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Le 7 janvier 2008, Éric Zemmour, sur les ondes de Radio Monte-Carlo, déclarait :
« Je viens d’Afrique du Nord. Mes ancêtres étaient des juifs berbères… Ils ont vécu avec les Arabes pendant 1 000 ans ».[1]
Le 11 mars 2010, dans une interview accordée à L’Express, Zemmour déclarait :
« Je suis né à Montreuil en Seine-Saint-Denis. Je ne suis donc pas un immigrant... et mes parents étaient français. Cependant, mes origines sont effectivement berbères et mon nom signifie bel et bien 'olivier' en berbère ».[2]
Dans une émission diffusée sur la chaîne de télévision CNEWS, la présentatrice, Christine Kelly, dit à Éric Zemmour, tête d’affiche de l’émission, que Jean-Luc Mélenchon avait affirmé que « Zemmour » signifiait « olivier » en arabe. Éric Zemmour lui rétorqua, très justement, que Mélenchon se trompait[3] et que « Zemmour » n’est pas l’équivalent arabe de « Olivier », mais son équivalent berbère. Mais juste après avoir rectifié cette erreur linguistique, le polémiste enchaîna en disant que « pour les Berbères, ce n’est pas la même chose. Les Berbères sont persécutés depuis des siècles par les colonisateurs arabes en Algérie ».
La présentatrice enchaîna alors dans le sens de son interlocuteur en lui rétorquant :
« Beaucoup de Berbères sont très fans de vous… »
Zemmour ne se fit certainement pas prier pour répondre :
« Mais je sais bien. J’ai des contacts chaleureux avec beaucoup de Berbères, c’est normal : moi-même, je suis berbère… ».
Le téléspectateur le plus observateur n’a pas manqué de remarquer qu’un léger sourire moqueur s’est dessiné sur le visage du polémiste juste après avoir affirmé « je suis moi-même berbère ». Et pour cause, Éric Zemmour, loin d’être un simplet, savait pertinemment dans quel but il affirmait ce mensonge (comme nous allons le démontrer incessamment sous peu). En se déclarant faussement « Berbère », Éric Zemmour souhaite attirer à lui les populations d’origine berbère, qu’il oppose aux Arabes. Notre polémiste est ainsi dans une démarche idéologique visant à créer ou à alimenter une dichotomie conflictuelle entre les Arabes et les Berbères, dans la lignée des anciens colonisateurs français en Algérie (et plus tard au Maroc), dans le but de s’approprier la résistance algérienne qui luttait pour empêcher les impérialistes de s’emparer de leur terre. Avant de nous concentrer sur la prétendue « berbérité » d’Éric Zemmour, nous pensons qu’il serait pertinent de faire un retour en arrière afin que le lecteur puisse comprendre la genèse et le contexte historique de cette opposition artificielle entre les populations « arabes » et « berbères », connue des historiens sous le nom du « mythe kabyle ».
Qui sont les « Berbères » ?
Pendant l'Antiquité, l'Algérie et l'Afrique du Nord étaient peuplées par différentes tribus, ne formant pas un ensemble unifié mais plutôt plusieurs groupes distincts. Les géographes grecs, précédant l'arrivée des Romains dans la région, les ont désignées par des noms génériques comme les "Libyens" ou les "Barbares", un terme qui évoluera plus tard vers "Berbères".
Parmi ces peuples, Hérodote, l'un des géographes les plus renommés, distinguait les nomades des sédentaires, les appelant respectivement les "Auses" et les "Maxyes". On retrouvait également les Gétules, les Numides et les Maures parmi ces peuplades. À un moment donné, les Phéniciens, originaires du Levant et connus pour leur patrie libanaise, quittèrent leurs côtes pour s'installer dans l'est de l'Afrique du Nord, fondant ainsi la célèbre Carthage, connue pour sa rivalité avec la puissante Rome, une rivalité qui s'est concrétisée à travers les "guerres puniques", aboutissant à sa destruction.
Au début du VIIe siècle, les conquérants arabo-musulmans ont pris le contrôle du nord de l'Afrique, arrachant la région des mains des Byzantins, les détenteurs précédents, ainsi que de leurs alliés autochtones, plus tard appelés "Berbères". Les Arabes ont islamisé la région après un demi-siècle de lutte. Malgré cette première vague d'installation des Arabes en Afrique du Nord, désormais désignée sous le nom arabe de "Maghreb", les autochtones ont conservé une identité relativement peu arabique, principalement au niveau religieux. Cela s'explique par le fait que le nombre d'Arabes établis dans le Maghreb n'était pas suffisamment important pour modifier considérablement la démographie de la région.
Ce n'est que plusieurs siècles après cette première migration arabe qu'un événement transformera définitivement le visage de l'Occident musulman. Au XIe siècle, le Maghreb central était sous la gouvernance de la dynastie Ziride au nom des Fatimides. Cependant, le gouverneur ziride prit la décision de rompre les liens de vassalité unissant son royaume aux dirigeants arabes fatimides, préférant plutôt offrir son allégeance aux Abbassides de Bagdad. En représailles à cette trahison, les Fatimides prirent une mesure qui marquerait profondément l'histoire du Maghreb. Ils envoyèrent dans la région des vagues de tribus arabes qui, contrairement à la première migration venue de la péninsule arabique au VIIe siècle, étaient suffisamment nombreuses pour transformer radicalement le Maghreb. Ces tribus orientales, collectivement appelées les Hilaliens, constituèrent un contingent démographique significatif, en contraste avec la migration précédente. De plus, cette première vague de tribus hilaliennes ne serait pas la dernière, car de multiples groupes de tribus arabes en provenance du Moyen-Orient se succédèrent au fil des siècles. Bien que les chiffres soient difficiles à estimer, les évaluations avancent un nombre d'Arabes installés au Maghreb via ces différentes vagues migratoires, allant de 250 000 à un million.
En tout cas, le nombre conséquent de tribus arabes modifia de manière irréversible la démographie d'un Maghreb déjà islamisé mais peu influencé par l'arabisation. Cette transformation créa le Maghreb arabo-islamique que nous connaissons aujourd'hui.
Les berbères, « persécutés pendant des siècles par les colons arabes » ?
