Plaidoyer pour un internet africain décomplexé

Sangaré Appel à la création d’un espace Internet Africain

Introduction

Imaginons une Afrique sans presse écrite, ni audio-visuelle propre.

Nos journaux étant inclus dans les journaux occidentaux comme de simples pages…exotiques. Nos programmes télé réunis dans une seule émission d’une télé occidentale…

Alors ? Cette vision prête à sourire aujourd’hui car tous les pays africains ont leurs journaux écrits, leurs radios ainsi que leur télévision.

Nul n’envisagerait de laisser ces libertés au profit d’autres pays.

Cependant pour l’Internet, qui quoiqu’on dise est un média, les dirigeants africains n’ont pas encore mis à leur programme l’appropriation de ce réseau.

Depuis la publication de cet article, l'affaire PRISM a éclaté: les pays occidentaux se livrent à de l'espionnage tout azimuts sur les communications orales et numériques. L'Afrique n'a aucun moyen pour se défendre. Certains pays ont même des serveurs hébergés dans des pays qui les espionnent :o)

Il est temps de mûrir dans ce domaine.

Article original : Plaidoyer pour un internet africain décomplexé

Où voulons en venir ?

Aucun pays africain à notre connaissance n’a décidé d’encourager ses ingénieurs ni ses universitaires à travailler à mettre en place un moteur de recherche et un réseau social qui sont les piliers de la croissance d’internet aujourd’hui.

On nous répondra qu’aucun pays occidental non plus et que ce sont des entreprises privées qui à ce jour ont pignon sur rue.

Baidu.com, renren.com et weibo.com sont des noms inconnus pour la part des Africains et cependant ce sont les équivalents chinois de respectivement Google, Facebook et Twitter.

Ces entreprises sont cotées en bourse.

Elles concurrencent allègrement les américaines dans l’espace chinois. Adoubés par l’état, les entreprises propriétaires  sont issues de travaux universitaires.

Mais avant essayons de faire un état des lieux de l’Internet en Afrique.

Afrique, Internet état des lieux 2012

Taux de pénétration

Pour mieux appréhender l’impact de l’internet en Afrique, il faut se centrer en premier sur le nombre de personnes qui l’utilisent. Quel est le pourcentage d’internautes en Afrique en fonction de la population ? 

  1. Il apparaît tout d’abord que l’Afrique ne représente que 5.7% des utilisateurs dans le monde. 1 internaute sur 20 est africain, alors que la population mondiale est composée d’1 Africain pour sept personnes.

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Quels sont les pays en Afrique qui utilisent le plus Internet ? Tout d’abord, voici le classement des 10 pays où il y a le plus d’internautes en Afrique, en chiffres absolus.

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Cependant, lorsque l’on rapporte le nombre d’utilisateur à la population, voici les grands gagnants :

Maroc:41.3 %

Seychelle :38.0 %

Tunisie:33.9 %

Cap Vert: 29.1 %

Nigéria:28.3 %

Egypt:24.5 %

 Le Sénégal qui est l’un des pays pionniers du Net en Afrique (articles à venir…) a un faible taux de pénétration de 7,3%. Pour information, en Europe, le taux de pénétration du Net est de 70% en France et de 46% en Grèce.

Pour se connecter à l’internet, il faut un PC mais aussi des offres d’accès à Internet dignes de ce nom, ce qui faut souvent défaut en Afrique. De ce côté, voici des bonnes nouvelles. Le schéma ci-dessous permet de visualiser les capacités réseaux actuelles des pays du continent, mais aussi les offres à venir.

Coût d’accès

 Et combien ça coûte ?

