CPI février 2013: Dans la tête de Laurent Gbagbo....(reloaded)

Discours de M.Laurent Gbagbo à la CPI 28 Février 2013 © verite reconciliation

Le 13 juin 2014, la décision de juger Laurent Gbagbo sera connue. Pile il est jugé face il ne l'est pas... 

Gbagbo innocent? L'histoire nous le dira... Je ne veux plus me poser la question... Une seule question est importante pour moi: se sent-il responsable de quelque chose? On peut gloser à l'infini sur la Françafrique, sur le pantin du colonialisme... Mais est-ce que Gbagbo et les dirigeants de son parti se sentent responsables de ne serait-ce qu'une partie de ce qui est arrivé?

Ouattara dictateur sanguinaire... hum, pourquoi pas?

Alors pourquoi Gbagbo et  tous les membres de son pouvoir sauf (D. Tagro) sont encore en vie? Pourquoi ne les a t'ont pas éliminés?

Si on m'apporte une réponse...

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J'ai suivi avec attention le discours de M. Laurent Gbagbo à la CPI en Février 2013: c'était la première fois depuis sa chute qu'il s'exprimait en public. Ce moment était attendu de tous. Et moi j'espérais de sa part un discours de compassion à l'égard des victimes, un message de paix et de réconciliation pour son peuple. Mais au lieu de cela il nous a offert un cours d'histoire...

Ce qui suit n'est pas un réquisitoire contre Gbagbo. Mais une réflexion sur le sens de la responsabilité des dirigeants politiques.

Ils passent leur vie à tenter de séduire leurs peuples. Ils se présentent à eux comme des sauveurs, des personnes ayant transcendé leur appétit personnel pour comme le Christ Chrétien porter leur peine et leur apporter de l'espoir.

Mais lorsqu'un jour d'inventaire se lève sur l'hémisphère plébien, apparaît chez eux le crépuscule de la déresponsabilisation.

Ils ne sont "ni coupables, ni responsables".

L'article 125 dont il est question fut une ignominie, une déshumanisation de certains individus qui se réclamaient de lui et qui consista avec un bidon d'essence acheté 100 FCFA et une boîte d'alumette coûtant 25 FCFA à faire brûler vivantes de pauvres personnes, un pneu ceint autour de leur taille.

Je suis persuadé qu'à aucun moment Laurent Gbagbo n'a donné de directives à qui que ce soit de se livrer à telles horreurs. C'est une intime conviction que je n'ai pas de moyens de prouver. Mais...

  • Mais s'il en est question dans le billet ci-dessous, c'est que je n'ai trouvé nulle trace d'une condamnation de sa part. J'en espérais une référence dans ce discours : elle n'est pas venue.
  • Les jeunes filles tuées à Abobo auraient pu avoir droit à une citation: elle n'est pas venue.
  • Des jeunes gens par dizaines voire centaines ont tenté de protéger son pouvoir;certains furent tués; aucune référence.

A la fin de ce discours dont certains passages ont été repris dans le billet, j'ai tenté de comprendre comment cela a été possible...

Le visionnage de la vidéo permet de comprendre certains passages...

.....

Laurent Gbagbo, l’article 125, les femmes d’Abobo et la CPI

Acte 1

Les avocats sont là pour la défense .

Pour MA défense. Ils sont payés pour cela. Ils cherchent tout ce qu’il faut pour m’innocenter.Ils débattent.

Je les observe. Vont-ils y arriver?

« Je compte sur vous », cette phrase me trotte dans la tête.
A quel moment la sortir? Je réfléchis.

Je sais beaucoup de choses mais je ne leur ai pas tout dit. A quoi bon?

Ceci un spectacle. Mon spectacle, mon film.

Du politique à l’acteur il y a juste un rideau.
Le destin l’a tiré pour moi. Je vais bientôt entrer dans la lumière.
J’ai la gorge qui s’assèche, mes mains qui deviennent moites, étonnant pour moi qui ai fait tant de discours…
N’est ce pas?

De tous les choix que la vie nous propose certains sont plus importants que d’autres.
J’ai souvent eu le choix dans ma vie.
Mais c’est décidé avant que le « réalisateur » ne crie « Moteur », je vais choisir.
Etre dans le film ou faire le film?
Le scenario n’est pas complètement écrit.