Dans sa déclaration sur CNEWS, Eric Zemmour ne s’est pas contenté uniquement de se rattacher au peuple berbère. En effet, il s’est également permis d’affirmer que les Berbères étaient « persécutés pendant des siècles par les colons arabes »[4]. Le but, le lecteur l’aura compris, était d’alimenter une tension fallacieuse entre les Berbères et les Arabes, opposant ainsi les premiers aux seconds. L’idée est de présenter les Arabes comme des colons exogènes en Afrique du Nord, qui prendraient en otage et persécuteraient les Berbères endogènes et autochtones. Nous allons répondre à cette affirmation erronée et orientée, en déconstruisant cette perspective à travers un rappel historique essentiel.
En premier lieu, nous allons réduire à néant cette dichotomie opposant les Berbères et les Arabes, en montrant de manière factuelle et sourcée la convergence entre ces deux populations. Ensuite, nous analyserons les origines fondamentales de cette opposition, qui trouvent leurs racines dans la politique coloniale des années 1800.
Les Berbères et l’arabité, un lien ancestral[5]
Les Berbères des temps médiévaux et précoloniaux revendiquaient avec force leur arabité. Certains avancent l'idéologie berbériste pour justifier cette revendication et ce "retour à la berbérité". Cependant, un problème se pose à cet argument. En effet, cette "berbérité", particulièrement sur le plan linguistique,[6] fut délaissée à cette époque, malgré une période d'un siècle à l'époque almohade, où les souverains de la dynastie tentèrent de réhabiliter la "langue occidentale"[7] et de l'élever à un niveau égal à celui de la langue arabe, langue d'empire et de culture pour toutes les dynasties berbères pré (et post)-almohades. De plus, à cette époque, les Berbères se revendiquaient comme appartenant à l'arabité.
Pour illustrer cela, on peut mentionner le souverain emblématique des Almoravides, Youssef Ibn Tachfine, originaire de la tribu berbère des Lemtouna, considéré à son époque comme un sultan arabe, comme l'a mentionné Lisane Eddine Ibn Al-Khatib. Cet historien arabe andalou, né en 1313, déclare dans son œuvre "A’mal al a’lam" que le sultan almoravide se faisait appeler "Al-Himyari", reliant ainsi ses origines ethniques au royaume arabe antique de Himyar, dans le sud de l'Arabie. D'après Ibn Al-Khatib, le nom complet du roi Sanhadja était "Youssef Ibn Tachfine Ibn Ibrahim Ibn Touquit Ibn Mansour Ibn Masalat Al-Himyari". Dans "Tarikh es Sudan", l'historien du 16e siècle Abderrahmane Es Saâdi nous informe que dans des lettres qui lui étaient adressées, notamment celle du roi de Séville Al Mutamid, Youssef Ibn Tachfine portait le titre de "Seigneur ou Prince de Himyar", comme mentionné précédemment. Cette ascendance arabe yéménite de Youssef Ibn Tachfine est également soulignée dans plusieurs poèmes arabes, notamment celui d'Ibn Ahdal, qui le présente comme l'un des "Rois du Maghreb". Dans "Qaidat Al Maghreb al aqsa qabl Fas", Abdallah Hamaadi Al Idrisi rapporte également un poème qui trace la filiation ethnique de Youssef Ibn Tachfine aux Arabes himyarites.
Il nous est également possible de citer un autre emblématique souverain maghrébin : ʿAbdelmoumen, le fondateur (politique) de la dynastie des Almohades. Au même titre qu’Ibn Ṭūmart (le fondateur idéologique de la doctrine almohade), son disciple et successeur, ʿAbdelmoumen se revendiquait, lui aussi, d’origine arabe. Encore une fois, pour le démontrer, les sources historiques ne sont aucunement déficientes. Ibn Khallikān, dont les écrits sont décidément particulièrement précieux pour notre sujet, dans son ouvrage « Wafayāt al-Aʿyān », écrit que le calife almohade se revendiquait arabe qaysite de la tribu des Banū Sulaym, arrivée au Maghreb dans la vague de migration de peuplement des tribus arabes dites « ḥilāliennes » à partir du XIe siècle de notre ère. ʾAḍ-Ḍahabī ira dans le même sens, rapportant, lui aussi, l’origine arabe qaysite revendiquée allégrement par le premier calife de la dynastie des Almohades, de même qu’Ibn Sīmāk le fait dans son œuvre « Ibn Sīmāk, al-Ḥulāl al-Mawshīya ».
An-Nuwayrī, l’historien égyptien que nous avons également eu le loisir de citer quelques pages en arrière, fait également mention de l’origine arabe du natif de Nédroma dans son ouvrage « Kitāb Nihāyat al-Arab fī Fūnūn al-Adab », en précisant que celui-ci n’a pas de prestige à tirer de cette affiliation, ce qui pourrait certainement sous-entendre qu’il la considérerait comme authentique. Le célèbre historien Ibn al-Athīr, quant à lui, rapporte dans son œuvre majeure « al-Kāmil fī al-Ṭarīkh », que lors de la rencontre entre Ibn Ṭūmart et ʿAbdelmoumen dans la ville de Béjaïa, le premier interrogea le second quant à sa tribu d’origine, et qu’ʿAbdelmoumen lui répondit qu’il était « Arabe Qaysite de la tribu des Banū Sulaym ».
Un autre fait particulièrement intéressant est à relever chez l’historien marocain ʿAbdelwāḥid al-Marrākushī. En effet, celui-ci rapporte que, lors d’un discours tenu par un proche d’Ibn Ṭūmart à la tribu des Masmūda, ce dernier a tenté de convaincre son audience de la qualité du disciple du fondateur du mouvement unitaire, ʿAbdelmoumen, pour lui succéder, en glorifiant l’arabité du natif de Nédroma. L’historien rapporte les faits ainsi :
« Les discours que nous venons de rapporter d’Ibn Toumert et qui sont relatifs à la perpétuité de l’autorité des Almohades ont été versifiés par un homme d’Alger, ville qui dépend de Bougie (Bejaia), lequel arriva auprès du Prince des croyants Abou Yakoub, alors à Tinmelel, et montant sur le tombeau d’Ibn Toumert, avec une troupe d’Unitaires, récita un poème qui débute ainsi :
« Salut au tombeau du glorieux imam rejeton de la meilleure des créatures, de Mohammed, à qui il ressemble par son caractère, son nom, le nom de son père, la destinée qui lui était réservée ! (…) Il a, comme nous le disait notre Prophète, vécu neuf ans, puis le Mahdi vous a montré la voie de Dieu ; il est suivi d’une troupe d’hommes justes qui lui servent d’auxiliaires et que tu dois honorer comme étant les frères d’Ahmed le véridique. Il est l’élu et l’honneur de Qays Ibn ‘Aylan (de la tribu arabe des Banu Qays), c’est de la race si louée de Mourra (arabe de la même tribu Qaysite) que sort le lieutenant et l’épée du Mahdi de Dieu ».