Le tarif d’une connexion ADSL illimitée à Internet en 128 kbit/s au Togo, reste, à 45000 CFA par mois, de l’ordre de 70€ par mois… Plus d’un mois de salaire d’un employé togolais. Et l’on pourrait évoquer l’accès pro illimité 2 Mega, proposé à 960000 F CFA hors-taxes, soit 1500€ par mois, avec, tout de même, des garanties apportées sur le niveau de débit ! (source http://www.ariase.com/fr/news/afrique-internet-wacs-article-2549.html)

 

Tant que les offres seront aussi onéreuses, le pourcentage de pénétration de l’Internet ne décollera pas en Afrique. Mais pourquoi faudrait-il que les africains s’y mettent ? Une étude de la Banque Mondiale a démontré que chaque tranche de 10% de connexion à haut débit d’un pays se traduisait par une augmentation de 1,21% du PNB dans les pays développés et de 1,38% dans les pays en développement. (source : http://www.ariase.com/fr/news/afrique-internet-wacs-article-2549.html).

Données de la CEDEAO

INTERNET USAGE STATISTICS FOR AFRICA(CEDEAO)

 

 

Pourquoi les Africains ne feraient pas la même chose ?

Dans quel intérêt  me direz-vous ?

D’abord ce ne sera pas au nom d’un idéal panafricaniste (aujourd’hui galvaudée…on en reparlera un jour…) mais par pragmatisme économique.  Toutes ces entreprises prospèrent (en partie) sur un modèle économique basé sur le nombre. Elles n’offrent rien de plus qu’un espace où se retrouvent les internautes et qu’elles monétisent en y insérant de la publicité. Quand on voit l’engouement des populations africaines (en tout cas celles qui ont la chance d’accéder à l’Internet) on se dit que si des politiques suffisamment volontaristes étaient menées, elles pourraient les amener à utiliser un espace 100% africain.

Les moteurs de recherche traitent mal les sites africains

Les moteurs de recherche actuels ne permettent pas l’émergence des sites du continent. Leurs algorithmes sont trop complexes, te nombre de sites africains malgré la qualité de leurs articles restent dans l’ombre. Les grands sites (occidentaux) payent des professionnels en référencement pour apparaître dans les premières pages des résultats.

Les nôtres sont à la traîne. Un jeune africain qui crée un blog est condamné quel que soit la qualité de son travail à rester invisible.

Les journaux africains qui pour la plupart n’ont toujours pas pris la mesure de l’importance de ce « support » qu’est Internet, ont des sites tellement mal faits esthétiquement et surtout techniquement sont à la traîne : obligés pour être visibles un tant soit peu de donner gratuitement leurs productions à des portails opportunistes qui n’existent que par leur naïveté.

Ces portails sont eux référencés à peu près  mais ce ne sont que des agrégateurs d’informations sans plus-values intellectuelles. Les moteurs de recherche Google, Yahoo… les ayant repérés ils sont devenus les premières sources d’informations du continent au détriment des véritables « producteurs ».

Les travaux universitaires, les sites de commerce, les sites étatiques tous vivotent dans un espace mal compris et qui est fait pour les laisser ad vitam aeternam dans une zone de relégation.

L’intelligentsia africaine est condamnée à aller s’exprimer dans des réseaux sociaux (Facebook en l’occurrence) où leurs écrits restent confinés à quelques afficionados, invisibles dans les moteurs de recherche. Ou alors elle se tourne vers des sites « opportunistes » occidentaux qui ayant compris l’importance de leur apport et aussi la vacuité des moyens mis à leur disposition ont créé des sous-domaines  pour les héberger (ex : afrique.journal.com). Quand bien même elle créerait des blogs, ceux-ci seraient noyés dans la masse…

Nous n’avons pas de beaucoup de chance à cette allure d’avoir de véritables leaders d’opinion.

Google, Microsoft et d’autres  ayant compris l’importance du marché africain construisent des sortes de « comptoirs coloniaux » dans les pays à fort potentiel (Kenya, Côte d’ivoire etc…) phagocytant au passage les ingénieurs et autres acteurs des NTIC locaux.

