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Jeudi 21 novembre 2024, un jeune commercial se faisait abattre par un septuagénaire à Chavelot dans les Vosges. Il se trouve que cet homme de 34 ans était d’origine maghrébine. Relation de cause à effet ? Pour moi elle est évidente, mais pour les médias mainstream la présomption d’innocence et d’absence de circonstances aggravante, en l’occurrence le motif raciste est immédiatement invoqué pour jeter un voile pudique sur une hypocrisie plus que convenue. Quelques lignes dans les journaux locaux, pratiquement aucun commentaire sur les plateaux des Toutologues et quasiment aucune réaction politique pour soutenir la famille de la victime foudroyée par cette vague de haine raciste qui explose à nouveau dans notre pays. Le racisme tue ! Le racisme blesse, il broie les individus, anéanti les espoirs de « vivre ensemble » ou de vivre tout court. Le racisme est un poison qui s’immisce dans la bouche des éditocrates qui ne sont même pas conscients que chaque « dérapages » qu’ils commettent sont autant de permis de discriminer, d’humilier, d’ostraciser et parfois même de tuer qu’ils donnent à celles et ceux qui pris dans le piège politique de la « schadenfreude » *pensent que l’on ne peut améliorer sa vie qu’au détriment des autres… Je connais un jeune homme dont la candeur et la joie de vivre toute simple ne cesse d’étonner le grison que je deviens jour après jour. J’ai aussi été ce jeune homme…il y’a une éternité. Ryad** se promenait sur la Canebière, pas plus tard qu’hier, en compagnie de ses copains et de ses copines. Ryad est étudiant, studieux, ponctuel, travailleur. Ryad travaille pour financer ses études. Ryad ne fume pas, ne boit pas et n’a comme légère addiction, qu’une participation assidue à des séances de jeux de plateau en ligne. Dans son petit monde de licorne et de bisounours, Ryad n’est même pas militant ou intéressé par la politique nationale ou internationale. Lui et ses amis ne comprennent pas les rapports de domination, les traitements différenciés, le poids des stigmates et cette lutte permanente, désespérée et presque absurde (tant elle devrait faire partie du passé) pour l’égalité des droits et la dignité. Ryad et ses amiEs devaient même se sentir protégés, parce qu’entre elles et eux ils/elles interagissent en humains sans distinction aucune ! Ils/elles vivent dans cette utopie joyeuse, ce pays de cocagne où le racisme (tous les racismes) n’existe pas, où il n’y a pas de sexisme ou de mépris de classe. Lorsque j’observe ce petit groupe, souvent mes épaules s’affaissent et mes luttes me semblent soudainement si lourdes à porter. Ils reconfigurent, sans le savoir, un paradigme social basé sur l’amour et l’amitié. Loin de la compétition, de la prédation, des discriminations et de tout ce qui nous empêche de vivre heureux. Sans en avoir conscience ils/elles travaillent, dans leur petit monde, à l’élaboration du bonheur. Ce projet tellement révolutionnaire et tellement oublié par notre monde de fous. Ryad se promenait donc sur la Canebière avec ses amiEs, du groupe émanait de la joie de vivre et des rires bruyants. C’est évidemment insupportable que des jeunes gens de 18 ans expriment cette envie d’être ensemble, d’avoir 18 ans, de respirer et d’être en bonne santé…Heureusement un agent des forces de l’ordre formé à la lutte contre toutes les formes d’obscénités sur la voie publique, et notamment les rires, est promptement intervenu ! Le représentant zélé de l’état a ensuite procédé a un contrôle d’identité « aléatoire ». Le côté aléatoire étant très relatif puisque selon l’étude du défenseur des droits un un noir ou un arabe a 20 fois plus de « chance » de se faire contrôler que les autres…Contrôle avec palpation s’il vous plait, parce qu’il faut bien faire les choses. Malaxage du scrotum et passage sur le sillon inter fessier pour bien humilier celui qui quelques minutes auparavant avait l’outrecuidance de rire à gorge déployée en plein jour dans une avenue