Dans ce passage, ce qui est pour le moins troublant, c’est que ce proche d’Ibn Tumert se trouve devant une foule de Berbères de la tribu des Masmouda, et que, pour « charmer » et convaincre ces derniers, c’est la race arabe qui est glorifiée, l’arabité (revendiquée) d’Abdelmoumen qui est louée. Il n’est pas contre le bon sens d’imaginer que cela ne peut véritablement signifier que deux choses : soit les Masmouda sont d’origine arabe, soit ces derniers se revendiquaient comme étant issus du peuple arabe. Edmond Fagnan, le traducteur français de l’ouvrage que nous venons de citer, en prenant comme référence Ibn Khallikan, écrit en note de bas de page :
« La tribu berbère à laquelle appartenait Abdelmoumen se targuait de descendre de la tribu arabe de Kays Ibn Ghaylan ou Kays Aylan (Berbères I, 251), c’est-à-dire de la tribu d’Adnan, à laquelle appartient aussi Mourra (C. de Perceval t. I, tabl. VIII). Cf. la note 21, p. 2177 d’Ibn Khallikan, t. III ; Berbères, IV, 533. »
Toujours pour citer Abd-al-Wahid Al Marrakshi, celui-ci, dans son ouvrage « Al Mujabu fi Takhlis Akhbar Maghreb », rapporte que lorsque des gens lui disaient qu’il était Berbère, Ibn Tumert avait pour habitude de rétorquer :
« Je ne suis pas de ceux-là, je suis (arabe)de Qays Ibn Mudhar Ibn Adnan ».
L’auteur marocain rapporte également d’autres propos tenus par la famille du calife almohade Abdelmoumen, revendiquant son affiliation, réelle ou fallacieuse, au peuple arabe :
« Abdelmoumen Ibn Ali Ibn Alwa Koumi était le fils d’une femme libre, appartenant également aux Koumyia. Il naquit dans le village de Tadjera, de la circonscription de Tlemcen. Il avait, raconte-t-on, l’habitude de dire, en parlant des Koumiya :
« Nous descendons de Qays Aylan Ibn Modar Ibn Nizar Ibn Madd Ibn Adnan ; nous ne tenons aux Koumiya que pour être nés et avoir été élevés parmi eux ; ils sont nos oncles maternels ».
« C’est ainsi que j’ai entendu parler ceux de ses enfants et petits-enfants que j’ai vus : tous font remonter leur origine à Qays Aylan Ibn Modar ; C’est là-dessus également que s’appuient les prédicateurs pour le traiter, en le nommant après Ibn Toumert, de « son coparticipant à la glorieuse origine ».
Les Juifs en Afrique du Nord : Genèse
Il sera difficile de démanteler le vrai du faux quant à la prétendue « berbérité » revendiquée par Eric Zemmour si nous n’avons pas connaissance de l’histoire du judaïsme en Afrique du Nord. Qui sont les juifs du Maghreb ? Depuis quand sont-ils présents sur les terres de l’Afrique Septentrionale ? C’est ce que nous allons voir dans cette partie. Plusieurs historiens ont travaillé sur la question de l’établissement du judaïsme en Afrique du Nord, parmi lesquels Richard Ayoun[8] et Bernard Cohen. Pour eux, l'origine des Juifs d'Afrique du Nord demeure aussi ancienne qu’elle est méconnue. En effet, en raison d'une documentation historique limitée pour cette période très reculée dans le temps, il n'existe aucune certitude véritable concernant l'apparition initiale des Juifs dans cette région du monde. Karen Stern, professeure au Brooklyn College (New York) et historienne, souligne également l'opacité qui caractérise l'histoire des Juifs au Maghreb à l'époque romaine, malgré une meilleure connaissance de l'histoire des Juifs en Égypte ou en Cyrénaïque (Libye). Les sources épigraphiques n'ont pas été totalement examinées, mais selon la Jewish Encyclopedia, celles-ci sont limitées, ce qui pourrait suggérer une présence juive initialement restreinte. Cependant, durant la rédaction du Talmud au Ier siècle ap. J.-C[9]., une forte présence juive semble confirmée entre Sur (Tyr) et Carthage, dans la Tunisie actuelle, comme nous pouvons le lire dans le traité Ménachoth :
« Rabbi Yehouda a dit au nom de Rab que, entre Syr et Carthage, les nations reconnaissaient Israël et le Père qui est aux cieux, mais que, depuis Syr vers l’ouest et depuis Carthage vers l’est, les nations ne reconnaissent ni Israël ni le Père qui est aux cieux. »[10]
Certains chercheurs, comme l’historien français né en Tunisie Yann Le Bohec, envisagent une immigration juive au Maghreb en provenance d'Italie, eu égard aux premières traces rédigées en latin. Le père Delattre attribue également l'origine de la communauté juive à des judéo-chrétiens. Divers événements historiques ont contribué à renforcer la présence juive, notamment la prise de Jérusalem par Titus en l'an 70, où jusqu'à 30 000 Juifs auraient été déportés de Judée à Carthage. Sous le règne de Trajan, une révolte violente éclate chez les Juifs de Cyrénaïque, aboutissant à leur déportation dans la province de Maurétanie, dans l'actuel Maghreb.
Selon Paul Monceaux, une communauté juive aurait probablement existé dans la Carthage punique, mais les preuves tangibles de cette présence ne deviennent abondantes et significatives qu'à l'époque romaine. Carthage semble être le principal centre de cette présence juive, avec notamment la nécropole juive de Gammarth. Comme les autres Juifs de l'Empire romain, ceux d'Afrique romaine sont progressivement intégrés à la culture romaine, adoptant des noms latins, portant la toge et parlant latin tout en maintenant une connaissance du grec, langue de la diaspora juive de cette époque.
