Journée Mondiale Pour l’Autonomie Génitale : Mon discours(*)

 

Discours_Cologne_Louizi1 © Mohamed LOUIZI Discours_Cologne_Louizi1 © Mohamed LOUIZI

Journée Mondiale Pour l’Autonomie Génitale

Rassemblement devant le Tribunal de Cologne (Allemagne)

7 mai 2014


Mesdames, Messieurs … Chers parents, chers amis,

            Je suis venu de Lille, au Nord de la France, pour vivre pleinement avec vous ces moments intenses et chargés de sens. Ici, dans cette ville, dans ce tribunal, s’est écrit le 7 mai 2012 le début d’une « Histoire » et d’une promesse démocratique. Ce premier acte est maintenant acquis et ouvre, je l’espère, la voie à d’autres actes futurs. Un grand hommage à ces juges qui ont pris la mesure du drame en dépit des pressions. L’Histoire retiendra vos noms, votre courage et votre audace.

Ce sont des moments mémorables qui - j’ose espérer - écrivent l’épilogue d’une triste histoire millénaire. C’est l’histoire de cette « circoncision » qui se justifie tantôt par des religions tantôt par des cultures et qui s’invente, suivant les époques, des  prétextes aussi illusoires que farfelus pour perdurer et s’ancrer davantage, y compris au sein de nos sociétés démocratiques et modernes au grand mépris des « droits humains fondamentaux » inaliénables.

Je m’associe à vous, en tant qu’homme libre, en tant qu’homme de foi, en tant qu’homme «circoncis » depuis mes quatre ans, et désormais, en tant que père de trois enfants dont un garçon de huit ans, pour vous dire, d’abord, mon engagement librement choisi, foncièrement sincère et totalement désintéressé à vos côtés, pour défendre cette noble cause : Celle de « l’intégrité corporelle » de chaque enfant,  celle de garantir à chaque personne sa « souveraineté » sur son propre corps et son droit à « l’autonomie génitale », sans aucune discrimination liée à l’âge, à la nationalité, à la couleur de peau, à l’identité sexuelle, à la religion, à la culture ou à la condition sociale.

Je m’associe à vous pour exprimer, en toute conscience et gravité, tout le mal que je pense de toutes les « mutilations génitales » en général, et de la « circoncision » en particulier. Celle-ci défigure à jamais les corps et marque pour toujours les esprits. Elle engendre des douleurs injustes et injustifiées, et provoque des souffrances silencieuses et durables. Elle profite de la faiblesse d’un enfant innocent, au bénéfice de groupes introvertis et puissants. Elle uniformise les corps, pour communautariser les esprits plus tard et jusqu’à la tombe. Elle impose, comme seule règle, comme seul « choix » et comme seul dogme : la servitude forcée et la soumission aveugle aux ordres religieux et culturels établis !

Je suis venu aussi vous apporter, humblement et en toute conscience, mon témoignage personnel, sur cette sacro-sainte tradition que je connais « intimement » depuis un peu plus de trente deux ans, plus exactement depuis 1982. Car le mensonge de la « circoncision » est gravé, depuis l’âge de mes quatre ans, sur ma propre chair et dans mon esprit aussi. Je dis bien « mensonges », car ma propre « circoncision » s’est faite sous la seule et unique couverture de multiples mensonges aussi cyniques que grossiers. Le plus gros et le plus cynique de tous, était celui inventé par cet étrange homme qui me suggérait de lever ma tête au ciel à la recherche d’un « oiseau » volant, et profiter de cet court instant de naïveté primitive, pour abuser de mon corps et « couper », au nom du Ciel me dit-on, les ailes de mon propre « oiseau » ! Au commencement était le « mensonge » et le « mensonge » était ma « circoncision » !

En 2006, la naissance de mon fils m’avait mis devant ma responsabilité et devant ma conscience de « père ». Je ne pouvais fuir cette conscience car « On peut tout fuir, sauf sa conscience ! ». Que vais-je faire donc ? Reproduire ce que j’ai subi en cédant aux multiples pressions, et en conduisant mon bébé chez le « circonciseur » pour qu’il soit « coupé » parmi les « coupés » ? Ou bien m’abstenir purement et simplement ? Devrais-je graver le mensonge de la « circoncision » sur le corps de mon fils pour qu’il soit, soi-disant, dans la « vérité » ? Mais Bon Dieu, au nom de quelle « vérité » devrais-je graver sur son corps, et pour toujours, ce terrible « mensonge » ? Au nom de quelle « vérité » ?!

Mes coreligionnaires me disent et vous disent aussi que la « circoncision » est un acte de foi musulmane. Soit ils mentent, soit ils ne savent pas ! Ils sont incapables de la justifier sur la base du seul Texte fondateur ! Car le Coran ne l’a jamais cité, ni explicitement ni implicitement. Hélas, ce que mes coreligionnaires refusent d’admettre, c’est que le Coran, lui-même, a été « circoncis », inhibé et neutralisé très tôt, par des paroles étranges, connues sous le nom de « hadiths »,  attribuées au Prophète, constituant les fondements de ladite « Sunna », cette supposée deuxième source, parue au moins deux cents ans après sa mort. Ainsi, le Coran et bien des sagesses prophétiques reconnaissables, par leurs portées vertueuses, ont été « circoncises » et noyées dans un amas de millions d’autres paroles indécentes et inhumaines, rapportées ici ou là.

