L’islamisme va-t-il triompher le 4 septembre 2015 ?

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Ce matin, un peu avant 9h00, j’étais au Tribunal de Police de Lille, pour assister à l’audience du procès opposant l’association du « Collège-Lycée Averroès », gérée par l’UOIF, et le professeur de philosophie Soufiane Zitouni.

Pendant presque plus d’une heure, le Tribunal a traité une dizaine d’affaires, diverses et variées, mais qui témoignent, presque toutes, de cette partie obscure en tout un chacun, qui s’exprime, de temps en temps, lorsque l’on perd le contrôle de ses penchants maléfiques. Lorsque la voix de l’égo l’emporte sur celle de la raison. Lorsque la vertu cède la place aux vices : violences conjugales, bagarre entre deux usagers de la route, etc. L’audience a été suspendue pendant dix minutes. 

Seule l’affaire du « Collège-Lycée Averroès » a été traitée après la reprise de l’audience vers 10h30. Le professeur de philosophie, qui a choisi de se défendre seul, sans avocat, et l’avocat de l’UOIF ont été appelés à la barre. Aucun membre de la direction de cet établissement, ou de l'UOIF, n'a été présent à cette audience. L'avocat était seul. Après quelques questions de Madame la Présidente à l’adresse du professeur, après le rappel du fait, qui lui est reproché, à savoir d’avoir traité la direction de « nid de vipères hypocrites » dans un courriel privé, adressé à certains collègues, et rendu publique par la direction de cet établissement, suite à ses articles dans le journal « Libération », l’échange sur le fond de cette affaire commença.

L’avocat de l’UOIF a expliqué longuement, dans un récit très sublimé, l’historique de cet établissement, depuis sa création en 2003, ses prétendues performances, sa supposée exemplarité, sa raison d’exister - celle que l’UOIF utilise pour berner les interlocuteurs depuis toujours, etc. Ensuite, il a abordé le sujet du « sens » de la plainte déposée, en urgence et dans la foulée,  contre ce professeur, non pas contre sa deuxième tribune dans « Libération » mais, bizarrement, contre cette petite phrase tirée d’un courriel purement privé. Aucune plainte pour diffamation publique n’a été déposée contre ce professeur et aucune ne sera déposée contre lui : comprendra qui voudra !

L’avocat, cherchant à émouvoir le Tribunal, puisa ses mots et ses arguments, comme prévu, du registre purement affectif. C’était tellement sincère, j’avais presque envie de pleurer, par moment, en l’entendant parler. J’ai eu un peu la même sensation que celle que j’ai eue, la première fois, en regardant le film-culte de Frank Darabont : La ligne verte !

L’UOIF assuma, encore une fois, sa posture victimaire, laissant entendre qu’il y aurait, peut-être, un complot contre cet établissement scolaire privé musulman, sous contrat d’association avec l’Etat. De supposées mains invisibles auraient la volonté de nuire à son image, par l’injure et par la diffamation : Ah, la théorie du complot ! L’avocat a même cité le propos du Premier Ministre, Manuel Valls, qui déclarait vouloir combattre l’idéologie des « Frères Musulmans ». L’avocat demanda, à l’issue de sa plaidoirie victimaire, que le Tribunal condamne le professeur de philosophie. L’UOIF réclame la somme de … 1500 € d’amende, pour réparer cette « violence symbolique », disait-il ! 

Le professeur de philosophie a pris la parole, pour répondre sereinement, point par point, aux accusations infondées de l’avocat de l’UOIF. Il a rappelé le contexte dramatique, celui des attentats de Paris, qui l’a motivé à publier sa première tribune : « Aujourd’hui, le Prophète est aussi Charlie ». Il a rappelé les réactions intolérantes de certains professeurs qui auraient arraché, cette tribune du tableau d’affichage, à plusieurs reprises, et les difficultés réelles qu’il a du supporter pour poursuivre sa mission d’enseigner dans de bonnes conditions. Il a expliqué les raisons de sa démission et les motivations de sa deuxième tribune dans « Libération ».

Il a fait état de cette intolérance perceptible chez certains professeurs, membres de l’UOIF par ailleurs, qui contredirait catégoriquement l’esprit d’ouverture incarné par le grand philosophe andalou, Averroès. Il a maintenu toutes les accusations contenues dans son courriel et dans sa deuxième tribune. Il les a toutes rappelés : mélange délibérée de « religion » et de « politique », présence dans cet établissement de professeurs/imams assurément pro-Hamas, idéologie salafiste diffusée, propos antisémites récurrents, difficultés de traiter de la théorie de l’évolution, double discours, etc. En pointant, au passage, directement la responsabilité de la direction qui laisse faire.

Pour prouver matériellement son propos, il s’est servi de quelques échanges, entre lui et la professeure qui a transmis à la direction le courriel privé, supposé diffamatoire. Celle-ci, selon ses dires, comme bien d’autres professeurs, tenaient des propos similaires à l’égard d’une direction presque … complice ! Il a assumé le qualificatif de « vipère » en lui donnant un peu plus d’épaisseur en expliquant qu’ : « une vipère a une langue bifide, comme une fourche, et symbolise le double langage. J’aurais pu dire un panier de crabes ». Il n’a pas tort !