Les inscriptions retrouvées indiquent que les premiers Juifs établis pourraient avoir deux origines potentielles : la ville d'Ostie en Italie, entretenant des relations commerciales avec Carthage et abritant une importante communauté juive, et les régions de Cyrène et d'Alexandrie, colonies grecques d'origine et également foyers d'une communauté juive importante qui s'était révoltée contre Rome lors de la révolte juive des années 115-117.
Maurice Sartre affirme qu'il n'y a pas eu d'exil général des Juifs consécutif aux révoltes de 66-70 et de 132-135, mais plutôt des déplacements de population limités pour des raisons essentiellement économiques. Des mouvements de population consécutifs aux destructions du Temple de Jérusalem sont également remis en question par certains historiens, Flavius Josèphe, seul historien contemporain de la chute du Temple, évoquant 97 000 prisonniers juifs sans préciser leur destination dans l'Empire romain.
Au premier siècle avant l'ère commune, Strabon, cité par Flavius Josèphe, atteste d'une présence juive significative à Cyrène : « À Cyrène, il y avait quatre groupes : les citoyens, les agriculteurs, les résidents étrangers et les Juifs. Ces derniers avaient déjà conquis toutes les cités... »
Selon l'historien Paul Sebag, l'expansion du judaïsme en Afrique du Nord s'est partiellement réalisée par le déplacement des Juifs de Cyrénaïque, fuyant l'Est du continent pour s'installer à Cyrène, actuellement en Libye. En l'an 115, suite à une répression sévère menée par Marcius Turbo, de nombreux Juifs de Cyrénaïque ont fui le pays pour chercher refuge parmi les populations berbères dans la vallée des oueds Righ et Mzab, dans l'actuelle Algérie, ainsi qu'à l'extrémité de la Tunisie. Sebag évoque dans son ouvrage dédié aux Juifs de Tunisie :
« Il y a des indications sérieuses suggérant que le judaïsme a commencé à se propager parmi les populations berbères des montagnes et des régions désertiques à la suite de l'insurrection des Juifs de Cyrénaïque au début du deuxième siècle. La population juive installée de longue date dans cette région était d'origine judéenne, mais leurs descendants... en vivant au sein des populations berbères, auraient probablement adopté progressivement la langue et le mode de vie berbères. Nombre d'entre eux... ont pu facilement diffuser leurs croyances et leurs pratiques parmi les Berbères chez qui ils ont trouvé refuge. Ce processus de judaïsation des Berbères aurait commencé à cette époque et se serait poursuivi de manière obscure du deuxième au sixième siècle, n'obtenant qu'une impulsion nouvelle après les persécutions byzantines. »
Flavius Josèphe rapporte que la présence juive à Cyrène et en Libye est attribuable à Ptolémée Ier (305-283 av. J.-C.), qui aurait invité des Juifs d'Alexandrie à s'établir là-bas afin de consolider son contrôle sur la région. Tout comme Alexandrie, Cyrène était une colonie grecque.
La présence juive au Maghreb
Ce n'est qu'au deuxième siècle que la présence juive en Tunisie devient évidente, marquée par de nombreuses communautés actives dans le prosélytisme, ce qui a favorisé l'émergence du christianisme. Le premier témoignage de cette situation remonte à l'œuvre de Tertullien, qui évoque à la fois les Juifs et les païens ayant adopté des coutumes juives, d'origine punique, romaine et berbère, soulignant la cohabitation initiale entre Juifs et chrétiens. La pratique religieuse mêlait la lecture des Saintes Écritures en hébreu et en grec ancien, et les cérémonies accueillaient régulièrement des chrétiens et des païens, certains se convertissant partiellement à la loi juive avant une conversion complète de leurs enfants. Le succès du judaïsme a incité les autorités à tenter de freiner les conversions par le biais de la loi, alors que Tertullien rédigeait "Adversus Judaeos" (Contre les Juifs) pour défendre les principes du christianisme.
Comme nous l’avons déjà mentionné, le Talmud de Jérusalem, achevé au cinquième siècle, mentionne plusieurs rabbins de Carthage, corroborant ainsi ce témoignage. Des découvertes archéologiques, comme celle d'une nécropole juive à Gammarth, au nord de Carthage, ont également appuyé cette présence juive. Initialement considérée comme punique, cette nécropole a révélé des symboles juifs et des inscriptions funéraires en hébreu, latin et grec, confirmant ainsi son lien avec la communauté juive.
Une synagogue datant du troisième ou du quatrième siècle a été trouvée à Naro (actuelle Hammam Lif), au sud-est de Tunis, en 1883, avec une mosaïque portant l'inscription "sancta synagoga naronitana" (sainte synagogue de Naro). Cette découverte atteste de la présence et de la prospérité de la communauté juive, illustrant les échanges culturels avec les autres habitants de l'Afrique romaine.
D'autres preuves de communautés juives sont évoquées à Utique, Chemtou, Hadrumète ou Thusuros (actuelle Tozeur). À Kelibia, une mosaïque représentant des menorahs et datant du cinquième siècle aurait été découverte en 2007, démontrant ainsi la continuité de la présence juive à travers ces différentes localités.En Algérie, la présence juive est documentée dès les premiers siècles de notre ère dans la région de Constantine, comme en témoignent des épitaphes découvertes, rédigées en latin. Augustin (354-430) rédige même un "Traité contre les Juifs". Par la suite, les historiens arabes mentionnent la présence de Juifs dans la région du Touat, située dans le sud-ouest de l'Algérie, dès le cinquième siècle. Au Maroc, la présence juive est confirmée dans la ville romaine de Volubilis, très probablement antérieure au deuxième siècle. Il est avéré qu'une synagogue y était établie. Des inscriptions funéraires juives, rédigées en grec et en hébreu, ont été retrouvées à Volubilis, ainsi qu'à Sala, l'ancienne Salé.
Comme mentionné dans l’introduction de ce chapitre, Eric Zemmour est lié au peuple berbère par son nom de famille. En effet, « Zemmour », en langue berbère, signifie « olivier ». Cependant, est-il réellement logique de conclure automatiquement que quelqu'un est berbère simplement en se basant sur la consonance de son patronyme ? Cette méthode ne semble pas suffisante. Cette approche est particulièrement complexe en ce qui concerne les populations arabo-berbères d’Afrique du Nord. Un aspect crucial réside dans le fait qu'une partie significative de la population berbère au Maroc ou en Algérie porte des noms de famille d'origine arabe, tels que Ben Abdelkader, Moujahidi, Ben Ali, et bien d'autres. Malgré ces noms arabes, ces Berbères ne se considèrent pas comme détachés de leur ethnie pour s'associer aux conquérants arabes des premiers siècles ou aux tribus nomades hilaliennes ayant migré en Afrique du Nord au XIe siècle.
