelques mois seulement avant les examens du baccalauréat, opérée parmi les élèves déjà scolarisés au sein de l’établissement pour ne présenter, sous les couleurs du « Lycée Averroès » que les élèves brillants ou très au-dessus de la moyenne. Ainsi, les dirigeants se débarrasseraient, sans état d’âme, des élèves considérés comme « déchets » !

En effet, cet ex-président de l’association des parents d’élèves, rapporte que le « Lycée Averroès » organise en début d’année des examens blancs. Après la correction des copies, certains élèves, qui n’ont pas eu des moyennes générales satisfaisantes, se voient convoqués par la direction de l’établissement. Lors de cet entretien, le directeur, ou son adjoint, expliquerait à l’élève qu’il ne pourrait pas faire  parti de la liste des candidats au baccalauréat du « Lycée Averroès ». Ensuite, le directeur, ou son adjoint, proposerait à l’élève de signer un papier - préparé préalablement par la direction - signifiant sa démission « volontaire » et sa sortie définitive des effectifs de l’établissement. On lui proposerait de s’inscrire dans un autre établissement ou de passer les examens en « candidat libre ». On lui suggérerait également un accompagnement éducatif pour mieux préparer ses examens. Cela permettrait à cet établissement de se débarrasser de certains élèves, à faibles moyennes générales, et de ne présenter aux examens nationaux que ceux qui ont la capacité de décrocher le bac sans difficulté, et d’assurer, surtout, un taux de réussite au baccalauréat avoisinant les 100 % !  

Cet ex-président atteste que sa propre fille - inscrite, il y a quelques années, en série ES - était victime de cette procédure d’exclusion, voire de discrimination par la note aux examens blancs. Elle avait très mal vécu cette démission forcée et cette expulsion inhumaine à peine voilée, à l’aube du baccalauréat. Il y aurait, selon ses dires, une cinquantaine d’élèves, dans le même cas, qui, depuis la création du « Lycée Averroès » en 2003, se sont vus encouragés, par la direction, à démissionner, juste avant les examens du baccalauréat. Par ce procédé étonnant, la direction assurerait, à juste temps, un « demi-écrémage » parfait qui garantirait une apparente « excellence », mais à quel prix humain ?

Cet ex-président m’a expliqué que ce procédé a très bien servi et fonctionné durant, au moins, les cinq premières années de cet établissement. Et c’est, principalement, grâce à cette politique d’ « écrémage » systématique, qu’il aurait su affiché, habilement, d’excellents taux de réussite au baccalauréat, à la veille de la signature de son contrat d’association avec l’Etat. Serait-on désormais, en droit, de demander que toute la lumière soit faite autour de cette question ? Peut-on réclamer une enquête académique examinant les cas d’élèves qui au départ - et durant les années de seconde et de première - étaient scolarisés au sein de cet établissement mais qui se sont inscrits au baccalauréat comme « candidats libres » ? Si cette pratique inhumaine s’avère fréquemment utilisée, que reste-t-il de l’argument de ladite « excellence » ? Que sont devenus ces élèves poussés à la démission ? Comment ont-ils vécu cette séparation ? Quels impacts aurait eu cette discrimination sur leurs parcours ultérieurs ?

Michel Soussan, conseiller pédagogique de la direction du « Collège-Lycée Averroès », conseiller municipal au sein du groupe UMP d’opposition à Martine Aubry à la Mairie de Lille et rédacteur des statuts de la « Fédération Nationale des Etablissements Scolaires Musulmans » - domicilié au « Lycée Averroès » et présidé par un « frère musulman » Makhlouf Mamèche - avait justement écrit en 2010, sur son blog, un article intitulé « La violence à l’Ecole » dans lequel il dit, je cite : « Les jeunes ont à apprendre de la Société les repères et les valeurs pour grandir, se structurer et se construire ».

L’on est pressé de savoir si Michel Soussan, de part son poids et son importance magistrale au sein de cet établissement, avait eu connaissance, ou pas, de ce procédé discriminatoire ? Si ce procédé est toujours adopté, sacrifiant l’honneur de certains élèves sur l’autel des chiffres de « l’excellence », quel repère et quelle valeur leurs apprend-t-on alors ? Cela ne peut-il pas être considéré comme une vraie violence produisant des dégâts insondables ? Que penserait l’Inspection Académique de cette pratique ?

