mohamed.bensaada (avatar)

mohamed.bensaada

Militant Quartiers Populaires, Insoumis, Manip Radio

Abonné·e de Mediapart

9 Billets

0 Édition

Billet de blog 1 juillet 2023

mohamed.bensaada (avatar)

mohamed.bensaada

Militant Quartiers Populaires, Insoumis, Manip Radio

Abonné·e de Mediapart

Au 5ème jour…

L’heure des analyses définitives n’est pas encore venue. J’écris ce texte court au matin d’une 4ème nuit de révolte. Jeudi on m’interrogeais sur le calme de la cité phocéenne et cette étrange distance entre cette ville, ses quartiers populaires, et une histoire politique des autres « banlieues » de France. J’avoue n’avoir ni ce jour là ni aujourd’hui une réponse absolue à ce questionnement.

mohamed.bensaada (avatar)

mohamed.bensaada

Militant Quartiers Populaires, Insoumis, Manip Radio

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Quoi qu’il en soit la nuit du 30 juin au 1er juillet 2023 marque un tournant pour ceux qui s’intéressent de près ou de loin aux dynamiques socio-politiques des quartiers populaires marseillais. Je crois qu’il faut d’abord revenir à l’étincelle, à la lente mais inexorable ignition de ces nuits d’insurrections. La mort de Naël est l’élément déclencheur qui, de près ou de loin, relie l’ensemble des mobilisations quel que soient leurs formes d’expressions. Si besoin je réitère la formule d’usage qui consiste à dire que je suis un militant politique pacifiste et qu’en l’occurrence et en adéquation avec les principes qui structurent mon engagement, je refuse la violence. Mais pour ne pas me compromettre dans une forme d’unanimisme bêlant (de moins en moins unanime d’ailleurs), je dirais que je suis contre toutes les formes de violences. En ce sens je ne trie pas entre les protagonistes de cette violence et s’il faut appeler au calme, c’est en commençant par appeler au calme les forces de police. En substance j’appelle d’abord à la justice ! Parce que sans celle-ci les conditions de la tranquillité publique ne peuvent être réunies.Appeler au calme et à la raison ? très bien, commençons par le commencement. J’entends l’argument qui dit que la police dans son immense majorité n’est ni violente ni raciste. Je m’autorise donc à retourner le stigmate perpétuel des quartiers populaires qui à trait à leur absence visible (?) lors des grandes mobilisations œcuméniques qui émaillent l’histoire très contemporaine de la France. Et je pose cette question, dans un souci de calme et d’apaisement, pourquoi les syndicats des forces de police n’ont elles pas immédiatement condamné l’exécution révoltante de ce jeune homme ? Pourquoi n’ont-elles pas exprimé leur compassion à l’égard de sa famille ? Pourquoi n’ont-elles pas envoyé une délégation représentative ou au moins l’expression de leurs regret profond ?Non, en lieu et place de ces déclarations d’humanité, les syndicats Alliance et Unsa Police ont publié un communiqué au vitriol duquel, la sédition (« nous sommes en guerre ») et le racisme (« nuisibles ») exhalent leurs relents méphitiques.Je ne ferais pas dans l’euphémisme convenu et je dirais qu’il y’a plus qu’un problème de racisme dans la police française. Et ce problème n’est pas nouveau, en 1993 Jean-Claude Bernheim et Giovana Borgese établissaient un rapport édifiant sur le racisme au sein de la police en France. Depuis les choses ne font que se dégrader…Il y’a donc un problème entre la police et une partie de la population qui vit en France.Et les violences policières qui n’ont émergés, comme objet politique, qu’a partir des Gilets Jaunes, sont quasiment un outil de régulation et de contrôle des populations, pardon de certaines populations. De Lamine dieng, Ali Ziri, Hakim Ajimi, Malik Oussekine, Adama traoré et tant d’autres, on comprend que ce traitement particulier est réservé aux noirs, aux arabes, aux pauvres…A cela se rajoute la somme de toutes les colères à laquelle répond la somme de toutes les peurs. Les pillages tournent en boucle dans les médias et apportent un socle de documentation argumentaire à la droite extrême, à l’extrême droite et au gouvernement. L’idée sous-jacente est perverse, parce qu’il s’agit ni plus ni moins que de décontextualiser ou pire de désincarner ces évennements en les isolant de leur contexte socio-historique. En gros il faut flatter la morale « petit bourgeois » en corrélant ceux-ci à une sorte de barbarie atavique. On rejoint là les logiques néo racistes qui parlent de grand remplacement, de submersion immigrée et de choc des civilisations. Si la ficelle est grosse, le fait de la marteler peut la rendre efficace. En cela la Gauche a une énorme responsabilité dans les jours à venir : ce que la gauche soutient ce ne sont pas les « émeutes et les émeutiers » mais les revendications politiques de ces révoltes ! Le besoin de justice immanente (comme principe fondamental bien sûr !), l’EGALITE des droits !!! Et la gauche tient malgré l’adversité ambiante, pour ne pas reproduire l’abandon ou l’acte manqué de 2005. Pour revenir aux images de pillages qui peuvent choquer. Je crois qu’elles sont l’expression éruptive des violences que subit le peuple depuis le 1er mandat de notre président. La violence Macronienne écrase tout sur son passage depuis les Gilets jaunes, le Covid, la réforme des retraites et les coups de 49.3 bien plus dévastateurs qu’on ne le croit sur la psyché et l’inconscient collectif. Et pour celles et ceux qui veulent aller plus loin que les débilités proférés par des chroniqueurs spécialistes en tout (les mêmes qui font ces analyses ne vont pas tarder à commenter le tour de France…) je leur dirais de se pencher sur l’histoire et la dynamique des révoltes. Rares sont les exemples où les insurrections se passent sans vandalisme opportuniste et périphérique.Il ne faut donc pas perdre de vue l’essentiel : il n’y aura de solution à cette crise que si celle-ci est politique et qu’elle tient compte de façon holistique de l’ensemble des problèmes à résoudre. Il semble que tout ce que le pouvoir a retenu de 2005 c’est la militarisation des forces de police et l’aménagement militaire de notre urbanisme qui permet aujourd’hui aux blindés de débouler dans nos rues et aux hélicoptères d’envahir le ciel de nos cités…

Gandhi disait : « être en retard est une forme de violence… ». Le gouvernement devrait méditer cette sentence, lui qui peine tant à comprendre les aspirations du peuple et qui pense que la démocratie électorale est légitime sans démocratie sociale !

Mohamed bensaada

Membre de la France Insoumise

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.