Concernant Eric Zemmour, il semble être largement admis, en se basant sur son nom de famille, qu'il serait d'origine berbère. Des chercheurs compétents ont écrit sur la prétendue « berbérité » de notre polémiste, parmi eux l’historien et géopolitologue Youssef Hindi, qui aborde ce sujet dans son ouvrage intitulé « L’Autre Zemmour »[11] :
« Le nom Zemmour dérive vraisemblablement du berbère (amazigh) Azemmour. »[12]
Le journaliste algérien Mohamed Sifaoui écrit, en 2010, qu’Eric Zemmour est un « berbère maghrébin ».[13]
En 2016, Jean-Claude Barreau écrit :
« Eric Zemmour, juif berbère algérien dont les ancêtres furent francisés en 1871 par le décret Crémieux ».[14]
L’un des seuls, et peut-être le premier intellectuel à s’être inscrit en rupture avec cette prétendue « berbérité » d’Eric Zemmour est le célèbre historien français Benjamin Stora, qui affirmait que le polémiste serait un « juif arabe » qui se présente comme un « juif berbère ». Un autre intellectuel, Aissam Aït Yahia, écrivain français, balayait dans un article l’idée qu’Eric Zemmour soit un « juif berbère ». Dans son étude, l’auteur fait appel à l’histoire pour mettre en évidence le caractère douteux de l’identité « juive berbère » d’Eric Zemmour. En effet, Aissam Aït Yahia commence par faire un rappel historique sur le peuple juif et ses origines, avant de mettre en exergue les relations entre les enfants d’Israël et les Nord-Africains des temps antiques. Selon l’auteur, les premiers contacts réels entre les juifs et les Berbères ont eu lieu au Maghreb, entre le IIIème siècle et le début de l'islamisation au VIIIème. Pendant ce laps de temps long de 500 ans, il existait des échanges et des relations entre Berbères et juifs ; ce serait justement suite à une interprétation historique de ces contacts, ainsi qu'à cette interpénétration culturelle entre les deux peuples n’ayant, à l’origine, pas grand rapport l’un avec l’autre, que des générations entières d’historiens se confondirent au point d’entretenir une totale confusion sur le sujet identitaire liant les juifs du Maghreb et les Berbères. Pour Aït Yahia, il existe deux éléments fondamentaux qu’il convient de comprendre pour démêler le vrai du faux :
- Les juifs israélites venant de Judée n'ont effectivement pas cherché à convertir les Berbères. Il n'y avait pas de volonté systématique de conversion, ce qui demeure une constante dans l'histoire du judaïsme rabbinique. L'objectif premier était de préserver la cohésion communautaire du peuple juif après la diaspora, en particulier dans sa version pharisienne devenue majoritaire au sein du judaïsme. Bien que des mouvements de conversion aient pu exister, ils étaient très marginaux, et l'histoire en conserve peu ou pas de traces. Seul Tertullien semble en faire mention, mais dans un écrit tellement hostile aux juifs qu'il convient de le considérer avec précaution.
- Des preuves indiquent que certaines populations berbères et tribus se sont converties ou ont adopté le judaïsme simplement par le contact avec les juifs israélites. Comme cela a été leur coutume tout au long de l'Antiquité, ils ont assez aisément adopté des croyances étrangères, qu'elles soient polythéistes, chrétiennes, juives (et plus tard musulmanes) ; ainsi, il n'y a pas eu de changement majeur dans leurs attitudes.
L’auteur complète son propos en ajoutant que, pendant longtemps, une grande confusion historique a persisté, rendant difficile la distinction entre les Berbères simples convertis au judaïsme ou ayant adopté cette foi en fréquentant des juifs, et les Juifs berbérisés par leur intégration ou assimilation culturelle dans un environnement majoritairement berbère. Cette confusion a perduré pendant près d'un siècle dans l'historiographie française, puis occidentale, et même jusqu'à très récemment dans l'historiographie israélienne, simplifiant et amalgamant les Juifs berbères avec les Berbères juifs. Selon l’auteur de l’étude qui nous intéresse, les juifs sépharades originaires d’Espagne s’étant installés en Afrique du Nord suite à leur expulsion du pays se sont peu à peu adaptés à leur nouvel environnement arabo-berbère, et ont fini par s’assimiler progressivement, notamment en adoptant certains traits culturels propres au Maghreb, comme les langues (l’arabe et le berbère) ou les patronymes arabisés ou berbérisés. Nous pensons que le cas d’Eric Zemmour est intrinsèquement lié à cette confusion, et nous adhérons au développement et aux argumentations historiques apportés brillamment par Aissam Aït Yahia :
« Les évidences historiques tendent à confirmer l'interprétation la plus simple : les juifs maghrébins modernes sont très majoritairement des juifs israélites séfarades et les Berbères ont été massivement islamisés. Exactement tel que fut le paysage des sociétés maghrébines à l'arrivée des colonisateurs français. Et nous avons très justement vu que ce mythe judéo-berbère ne commence à apparaître que pendant la colonisation à la fin du XIXème siècle : jamais avant la colonisation un juif séfarade n'avait revendiqué́ une origine berbère. Ce n'est que plus de 50 ans plus tard que les historiens et archéologues, orientalistes français et juifs, vont commencer à réécrire une histoire judéo-berbère. Or, ce n'est pas de l'histoire mais un mythe. »[15]
Pour résumer, les juifs maghrébins actuels, comme Eric Zemmour, ne sont pas des juifs berbères ou d'origine berbère, mais des juifs maghrébins d'ascendance espagnole (sépharade). Cependant, selon nos recherches à présenter sous peu, nous considérons que la conclusion de l'étude d'Aït Yahia est incomplète. Bien qu'Aissam Aït Yahia déconstruise le mythe des origines prétendument berbères d'Eric Zemmour, il suggère que le patronyme du polémiste provient du mot berbère « zemmour », que ses ancêtres auraient adopté suite à leur installation en terre berbère. Notre thèse diffère quelque peu car nous pensons que le nom de famille d'Eric Zemmour ne découle pas du mot berbère « zemmour », mais plutôt de la ville espagnole « Zamorra ». Nous allons l'expliquer sous peu. Cependant, il est important pour nous de rechercher dans la littérature ancienne les premières traces des Zemmour.