J’ai vraiment du mal à croire que les choses se passeraient de cette façon, surtout lorsque les responsables ne jurent que par « l’éthique musulmane ». J’ai du mal à admettre qu’il y aurait au moins une cinquantaine d’élèves, filles et garçons, à qui l’on aurait demandé de signer un papier pour être « licencié » et lâché dans la nature, après des mois et des années de scolarité et des milliers d’euros payés par les familles. J’ai du mal à croire qu’un élève, qui serait jugé faible scolairement, puisse être mis à part et exclu sur la base du seul critère de sa note dans un examen blanc. J’ai du mal à croire que l’on pourrait sacrifier une part de la jeunesse, juste pour figurer parmi les premiers établissements dans des palmarès publiés à titre indicatif mais sans aucune autre valeur. J’ai envie de ne pas croire mon interlocuteur mais, hélas, force est de constater que pour atteindre le Tamkine, l’on peut se sacrifier soi-même, ou sacrifier d’autres, pourvue que la marche avance.

La République se doit de protéger ses enfants contre l’infamie. La République, sera-t-elle au rendez-vous ce vendredi 3 avril ?

Annexes :

Ci-après :

1- Un tableau récapitulatif de l'évolution des effectifs du "Lycée Averroès" selon les promotions, de l'année 2007/2008 à 2013/2014 ;

2- Un graphique représentatif de cette évolution ;

3- Quelques constats et interrogations.

Les chiffres sont issus des données statistiques du site du Ministère de l'Education Nationale.

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Quelques constats et interrogations :

1- Toutes promotions confondues, le nombre d’élèves présentés aux examens du bac est toujours inférieur aux effectifs à la rentrée en classe de seconde.

2- Toutes promotions confondues, le nombre d’élèves présentés aux examens du bac est toujours inférieur aux effectifs à la rentrée en classe de première.

3- Promo A : Sur 45 élèves inscrits en seconde (en 2007), seulement 30 élèves sont présents, trois ans plus tard (en 2010), aux examens du baccalauréat. 15 élèves - c.à.d. 33 % - manquent à l’appel. Pourquoi ? S’agit-il de redoublements ? De réorientations ? D’abandons ? Ou d’écrémage ? En somme, cela reflète-t-il une quelconque « excellence » ?

4- Promo B : Sur 56 élèves inscrits en seconde (en 2008), seulement 34 élèves sont présents, trois ans plus tard (en 2011), aux examens du baccalauréat. 22 élèves - presque 40 % - manquent à l’appel. Pourquoi ? S’agit-il de redoublements ? De réorientations ? D’abandons ? Ou d’écrémage ? En somme, cela reflète-t-il une quelconque « excellence » ?

5- Promo E : Sur 118 élèves inscrits en seconde (en 2011), seulement 86 élèves sont présents, trois ans plus tard (en 2014), aux examens du baccalauréat. 32 élèves - presque 40 % - manquent à l’appel. Pourquoi ? S’agit-il de redoublements ? De réorientations ? D’abandons ? Ou d’écrémage ? Cela reflète-t-il une quelconque « excellence » ?

6- Promo D : Sur 100 élèves inscrits en première (en 2011), seulement 55 élèves sont présents, deux ans plus tard (en 2013), aux examens du baccalauréat. 45 élèves - c.à.d. 45 % - manquent à l’appel ! Pourquoi ? S’agit-il de redoublements ? De réorientations ? D’abandons ? Ou d’écrémage intensif ? Cela reflète-t-il une quelconque « excellence » ? Bizarrement, c’est en 2013 que cet établissement a été placé en tête de plusieurs palmarès, à l’échèle nationale.

Ces chiffres bruts, bien qu’ils renseignent, objectivement, sur l’évolution des effectifs, par promotion, depuis 2007/2008 jusqu’à 2013/2014, suscitent plutôt des interrogations quant à cette « excellence » fanfaronnée et peuvent éventuellement accréditer, en l’absence d’explications tangibles et argumentées, la thèse d’un "écrémage", plus ou moins, intensif depuis, au moins, la signature du contrat d’association avec l’Etat. Chacun tirera ses conclusions.

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