J’ai le premier rôle et c’est moi qui écris mon dialogue.
J’entends une voix…

-Laurent! Tu es prêt?

-Oui, Madame Le/La Procureur(e)! (Ils sont marrants les Blancs avec leurs règles grammaticales qui changent tout le temps.Cette réplique, il faut que je la place dans le scenario).
-Moteur!
-Moteur demandé… ça tourne…
-Action!

Ma vie défile défile devant mes yeux comme quelqu’un qui va bientôt mourir.
Je revois tout. De mon enfance à Mama à ce jour.

Mais je sens une odeur… Je ferme puis rouvre les yeux…je cherche autour de moi.
Les personnes présentes n’ont pas l’air de la sentir et pourtant moi je la sens.
J’ai du mal à me lever…La nausée me saisit.
Je tente de ne pas succomber.
J’ai un rôle moi! Je suis celui que Madame Histoire attend.
Je relis mon discours…

Putain! Mais c’est quoi cette odeur?
J’entends craquer une allumette. De l’essence qui brûle. Un pneu.
Des cris… Un regard.
Mais c’est Diallo le vendeur de cigarettes du carrefour Siporex!

Des innocents brulés vifs à Yopougon sous les yeux de ...

Qu’est ce qui se passe? Ils le brûlent?
Pourquoi? En mon nom? Pour que je reste Président?
Pour que je reste Président.
PRE-SI-DENT
ACh! Ces trois maléfiques syllabes. A les entendre nous autres politiques entrons immédiatemment dans un état hypnotique.
Le pouvoir, les honneurs, l’argent et le sexe tout est concentré dans ce mot.

En plus de l’odeur du pneu je sens celle de sa chair qui se consume.
Une odeur terrifiante de « soukouya »…

Qu’est ce qu’elles font, ces femmes-là avec des condiments? Elles sont devenues folles?

Mais pourquoi personne dans cette salle ne réagit?
Ah! J’ai failli oublier, ils m’attendent… Moi!

Je dois leur parler du jeune Diallo.
Leur dire combien de fois de fois je suis triste, pour lui.
Pour sa famille, sa petite fille Aminata aujourd’hui orpheline et qui depuis deux ans pleure toutes les nuits parce qu’elle veut voir son papa.
Combien de Diallo ont subi l’article 125?

Ma vue s’est obscurcie des fumées de cette horreur. Les odeurs… cette nausée subite…
Cette souffrance et ces cris de suppliciés. Des cheveux brûlés, la température qui monte sous la boîte crânienne…
Le cerveau qui durcit… les neurones qui explosent.
Que cela arrive à un seul homme, c’est toute l’Humanité qui devrait éprouver de la compassion.
Tout cela en mon nom?

Non…Ce n’est pas possible.
Au diable la CPI, ses juges sa présidente.
Au diable mes avocats!

Au diable mes supporters!

Je m’adresserai à Aminata. Je lui dirai combien je souffre de ce qui est arrivé son papa…

Acte 2

Il faut que je me ressaisisse, j’ai rendez-vous avec l’Histoire:cette femme fatale, cruelle, mythomane et frivole.
Elle séduit ses amants telle une mante religieuse pour ensuite les tuer.
Mon tour est arrivé.Mais je ne me laisserai pas faire. J’ai une arme fatale pour me défendre: le silence sur les faits.

Je ne dirai rien. Je n’ai été ni coupable ni responsable.Voilà!
Moi Président, ,je n’ai fait qu’une chose: signer un décret!
Un seul décret…en dix ans! Pourquoi me demander des comptes?
Mam Histoire me regarde, je lui souris comme on sourit à une maîtresse qu’on veut punir.

Elle veut me parler d’Abobo? De Yopougon? Des enlèvements nocturnes, des casseroles frappées dans la nuit,des bombardements?
Tous ces endroits insolites où elle et moi avions eu nos rendez-vous secrets!
Chut et chut!
On ne dérange l’acteur dans sa loge!