Dans la région d’El Jadida, non loin de la célèbre Casablanca, sur la côte marocaine, existe une petite ville nommée « Azemmour », signifiant donc « olivier » en berbère. La ressemblance avec le patronyme d’Eric Zemmour est flagrante. Encore plus frappant, une confédération tribale, les Zemmours (ou les Aït Zemmour, en berbère), regroupe un certain nombre de tribus berbères vivant dans la région du Moyen-Atlas, au Maroc. Les Zemmours comprennent dix tribus, parmi lesquelles les principales : Aït Hakem, Haouderrane, Aït Ouribele, Aït Jbel-Doum, Messarhra, Kabliyine, Aït Zekri (incluant les Aït Belkacem, Aït Ouahi et Aït Abbou) et Aït Ameur (comprenant les Aït Ali ou Aït Lahcen, Kotbiyine, Mzourfa, Khzazna et Hej-Jama) ; ainsi que deux tribus de chorfa.[16]
Plusieurs auteurs des siècles passés, en particulier ceux qui écrivaient dans un contexte colonial, faisaient référence aux Zemmours. Cependant, selon nos connaissances, la plus ancienne référence écrite à un « Zemmour » se trouve dans les textes du célèbre auteur arabe Al-Bakri, décédé en 1094 :
« Le récit qui va suivre provient de Zemmour, surnommé Abou-Salah, et membre de la tribu des Berghouata (tribu berbère du Maroc). Cet homme était le fils de Moussa, fils de Hicham, fils de Ouardizen, et il tenait chez son peuple le rang de chef de la prière. (…) Les Berbères le prirent pour leur chef et lui confièrent le soin de les gouverner. Il mourut dans ce pays sans avoir jamais renoncé aux pratique de l’islam. L’un de ses quatre fils, le nommé Salah, reçut des Berbères le commandement suprême. « La mort de Saleh, dit Zemmour, eut lieu précisément cent ans après celle du Prophète (…) Cet homme, dit Zemmour, est le Salah el mouminin dont Dieu a fait mention dans le Coran de Mohammed… »[17]
Henri Fournel, dans son étude des anciens textes arabes, écrit qu’un certain « Zemmour » se serait rendu à la cour de Cordoue, chargé d’une mission par le prince des Berghouata.
Les Zemmour dans la littérature ancienne
Dans la littérature française coloniale, il existe un nombre important d’écrits faisant référence à la tribu des Zemmour. Nous allons en retranscrire quelques-uns dans les pages qui vont suivre.
Emilien Renou, né en 1815, mentionne une tribu nommé « Zemmour » dans son étude « Exploration scientifique de l’Algérie, description géographique de l’empire de Maroc » :
« On trouve même aux environ de Fès et de Meknès des chleuh non mélangé (aux Arabes), tels que les Aït-Immour dans le Zerhoun, et les Zemmour, un peu au Sud de Meknès (…) On reconnait, dans le nom de cette ville, celui de Chleuh, nom d’une des familles berbères du Maroc ; le premier est probablement Zemmour ».[18]
Dans le journal « Le Pays : journal des volonté de la France », en date du 2 octobre 1853, nous pouvons lire :
« Le bruit s’est répandu sur la frontière de l’Ouest, mais il n’a point été encore officiellement confirmé, que l’empereur (du Maroc) avait réussi à en finir avec l’insurrection des Zemmour… »[19]
Dans le « Courrier de la Rochelle », précisément dans le numéro publié le 29 mai 1858, nous lisons :
« Une dépêche de Tanger du 12 annonce que les démonstrations milliaires dirigées par l’Empereur du Maroc n’avaient pas arrêté les tribus du Zemour (…) L’Empereur, qui est à la tête d’une armée de 12 000 hommes et qui a pris position à 20 milles à L'est en avant de Fès, devait attaquer les Zemmour vers le premiers jours du mois de juin. »[20] Nous retrouvons la même information dans le « Mémorial des Pyrénées », à la date du 1er juin 1858.
Le 14 juin 1858, nous lisons dans le « Messager du Midi » :
« La tribu des Zemmour, établie au sud-ouest de la ville de Meknes, a toujours été une des plus turbulente de l’empire (du Maroc) »[21].
Les « Archives diplomatiques » mentionnent également la tribu des Zemmour :
« Quel était à ce moment l’état du Maroc ? Cette agitation s’était produite non seulement parmi les tribus Zaër et Zemmour, sur les confins de la Chaouia, dans la région où a eu lieu l’attentat du 14 janvier, mais encore dans la région de Fès… »[22]
Dans la « Revue des eaux et forêts », nous pouvons lire :
« Foret de Mamora entre les tribus Beni Ahsen au nord et Zemmour au sud… »[23]
Dans le tome cinq de la « Géographie universelle » de Malte-Brun, nous avons un recensement des différentes tribus du Maroc. Parmi les tribus de l’Atlas, les Zemmour sont mentionnés.[24]
Comme nous pouvons le comprendre, les Zemmour sont connus des auteurs et de la presse coloniale française comme étant une tribu indisciplinée, turbulente et rebelle. Mais la nature dissidente des Zemmour n’a pas grand lien avec notre présente étude. Le lien entre cette tribu et Eric Zemmour paraît très (trop ?) évident : le nom « Zemmour » ne peut venir que de cette confédération tribale berbère ; Eric Zemmour tiendrait donc fatalement ses origines de cette tribu. Le syllogisme est alléchant, mais demeure lacunaire lorsque nous le soumettons à une analyse critique plus pointilleuse. Et pour cause, les membres de la confédération des Zemmours sont intégralement musulmans ; on ne connaît aucun membre de l’une de ces tribus qui soit d’obédience juive. De plus, la famille d’Eric Zemmour est originaire d’Algérie, alors que la tribu des Zemmour est située au Maroc. Il devient ainsi difficile de s’accrocher à cette idée qu’Eric Zemmour tirerait ses origines ancestrales de la confédération berbère des Zemmours. Il est donc plus judicieux de chercher du côté de l’Algérie pour résoudre notre interrogation concernant les origines véritables de notre polémiste.