Le professeur de philosophie a ensuite cité mon nom, comme témoin potentiel, dans cette affaire. Il a précisé ma qualité d’ancien membre de l’UOIF et ma possession d’autres éléments matériels prouvant l’ensemble des reproches qu’il a osé formuler, avec courage, à l’égard de la direction de cet établissement. En jugeant son propre plaidoyer, assez suffisant, pour prouver son innocence, il ne m’a pas appelé à la barre des témoins, pour apporter quelques éclairages nécessaires, que j’ai déjà rendu public sur le net, et aussi pour mettre entre la main de la Justice quelques éléments matériels, que j’avais préparés, à cette fin. Il a peut-être pris un risque, peut-être pas. L’absence de mon témoignage permet à l’UOIF d’espérer, mais pour combien de temps encore ?!  

Madame la Procureure de la République, qui, pour presque toutes les affaires traitées avant la pause, avait demandé des condamnations ou des relaxes selon la loi en vigueur, ou des jurisprudences passées, n’a préconisé, dans le cadre de cette affaire, ni la condamnation ni la relaxe du professeur de philosophie. Qu'est-ce que cela pourrait-il signifier, politiquement ? Elle a laissé l’appréciation du jugement à Madame la Juge. L'executif, dont dépend le parquet, semble vouloir laisser le judiciaire décider seul et sans influences ni dans un sens, ni dans l'autre. Le jugement sera rendu le 4 septembre 2015, quelques jours après la rentrée des classes.

Ainsi, l’UOIF a déjà perdu, à mon sens, au moins la bataille du calendrier. Il souhaitait un procès urgent, et dès le 3 avril, la Justice a décidé de traiter le fond du sujet le 29 mai. L’avocat de l’UOIF a exprimé aujourd’hui le souhait que la condamnation du professeur soit prononcée, au plus tard, avant la fin de l’année scolaire en cours, pour rendre heureux, disait-il, les élèves bacheliers, qui quitteraient l’établissement bientôt, la Justice a décidé de se donner toutes les vacances d’été pour examiner cette affaire. La question, reste entière, l’islamisme va-t-il triompher dès la rentrée prochaine ? Je fais totalement confiance à la Justice pour dire la loi.  

Au passage, la « Ligue Islamique du Nord », qui avait l’habitude, depuis neuf ans, d’organiser le « Rassemblement Annuel des Musulmans du Nord » (RAMN), qui était prévu cette année le 10 mai, a fini, discrètement, par annuler sa neuvième édition, quelques jours auparavant, en prétextant, entre autres, la non disponibilité des salles et les nombreux jours fériés du mois de mai : Comme si le nombre de jours fériés de mai 2015 était différent de ceux des huit dernières années !

Dans cette triste affaire, chacun a certes perdu déjà quelques choses. Je ne sais pas ce que ce professeur de philosophie a perdu. Je sais simplement que le débat autour de l’islamisme, de l’idéologie des « Frères Musulmans », de la stratégie Tamkine, de l’instrumentalisation de l’enseignement privé à des fins idéologiques, … ce débat nécessaire a gagné des éléments matériels pouvant l’orienter, dès à présent, dans une direction de salut républicain.

Quant à moi, j’ai perdu, malheureusement, toute ma chevelure hier après-midi (cf. la photo de mon crâne ci-dessus). J’avais pris l’habitude de me couper seul les cheveux, depuis plusieurs années. Je précise que je n’ai rien contre les coiffeurs. Mais ma tête ne mérite pas, pour autant, que l’on lui prête une attention particulière. Ma tondeuse presque neuve était bien chargée. Le sabot que j’utilise habituellement s’est cassé à mi-chemin. Je n’avais pas de tondeuse de secours. Je n’avais pas d’autres sabots. Le temps pressait. J’étais invité à assister à une conférence sous le thème : « L’islam … une religion laïque ? ». Mon téléphone sonna. La personne qui m’invita m’attendait dehors. Il fallait faire vite. J’ai décidé de tout couper à la racine.

Bizarrement, juste avant cet événement ordinaire, j’avais fait une courte sieste, après avoir publié le dernier article de la série « Hassan Al Banna et la Jeunesse ». Lors de ce petit moment de repos, j’ai vu en songe, mon père me donnait un bonnet. Je n’avais pas trop compris le sens de ce cours rêve, visiblement prémonitoire. Maintenant, je le sais. Merci ma tondeuse !

Heureusement, j’ai maintenant le même crâne qu’un pèlerin revenant de la Mecque, après un voyage salutaire au fond de sa spiritualité. Toutefois, ce qui me tracasse la tête, ce n’est pas l’absence de la kératine sur le cuir, supposé chevelu, de ma tête. Ce qui me tracasse la tête, vraiment, c’est comment couper pacifiquement, et à la racine, cet islamisme bifide, sans porter préjudice à l’islam, ma religion, celle de mon père et celle de mon grand-père ? Je continue de réfléchir, donc, à tête nue !

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