Le rideau est tiré.
Ces juges, ces avocats s’attendent que je m’adresse à eux?
Ils n’ont pas compris. Ils n’ont rien compris. Je vais leur parler d’Histoire…
Les victimes, le peuple Ivoirien… le monde entier sont accrochés à mes pieds: ils espèrent que je parle de tout cela?
Mais je n’ai rien à y voir!

Ai-je demandé qu’on brûle des Humains pour moi?

Les coupables ce sont des « jeunes » patriotes qui n’ont pas su "s’envoyer"…
J’approche du pupitre. Le compte à rebours à commencé…

- Laurent, tu es prêt?
- Oui, Madame…
- Moteur!
-Moteur demandé… ça tourne

Qu’est ce c’est? J’entends un bruit sourd. Un bruit de canon, une fois de plus je suis le seul à sursauter!
Mais c’est un char!

Six femmes tuees par les forces de l'ordre fièles à Laurent ...



Il fait trop chaud dans cette salle…
C’est curieux, pendant tout le procès j’ai l’impression d’être en Côte d’Ivoire et parfois d’en être tellement éloigné…
Cette réplique est bonne, je la garde: je la sortirai au bon moment.

Il fait chaud comme à Abidjan, au mois de mars 2011. Je transpire, la chaleur devient suffoccante.
J’entends des cris de femmes qui courent à perdre haleine.
Le frêle bitume qui sert de route est rouge du sang de jeunes femmes.
Couchées par terre.Malgré la moite chaleur j’avance vers elles.

Il y a Koné Mariam, Bamba Nachamy,COULIBALY FATOUMATA,SYLLA MALO,Touré Adjara et Ouatarra Gnon Rokia.

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Des corps de jeunes femmes, déchiquetées, broyées, sans vie.
Mais je n’ai jamais demandé cela! C’est certainement la conséquence de l’article 61 à l’origine du seul décret que j’ai signé!

Acte 3

Il faut que je parle d’elles, que je m’adresse à leurs maris, leurs familles et surtout leurs enfants.
Je me fous d’être condamné! Qu’importe mon sort, car en tant que Président je n’ai pas su les protéger…
Une parole parfois suffit à cicatriser un coeur déchiré par la douleur.
Pourquoi il y a tant de mouches dans la salle? Cette odeur de sang…
J’ai cette fois envie de vomir.

Pas devant ma maîtresse Madame Histoire…Il faut que je me retienne.
Cela ferait mauvais genre!
Et puis un grand homme ça contrôle ses émotions!

Et puis à quoi bon parler de ces … petites choses? Cela soulagerait t’il quelqu’un? Peut-être…

Je ne m’adresserai ni aux hommes ni aux femmes mais à mon "amoureuse": cette catin de Mam' Histoire qui me nargue.
Et tant pis si certains espéraient que je compatisse, je leur répondrai vous savez:

Je n’ai été que PRE-SI-DENT.Je n’ai fais qu’envoyer des gens qui n’ont malheureusement n’ont pas su s’envoyer…Qu’y pouvais-je?

Alors ce discours que tout le monde attend il sera pour Moi.

Pour ma défense…
Je prouverai à Mam Histoire que:

Je suis Ggagbo ou Bag-bo comme le prononcent les Blancs.
Je suis celui-qui-toute-sa-vie-s’est-battu-pour-la-démocratie.
Je suis la pirogue qui fend le fleuve
Je suis le pilon qui frappe le mortier
Je suis celui a fait l’amour à la mère de la vérité
Je suis Chaka Zulu
Je suis Soundiata, Lumumba
Je suis …
La nausée a disparu, je prends la parole…

Madame La Présidente, Mesdames Messieurs Les Juges…

 Le visionnage de la vidéo permet de comprendre certains passages...

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A la mémoire de Cheick Oumar Sangaré... tué par des miliciens se réclamant pro-gbagbo... 

A la mémoire de toutes de toutes les victimes de l'article 125, des jeunes gens (cyniquement manipulés...) tués lors des manifestations de la RTI, des disparus d'Abobo, de Treichville...

A la mémoire des septs jeunes femmes tuées par un char...un midi à Abobo...

A la mémoire de toutes les victimes de Nahibly, Bouaké, Man....


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