Dans l’Ouest algérien, non loin de Relizane, il existe une ville nommée « Zemmora ». L’étymologie de ce nom semble provenir elle aussi du berbère « Azemmour », signifiant « Olivier ». Cependant, la famille d’Eric Zemmour n’est pas originaire de l’Ouest algérien, ce qui ne nous permet pas de conclure que l’ancien candidat à la présidentielle tire ses racines de la ville de Zemmora.
En Kabylie, région berbérophone du nord de l’Algérie, nous connaissons un village nommé Aourir ou Zemmour. Géographiquement, la Kabylie semble correspondre davantage à une éventuelle origine d'Eric Zemmour.
Eric Zemmour, un nom berbère. Une évidence trop…évidente pour être vrai ?
Jetons maintenant un œil intéressé à l’arbre généalogique de notre polémiste. Sur le site Geneanet, nous pouvons voir l’arbre généalogique d’Eric Zemmour :
Feredj Zemmour – Esther Achour
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Moshe Fredj Zemour (1765) – Semha Zamor (Zemmour, Zemour)
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Gabriel Zemmour Zamor (1824) – Habika Rebecca Aouizerate
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Fredj Badjou Zemmour (1857-1917) – Zbida Assoun (1861-1942)
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Liaou Léon Zemmour (1898-1981) - Messouka Madelaine Assoun (1892-1971)
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Roger Haïm Zemmour (1932-2013) – Lucette Lévy
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Eric Justin Léon Zemmour
Deux observations ressortent de l’analyse de l’arbre généalogique de notre polémiste. La première révèle qu’en remontant les ascendances d’Eric Zemmour jusqu’à peu après le début du XVIIIe siècle, son ancêtre le plus ancien en ligne directe serait un certain Fredj Zemmour, né en 1760, dans la ville de Constantine, à l’est de l’Algérie. La seconde observation est d’ordre purement géographique ; l’examen de l’arbre généalogique d’Eric Zemmour indique que la région où ses racines familiales prennent place est relativement restreinte : il s’agit de Sétif et de ses environs (Aïn-Abessa, Akbou, Chevreul, Lafayette, Saint-Arnaud, Fenaïa, Tinar, Ksar Tir), située à mi-chemin entre Alger et Constantine, dans les terres. C’est là que l’on retrouve les familles dont est issu notre polémiste : plusieurs familles ZEM(M)OUR, SAKSIK ou SIKSIK/SEKSIK, ZAOUI, ainsi que plusieurs familles LEVY, AT(H)LAN, AYOUN, FARIAT, ADJEDJ.
Le grand-père d’Eric Zemmour, Liaou-Léon Zemmour, est né dans la province de Constantine en 1895. Sa naissance est, par ailleurs, indiquée dans le journal « La Démocratie algérienne », daté du 4 février 1895.
Mais au-delà du grand-père d’Eric Zemmour, un détail qui peut sembler assez minime a retenu notre attention : chez certains membres de la famille Zemmour, l’orthographe du nom « Zemmour » est parfois orthographiée « Zamor ». Une simple erreur ? Nous ne le pensons pas, surtout que l’orthographe « Zamor » est aussi ancienne que « Zemmour » ou « Zemour », puisque ce nom fut porté par Semha Zamor, l’une des arrière-grand-mères d’Eric Zemmour, née dans les années 1700. Aussi, cette manière d’écrire ce patronyme semble avoir une consonance espagnole, ce qui colle parfaitement à notre sujet, puisque, rappelons-le, Eric Zemmour et sa famille sont des juifs sépharades, c’est-à-dire qu’ils sont originaires de la péninsule ibérique (rappelons que, en hébreu, « Espagne » se nomme « Séfarad »). Or, dans le nord de l’Espagne, il existe précisément une province et une ville qui se nomment « Zamora ». Durant le Moyen Âge, Zamora était justement connue pour être l’une des villes avec le plus de juifs de toute la péninsule ibérique ; les historiens estiment qu’environ 20 % de la ville de Zamora était de confession juive. À notre sens, eu égard à tout ce que nous avons vu dans les pages qui précèdent concernant l’histoire des juifs et des Berbères, il serait plus probable d’imaginer qu’Éric Zemmour et sa famille, juifs sépharades, tirent leurs racines ancestrales de la ville de Zamora, en Espagne, plutôt qu’en Afrique du Nord. Le nom « Zemmour » ne viendrait alors pas du berbère « Azemmour », contrairement au raccourci si souvent opéré. En réalité, les patronymes tels que « Zemmour », « Zemour », « Zamor », « Zmiro », « Zemerro », et toute autre variante, tels que « Ben Zemerro », « Ben Zmiro », « Ben Zamerro », etc., tirent leur racine d’un seul mot : « Zamora », la ville espagnole susmentionnée. C’est bel et bien, à notre sens, dans cette province du nord de la péninsule ibérique que se trouve le bastion originel de la famille d’Eric Zemmour. Plusieurs éléments nous permettent d’arriver à cette conclusion.
Catherine Garson, dans sa chronique publié dans « L’Arche », un mensuel du judaïsme français, à la date du mois de mai 2001, écrit :
« Deux origines possibles pour le patronyme Zmirro (et ses semblables, Zamiro et Ben Zemiro). La première se situe dans la péninsule ibérique. Dans cette éventualité, les Zmirro seraient venus de Zamora, ville espagnole située près de la frontière portugaise qui abrita une grande communauté juive. L'autre hypothèse, moins probable, est que cette appellation serait dérivée du mot zamir, signifiant chanteur en hébreu. Les ancêtres des Zmirro auraient été, dans ce cas, des chantres ou des individus à la voix mélodieuse »
« Ce qui est sûr, c'est qu'avant de se retrouver en Afrique du Nord - du Maroc et en Algérie, pour être précis -, les Zmirro affirmaient leur présence en Espagne, où leur nom se disait Abenzamerro, Aben Semerro ou Ben Zemerro, pour ne citer que quelques versions. Le premier de ces "Espagnols" dont l'Histoire a retenu le nom s'appelait "Johan Ferrandes, qui se dit Absemerro"; il fut amnistié par le roi Pedro Ier en 1355. Plus tard, en 1386, Don Youcef Aben Semerro est l'un des fermiers (collecteurs d'impôts) des boucheries de Séville. Meïr Abensemerro, qui possède une maison dans le quartier juif de cette même ville, reçoit, en signe de gratitude, des cadeaux des bouchers chrétiens de la grande cité andalouse, en 1460. Toujours à Séville, Don Youda Abensemerro, originaire de Guadalcanal, perçoit les taxes sur le bois en 1483. »
Grosso modo, « Zemmour », « Zamor » ou « Aben Zemerro », ainsi que toutes les autres versions différemment orthographiées du même mot « Zamora », sont des noms d’origine espagnole ou hébraïque (moins probable), mais, en tout cas, aucunement d'origine berbère.
