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Billet de blog 24 novembre 2023

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Lettre ouverte aux « Madames »

Dans le cadre du 25 novembre – Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes - je me fais le relais de ce magnifique texte de ma camarade Valérie Voyer, graphiste, Gilet Jaune et militante Insoumise

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Lettre ouverte aux « Madames »

« Hey, mademoiselle, tu files ton 06 ? »… 

Tout le monde sait — vous, moi, les deux personnes dans cette scène — tout le monde sait que cette phrase n'a rien à voir avec de la drague, du désir ou une « frénétique envie de partager »… Cette phrase est destinée à marquer un territoire, l'extérieur, où une femme non accompagnée est une intruse. Libre de son temps, son corps, son espace, elle doit être immédiatement assignée à une fonction… sexuelle, puisque c'est un espace public ! C'est une question de mœurs… 

Les mœurs — à savoir les pratiques sociales communes à un groupe — incluent la relation entre les genres évidemment. Mais AUSSI les comportements considérés comme « déviants » : des qualificatifs dévalorisants, aux « blagues » sexistes, à l'insulte, l'agression, le viol, le féminicide, dans un même continuum… TOUT CELA constitue, in fine, « les mœurs ». 

Selon une même nature mais à différents degrés, ils forment un dispositif de régulation du social, dont l'organisation capitaliste a besoin. D’ailleurs #metoo n'est pas « une parole des femmes contre les hommes » comme on l'entend parfois, c'est une tentative des femmes… de changer les mœurs ! 

Car c'est maintenant communément admis : un viol, n'est en aucun cas mu par le désir ou le sexe. Le viol est la marque foudroyante de la domination d'une personne sur une autre, dans la plupart des cas, d'un homme sur une femme. Pour preuve, les viols de guerre… 

Donc oui… 

- Il faut protéger les femmes dans leur droit le plus élémentaire à disposer de leur corps par un plan national pour lutter contre les violences qui leurs sont infligées, doté d’un milliard d’euros (comme les associations elle-même le préconisent) ! 

- Il faut former des personnels de police et de justice… à croire la parole des femmes, et à les guider à faire valoir leurs droits !

 - Oui, il faut créer des places d’hébergement d’urgence pour les femmes ; et leurs enfants, qui bien souvent trinquent aussi au passage !

- Oui, il faut ouvrir l’adoption plénière à TOUS les couples, quel que soit leur genre, mariés ou pacsés !

- Et oui, nous les Insoumis, sommes très très fiers, que notre combat pour inscrire dans la constitution le droit à l'IVG, ait enfin porté ses fruits ! C'est en effet crucial, au moment où plusieurs pays en Europe et dans le monde le remettent en question.

Mais il n'y a pas les mœurs d'un coté et le social de l'autre ! Il n'existe pas de « sujet sociétal » isolé, tous sont pris dans un seul et même combat SOCIAL : la lutte des classes entre elles et l'accès aux ressources, que ce soit l'emploi, le logement, l'éducation, la santé, etc., pour toutes les dîtes « minorités visibles ».

Même si il l'a précédé, le patriarcat est la superstructure qui permet au capitalisme d'exploiter les unes… au profit des autres. 

Les femmes, personnes LGBTQI+, racisées ou atteintes d'un handicap et j'en passe – luttent toutes au fond contre une même mécanique : différencier pour dévaloriser > dévaloriser pour discriminer > discriminer pour exploiter et capter les ressources.

D'ailleurs, la partition stricte femme/homme, n'est-elle pas immédiatement suivie d'une distribution des tâches genrée — traduire « une organisation genrée du travail » — qui convient si bien au système capitaliste ? 

Le travail gratuit des femmes (à la maison, auprès des enfants) est quand même le top de ce qu'on peut produire en exploitation capitaliste ! Tout comme la différence salariale — dans la même veine, c'est pas mal non plus… non ? 

Le capitalisme a besoin d'une vision différenciée, hiérarchisée, divisée (pour mieux régner ?) de la société — « les premiers et derniers de cordée » — pour générer du profit. 

Et plus le capitalisme est en crise, ce qui est le cas depuis plusieurs décennies maintenant,  plus cette hiérarchisation se durcit, dans un climat plus rétrograde et autoritaire.  

Les femmes et les personnes racisées en sont les premières victimes, mais si le libéralisme se tend encore dans un horizon d'Extrême Droite, les autres suivront vite… 

Donc, quand la France Insoumise : 

- Propose le SMIC à 1 600 euros net, c'est une mesure concrètement féministe, car la plupart des femmes sont au SMIC, ou moins. 

 - Quand elle propose l’allongement et l'égalité entre les deux parents de la durée des congés parentaux, c'est une mesure concrètement féministe, car c'est encore un frein à l'embauche des femmes dans des emplois stables et valorisés. 

- Quand elle propose la revalorisation immédiate des salaires des métiers du soin (AESH, sages-femmes, femmes de chambre, etc.), c'est une mesure concrètement féministe, car les femmes y sont sur-représentées.

- Quand la France Insoumise se bat, pied à pied, dans la rue comme à l'Assemblée Nationale, contre la réforme des retraites, c'est aussi concrètement du féminisme… car les femmes en sont les premières victimes. 

Mais quand elle prône la généralisation de la parité dans les institutions politiques, administratives, économiques, syndicales et associatives… et qu'elle l’applique en son sein comme en témoignent des Mathilde Panot, Rachel Kéké, Manon Aubry, Leïla Chaibi et j'en passe — toutes plus brillantes les unes que les autres — ce n'est pas du féminisme… 

C'est du bon sens !

Car la place des femmes dans la société est hautement politique, et attend des réponses politiques, discutées, aussi, avec des femmes politiques ! 

Permettre une égalité entre toutes et tous, ce n'est pas seulement « libérer les femmes », mais sortir l'ensemble de la société, unie, de carcans mortifères. Le sociologue Canadien Francis Dupuis-Déri le démontre si bien, lorsqu’il interroge une supposée « crise de la masculinité » générée par #metoo entre autres, et enjoint les hommes à se mettre aux cotés du combat féministe ! 

Alors, à l'instar de Florence Foresti - et pour peu que des décisions politiques fermes le réalise - je dis aux femmes, en sororité, avec les hommes, en complicité : 

« Toi, aujourd'hui, t'as tous les droits, tu peux tout être, 

cheffe d'entreprise, épicière… astronaute pourquoi pas ? 

Qui est-ce qui a dit que tu ne pouvais pas viser les étoiles ? 

Alors tu sais quoi ? Désormais les poupées, là… les souris, les gonzesses, les cailles, les morues, les donzelles, les bourgeoises, les pisseuses, les grues, les dindes, les bécasses, les punaises, les poules, les cocottes, les mémères, les bibiches, les rombières, les bougresses, les gourdes, les garces, les trainées, les Marie-couche-toi-là, les saintes-n'y-touchent, les potiches, les godiches, les cruches, les pimbèches, les cagoles, les emmerdeuses, les gamines, les midinettes, les blondasses, les radasses, les pouffiasses, les pétasses… et les connasses : on relève le museau, et on se fait appeler « Madame ». 

Valérie Voyer, graphiste, Gilet Jaune et militante Insoumise

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