Nous affirmons qu’il est possible en utilisant des technologies « Open source » de mettre en place un moteur de recherche qui donnera la priorité aux productions africaines : sites étatiques, universitaires, de presse écrite, de vente en ligne…

Comprenons-nous bien nous ne sommes pas dans une démarche d’activisme tiers-mondiste, où nous prônons une sorte de « guerre » contre  l’Occident. Ce combat est naïf et a une issue prévisible.

Nous voulons que l’Afrique s’affirme sur la scène Internet à travers ses productions intellectuelles et touche aussi une part des revenus liés à ce média.

Pour résumer, nous dirons que notre première proposition consiste à décider la création d’un Moteur de Recherche et d’un Annuaire Internet référençant en priorité les sites du continent.

Pour un Facebook et Twitter Africains

Les réseaux sociaux suscitent un tel engouement auprès des internautes africains qu’ils font partie de la stratégie que nous imaginons pour permettre aux communautés africaines de créer LEUR espace Internet.

Avant les grands réseaux sociaux que nous connaissons Facebook notamment, existaient les forums (qui n’ont pas disparu malgré tout). L’idée à la base est de permettre lorsque vous êtes sur un site Internet de donner votre avis sur thème abordé par le site. Pour éviter de surcharger les sites, certains ont eu l’idée de les séparer dans une partie indépendante.

Les utilisateurs peuvent alors s’inscrire et discuter. On a commencé alors à parler de communautés qui se réunissent dans un espace interactif par intérêt commun pour partager leurs idées.

Comme nous le disions le principe est très simple à la base. Facebook à la base est un forum.

Mais un forum n’a d’importance que si le nombre d’utilisateurs est important. La popularité est gage de valeur : les encarts publicitaires se négocient plus chèrement.

A l’observation des différents groupes, on se rend bien compte que les échanges ont lieu entre personnes de culture partagée… C’est vrai qu’il y a la possibilité pour un planteur de Dimbokro (Côte d’Ivoire) d’être en relation avec un pompier de l’Ohio (USA) … C’est joli comme une pub Facebook, n’est-ce pas ?

Mais la réalité est que les gens se connectent par origine géographique et culturelle…  Cependant Facebook, Myspace ou autre en tire des bénéfices…

Combien pour les Africains ?

Et là encore existe des solutions en « open source » qui moyennant une adaptation de nos ingénieurs/techniciens/universitaires locaux permettraient de créer un vrai Réseau Social Africain.

L’adhésion des internautes ne sera pas difficile… Même s’ils ont leurs habitudes sur les réseaux existants, un bon projet tel que nous le décrivons pourrait assez rapidement les amener à adopter ce qui leur sera proposé.

Une condition primordiale est la garantie de la confidentialité et la non divulgation des données personnelles : à inscrire d’entrée dans les termes et conditions de ce site…

Les revenus générés par la publicité serait équi-distribués aux écoles/universités/chercheurs des pays participants.

Le cas du micro-blogging  (Twitter) est le même : nous pouvons et … devons proposer notre plateforme africaine de messagerie.

Pourquoi la CEDEAO ?

Nous sommes issus d’un pays membre et même si nous militons pour un Internet Africain, le prendre dans sa globalité serait une tâche lourde dont nous doutons du succès immédiat.

La CEDEAO : Communauté (ça tombe bien…) Economique (C’est un aspect de notre proposition) des Etats de l’Afrique de l’Ouest. Aujourd’hui sous la présidence Ivoirienne. Un pays attirant un certain nombre d’acteurs majeurs qui voient en lui une plateforme centrale de développement de leurs activités. A raison. Et c’est pour cette raison qu’il pourrait être celui par qui arrivera ce projet.

La CEDEAO étant un espace plus restreint, « culturellement homogène » nous estimons dans un premier temps que si nos propositions rencontrent une adhésion, la Preuve du Concept sera établie et le modèle pourra être répété ou étendu à d’autres.

Ce projet viable présente l’avantage de faire travailler autour d’un thème commun, des équipes universitaires, d’ingénierie des pays de la communauté.

Ebauche :  Pharafina.com



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