bondée ! Pour l’avoir vécu je sais les questions que Ryad s’est posé, se pose et se posera désormais le reste de son existence. La remise en question de soi-même, cette part de rage qu’il doit contenir pour ne pas hurler, pleurer ou devenir violent…Ce contrôle discriminatoire est pour lui comme pour des milliers d’autres une injection de poison en bolus intraveineux ! Cette réalité brûle, altère, déprime. Elle réveille une sensibilité profondément enfouie, elle souille une innocence et modifie la perception des autres et des événements…Elle est irréversible ! Je le disais plus haut le racisme tue, blesse, humilie. Il n’est pas qu’un concept politique, une donnée sociologique ou un ressort médiatique. Le racisme est une palette de violence inouïe qui va de la micro agression du quotidien à l’assassinat raciste, de la vexation maladroite à l’ostracisation orchestrée, de la blague malveillante à la ratonnade… Le racisme est omniprésent au quotidien dans la vie de centaines de milliers de nos concitoyens, de nos voisins, de nos amis, de nos familles. Les chaînes d’intox continue en sont devenues le véhicule obsessionnel. Sous couvert d’anti « wokisme » (fourre tout flou et sans définition précise), les pires relents négrophobes, homophobes, islamophobes, sexistes, romophobes peuvent être débités en toute tranquillité par des gens malheureux par vocation, sans empathie, élitistes et profondément racistes (aussi profondément que ce qu’ils s’en défendent) ! Dans ce contexte étrange de la France après 7 ans de Macron qui prépare assidument la venue de Le Pen ou Bardella, je crois qu’il est temps pour les gens de bonne volonté de se réunir autour d’une vraie lutte antiraciste comme socle de toutes les convergences à gauche. Un antiracisme qui ne baisse pas les yeux, qui ne s’excuse pas à chaque tentative d’intimidation. Rappeler, toujours rappeler que cette lutte n’est pas une vue de l’esprit et qu’elle plonge ses racines dans le sang des arabes et des noirs assassinés, d’Ibrahim Ali à Rachid Bouarram, de Lamine Dieng à Hakim Ajimi…Ces fondations baignent aussi dans les larmes de l’humiliation de cette maman chassée d’un conseil régional par une ordure patentée ! Elle repose aussi et surtout sur cet Himalaya de discriminations quotidiennes et sur ces débats pleins de raisonnements spécieux qui font perdre un temps et une énergie infini. Tout ne se vaut pas, et entre la mort de ce jeune commercial dans les Vosges et la rencontre de Ryad avec le racisme quotidien il y’a une graduation dans la gravité. Mais il y’a aussi un lien, un continuum idéologique qui relie les deux, et c’est ce lien qu’il faut déconstruire, réduire et détruire ! J’ai commencé ce billet en parlant des ratonnades de 73 et de la marche de 83 et je finirais en bouclant la boucle et en disant que pour lutter contre le racisme et la montée du RN il va falloir peut-être écouter un peu plus celles et ceux qui en sont les cibles et qui en souffre y compris dans leurs chairs. L’approche sociologique basée sur les statistiques et le cartésianisme ne peut à elle seule appréhender cette problématique. Le racisme est aussi fait de matière organique, de sang, de larmes, de rêves enterrés et de désespoir ! Des femmes et des hommes savent en parler, peuvent en parler. Le 29 Novembre prochain le Collectif « Mémoires en Marche » de Marseille organise l’inauguration de l’Avenue de LA MARCHE POUR L’EGALITE ET CONTRE LE RACISME, à 14 H au 59 avenue Alexandre Ansaldi 13014 Marseille.
plus de 40 ans de luttes, celles qui font la une et ces millions d'autres batailles livrées dans l'anonymat des paliers, des vestiaires, au sein des entreprises, sur les terrains de sport...Hommage à ce collectif et à toutes celles et ceux qui sont conscient que l'antiracisme ne peut être que de combat et politique!
Le racisme n’est pas mort, il tue encore !
Mohamed Bensaada
*L'expression allemande "schadenfreude" définit la joie que l'on ressent face au malheur d'autrui.
** le prénom a été changé