Balles tragiques à Charlie Hebdo

Cantique de Certitudes...

Je suis fasciné par ce mot : « certitude ».

Si c’était un fruit, ce serait une mangue. Pourquoi ? Je ne sais pas trop…

Les gens sûrs d’eux, les gens de foi, les gens de convictions me fascinent. Ils ont à mes yeux une puissance proche du mystique. Devant les « certains » je suis souvent tétanisé, un peu comme un fidèle devant un saint de sa paroisse. Il a vu quelque chose que lui ne verra jamais. Parce qu’il ne peut y accéder. Parce qu’il n’est pas de cette race-là.

Le « certain » naît toujours soit la nuit, soit  le jour.

Moi je n’ai pas eu cette chance-là : ce fut le  crépuscule…comprenez ma confusion. Cela m’empêche souvent de prendre position. D’avoir des certitudes. La foi. L’absolue Vérité. C’est inconfortable. Difficile à vivre. Je le concède. D’où ma fascination…

Une méchante fée pour se venger de la beauté de ma mère lui a jeté un sort :

« tu auras un fils crépu au crépuscule. » (c’est pour la rime… j’aime beaucoup mes cheveux…)

 Na ! Naître au crépuscule n’est pas facile. C’est l’heure où les sages-femmes commencent à défaire leurs chignons (pour celles qui ont des chignons, cela s’entend) espérant  retrouver celui ou celle avec qui elles seront plus femmes que sages…

Et là !

Nous arrivons, nous autres enfants de la lune… ceux dont les mères ont eu affaire aux fées malingres… les enfants de l’indécision… ceux qui comme moi seront toujours à se demander s’ils doivent sortir ou rester…parce que, vous l’aurez compris, l’ambiance dans la salle de délivrance n’est pas top. Maman qui crie très fort et pleure toutes les larmes de son corps et surtout cette dame qui fait une de ces têtes…

    « Puisque c’est comme ça je reste. »

    « Mais si tu restes tu ne pourras pas voir le beau visage de ta Maman… »

    « D’accord,  je sors…Mais… la dame qui n’a pas l’air très contente elle ne va pas me faire bobo?

     Je préfère rester…

     Maman ! Arrête de pousser !

     La dame, elle va… »

 Trop tard…et paf sur le popotin! Aïe, on respire…

Bon on finit par sortir…

On comprend aussi que le monde dans lequel nous arrivons est un peu… bizarre… la violence est notre première copine… Imaginez… A chaque fois que vous arrivez à une invitation on vous met une fessée sous prétexte de vous faire respirer… fatiguant.

Et voilà. Je ne me souviens plus du reste… Ce sont mes premiers souvenirs…

C’était hier.

Sortir ou rester telle est la question. Et mon pote Willy y dit « Etre ou ne pas être »….pfff. Crâneur le British !

Bref. Je suis né avec l’incertitude au corps chevillée …

Alors toute ma vie je cours après cette satanée de putain de certitude.

Aidez-moi à être certain.

Je veux être certain que Nabila et Thomas se remettront ensemble un jour…

Je veux être certain que tuer un être humain peut-être un acte « nécessaire »...

Je veux être certain qu’une religion puisse être meilleure qu’une autre…

Je veux être certain qu’une civilisation puisse être supérieure à une autre...

Je veux être certain qu’un dessin dans un journal est une arme…

Je veux être certain que Cabu, Charb et les autres méritaient cette mort…

… ( à complèter)

Je n’y arrive pas. J’abandonne.

En attendant  je regarde s’écouler ce fluide qu’on appelle la Vie… et je n’ai de cesse de m’interroger sur la raison du pourquoi ?

Tout cela n’aurait pas de sens si elle en avait…

 ou alors c’est cela son essence… un fleuve sans source ni embouchure qui s’écoule charriant autant des troncs d’arbres que des sacs plastiques, que des humains, que des limaces…

Nous nous accrochons tant bien que mal à quelques touffes d’herbes sur le rivage (l’amour, la liberté, la fraternité, l’empathie…) pour nous donner l’illusion de la contrôler…

Mais quelle prise avons-nous sur elle ? Rien… ou disons pas grand-chose.

Liquide nous sommes, liquide nous retournerons…

Pourquoi je digresse autant ?

Euh…c’est pour éviter de penser à mon ami Charlie que je rencontrais tous les mercredis avec un autre pote qui se fait appeler Le Canard Enchaîné… drôle de nom pour un copain n’est-ce pas ? Bon je ne vous demande les noms des vôtres…Ils sont cousins tous les deux… Ils partagent tous les deux le même sens de la dérision face au sérieux, à la lourdeur… à la certitude.

Ils sont toujours à s’battre contre les Grands, les méchants et pour les sans voix et les sans-grades : Les pauvres, les immigrés, les homosexuels … les opprimés.

A s’battre pour défendre des Chrétiens, des Juifs, des Musulmans, des Bouddhistes et autres quand leurs droits sont bafoués… Oui, pour ceux qui ne les connaissent pas bien relisez la phrase autant que vous pouvez… faîtes en un mantra.

Charlie Hebdo a toujours défendu ces groupes tant qu’ils ne sont pas en position de domination.

Mais Charlie tout comme son cousin le Canard aime rire… tout le temps de tout ce qui est lourd, de tout ce qui impose ou veut imposer sa loi. Voilà pourquoi tous les extrémistes ne les supportent pas.

Je ne me suis jamais abonné. Car j’aime les retrouver toutes les semaines à différents endroits, dans les troquets parisiens ou de banlieue… tous les trois on s’marre bien. Depuis plus de 20 ans...C’est mon truc…

Il y a quelques temps j’ai eu le bonheur de déjeuner avec un canardeau (Joël si tu m’lis, je t’embrasse très fort… je devine ton immense tristesse…courage !).

Je lui ai demandé s’il pouvait m’obtenir un déjeuner avec … Cabu. J’aurais pu demander Beyoncé mais chacun ses goûts, n’est-ce pas ?  Pourquoi ? Parce que j’aime ses dessins. Son humour. Et Joël avait les yeux qui pétillaient en évoquant la gentillesse de Cabu. Voilà. Et en plus j’aime beaucoup son fils musicien de génie trop tôt disparu… Mano Solo.

Un ami dont je n’avais plus de nouvelles depuis longtemps m’a appelé ce matin pour m’annoncer la nouvelle… presque pour me présenter ses condoléances… il s’souvenait de moi chaque fois qu’il passait devant un kiosque et qu’il voyait Charlie… il savait à quel point je l’aimais, mon copain Charlie ; ça m’a fait du bien…de retrouver mon copain. Mais la mort de Charlie !!!!

Hier c’était Cavanna le père de Charlie qui tirait sa révérence… Monsieur Allah Jéhovah Dieu, l’avait eu. Faut toujours s’attaquer au chef de la bande… Mais c’était à la loyale…

Aujourd’hui des fous se réclamant de lui ont assassiné Charlie… alors j’suis bouleversé. Ah, que c’est dur d’être aimé par des cons… dessina Cabu, un jour. Il avait raison ...

Pour la mémoire de Cabu, Charb, Wolinski, Tignous, Bernard Maris, du policier et toutes les personnes qui ont été massacrées …

J’arrête. je ne sais plus quoi écrire…

P’tain de jour.

P’tain de vie.

P’tain d’assassins. 

Mano Solo A Pas De Géant © François Maës

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