L’invitation coranique simple d’être « en paix » avec soi-même pour être « en paix » avec les autres, a été « circoncise » par les « hadiths » et la « Sunna ». Le Prophète lui même a été « circoncis » par ses rapporteurs. L’espérance humaniste et avant-gardiste de l’époque, a été « circoncise » par les carcans tribaux et par les intérêts de vilaines créatures hybrides et dévoyées : mi-théologiennes et mi-politiques !

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L’islam, tel que je le vis et je le conçois, ne légitime aucunement la circoncision, bien au contraire. La « circoncision » est plutôt l’un de ces « DEUX » piliers fondamentaux de tous ces autres « islams » frelatés, parus durant les quinze derniers siècles. Des « islams » guerriers, dominants les corps et conquérants les territoires. Des « islams » autoritaires, politisés, totalitaires, inhumains et foncièrement agressifs. Ces « islams » ne peuvent exister d’ailleurs que dans une ambiance de soumission imposée du berceau jusqu’à la tombe. Ils ne peuvent perdurer que dans un climat de peurs et de menaces entretenues en permanence. Ces « islams » ne peuvent exister qu’à travers le mensonge de la « circoncision », comme premier pilier et comme seule et unique « porte d’entrée », et qu’à travers l’autre mensonge de « la peine de mort » pour « apostasie », comme deuxième pilier, et comme seule et unique « porte de sortie » ! Ainsi, ces « islams » se nourrissent continuellement tantôt des « prépuces » de l’innocence … tantôt des « têtes » d’humains libres qualifiés et jugés apostats !

Comme si, vivre une spiritualité croyante n’était possible qu’entre deux flaques de sang … qu’entre deux violences … qu’entre deux crimes ignobles ! Comme si le nom de Dieu ne pouvait être inscrit dans les cœurs qu’en subissant le mensonge de la « circoncision », et ne pouvait en être effacé qu’en subissant l’autre mensonge de « l’apostasie » !

Concernant mon fils, j’ai refusé, je refuse et je refuserai toujours, de céder à la pression et aux menaces. La dignité de mon fils, sa souveraineté inviolable sur son propre corps, son intégrité physique, une et indivisible, et son droit de décider par lui-même plus tard de son appartenance religieuse, ou pas, ne sont pas sujets à un quelconque marchandage religieux, orchestré au nom de Dieu. Dieu n’a strictement rien demandé ! Et quand bien même Dieu l’aurait demandé, je ne le ferai pas, et j’en assumerai, en homme libre et en homme de foi, toutes les conséquences. L’Humain, dans ma conception, est plus sacré que le texte quelque soit son auteur … Cela est aussi l’avis du Coran !

Mesdames, Messieurs … Chers parents, chers amis,

Il est déplorable ce silence assourdissant d’intellectuels musulmans à ce sujet. Qu’ils agissent en femmes et hommes libres et libérés par la pensée. Qu’ils libèrent leurs paroles. Qu’ils arrêtent de se comporter tels des investisseurs frileux, tremblant à l’idée de perdre des parts de marché ou des parts d’audience. Car l’Islam n’est ni un fond de commerce, ni un objet médiatique. L’intellectuel ne doit agir ni en commercial de la parole, ni en commentateur passif et intéressé. Les musulmans ne sont ni des clients à séduire, ni des spectateurs à divertir pour endormir davantage !

Il ne suffit pas, non plus, d’annoncer expéditivement, sur un sujet aussi grave, votre positionnement en 140 caractères sur le réseau Twitter, comme cet respectable islamologue musulman genevois ultra-médiatique, se définissant comme réformateur radical, qui depuis un quart de siècles, a noirci plus de 6 000 pages, et animé de centaines de conférences religieuses, et qui au sujet de la circoncision a fini enfin, en octobre 2012, par lancé un tweet équivoque sur son compte, exprimant, mais sans citer explicitement la « circoncision », je cite : «Quiconque abuse un corps d’enfant - avec ou sans consentement - viole son innocence !»  C’est déjà très bien ! On avance timidement ! Mais Monsieur l’islamologue, merci de détailler votre propos, car le viol de l’innocence mérite plus qu’un tweet … Qu’en pensez-vous ?

Mesdames, Messieurs … Chers parents, chers amis,

Voilà ce que j’ai voulu partager avec vous en cette journée mémorable qui n’est que la poursuite d’un long combat pour protéger l’innocence, nos enfants, contre tout abus, contre toute violation et contre toute violence !

Enfin, permettez-moi de remercier les organisateurs de cette journée de m’avoir invité. Un grand merci à Guy SINDEN et à Victor SCHIERING. Aussi, je remercie et rend un hommage sincère à mon ami Nicolas MAUBERT pour le temps et l’effort, de très haute qualité, qu’il dépense en faveur de cette cause, là-bas en France, à travers le site « Droit au Corps ».

Merci à vous tous pour votre attention !

(*) Ce discours a été traduit instantanément en allemand. Ici sa traduction arabe : Mon discours de Cologne en arabe (بالعربية)

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