Une étude sur les familles juives d’Algérie appuie grandement notre thèse. En effet, nous retrouvons, en Algérie, deux lignées de familles juives issues d’une même racine : les « Zemmour » et les « Aben Zemerro ». Lorsque nous analysons leurs actes de naissances et de décès, nous pouvons voir que les membres de ces deux familles sont généralement associés à d’autres variantes, telles que « Zmirou », « Zamora » ou encore « Smirou ».
Chez les Zemmour, nous pouvons citer plusieurs exemples : Moïse Zemmour, né à Constantine à une date inconnue, s’appelle également « Zamor ». Mardochée Zemmour, né en 1770 à Alger, s’appelle aussi « Zemour Zamour Zemou ». Myriam Zemmour, née aux alentours de 1809, s’appelle également « Zemiro ». Messaoud Zemmour, né à Sétif aux alentours de 1863, se nomme aussi Messaoud Zamour. Mais bien plus intéressant encore, et ce qui accrédite notre thèse, c’est une certaine Sultana Zemmour, appelée aussi Sultana…Zamora, orthographiée de manière identique à la ville de Zamora, en Espagne, d’où les Zemmour tirent certainement leurs origines ancestrales. C’est également le cas pour Moïse Zemmour, né à Constantine, qui se fait également appeler Moshé Zamora.
Pour ce qui est de la famille Aben Zemerro, le constat est identique. Par exemple, dans le document d’identité de David Aben Zemerro, cordonnier de profession, né en 1849 à Médéa, en Algérie, et mort en 1905 dans la même ville, il est indiqué à la case « Surnom » : « Smiro Zmirou Zemirou ». Un homonyme, né quant à lui en 1786, s’appelle également « Zmirou ». Un autre homonyme, né en 1838, possède à peu près le même surnom : « Zmiro », tandis qu’un autre homonyme se fait appeler « Zemirou ». Camire Aben Zemmero, né en 1767, se fait appeler « Zmirou Kamir », tandis que Claude Aben Zemerro se nomme aussi « Smirou ». David Aben Zemerro, né aussi à Médéa en 1788, est appelé « Smiro Zmirou ».[25] Un autre David Aben Zemerro, né aux alentours de l’année 1836, s’appelle « Zemirou Zmirou Zemerou ».[26] Nous pouvons multiplier les exemples aisément, car la situation est la même pour absolument tous les membres répertorié de la famille « Aben Zemerro » (nous en avons retrouvé très exactement quatre-vingt-quatre).
La clé pour résoudre l’énigme des plus lointaines origines de la famille d’Eric Zemmour se trouve précisément dans les variantes de son nom. En ne restreignant pas notre champ de recherche à la seule variante « Zemmour », l’espace et le temps dans lequel nous pouvons nous engouffrer pour poursuivre nos investigations se trouvent de plus en plus élargis ; nous faisons ainsi un bond de plusieurs siècles en arrière et nous dépassons les frontières de l’Afrique du Nord pour nous retrouver dans la péninsule ibérique.
Si nous effectuons une recherche dans la littérature espagnole sur le nom « Aben Zemerro », l’une des variantes du mot « Zamora », qui a aussi donné le nom « Zemmour », nous pouvons remonter encore plus loin dans la généalogie des « Zemmour », tant sur le plan chronologique que sur le terrain géographique. Un ouvrage intitulé « Documentos acerca de la expulsión de los judíos », publié en 1964 par Luis Suarez Fernandez pour le compte du Conseil Supérieur de Recherches Scientifiques de Valladolid, va nous être particulièrement utile pour nos recherches. En effet, dans ce document qui revient sur l’expulsion des juifs de Castille, dans la péninsule ibérique, précisément où se situe la ville de Zamora, par ailleurs, nous retrouvons un certain Isaac Aben Zemerro.
« 1492, mayo 5, Santa Fe. Don Fernndo e dona Ysabel etc., a vos el nuestro corregidor de la çibdad de Vadajos, salud e garcia. Sepades que don Ysac AbenZemerro, judio vesino desa dicha çibdad nos hizo relaçion por su petiçcion que ante nos en el nuestro consejo presento diziendo que muchas personas vesinos desa dicha çibdad e su çercamiento le deven çiertas quantias de mrs e que aunque muchas vezes se los ha pedido, dis que nunca se le han querido dar e pagar, en lo qual si asi pasase quel reçebiria en ello mucho agravio e dano. »[27]
En français :
« 5 mai 1492. Don Fernando et Doña Isabel, etc., à vous notre corregidor de la ville de Badajoz, salut et grâce. Sachez que Don Ysac AbenZemerro, un juif résidant dans ladite ville, nous a informés par sa requête présentée devant notre conseil, affirmant que plusieurs personnes habitant cette ville et ses environs lui doivent certaines sommes d'argent. Malgré ses multiples demandes, il affirme qu'ils n'ont jamais voulu lui donner ni payer, ce qui, s'il devait se confirmer, lui causerait beaucoup de préjudice et de dommages. »
Ce texte est un extrait d'une lettre dans laquelle Don Fernando et Doña Isabel s'adressent au corregidor de la ville de Badajoz. Ils mentionnent que Ysac AbenZemerro, un juif résidant dans ladite ville, a présenté une pétition à leur conseil, affirmant que de nombreux habitants de cette ville et de ses environs lui doivent certaines sommes d'argent. Malgré ses demandes répétées, il affirme qu'ils refusent de lui payer. Il exprime sa préoccupation quant au préjudice et aux dommages qu'il subirait si cette situation devait perdurer. Cette lettre fut rédigée dans les premiers mois de l’année 1492, moment où les rois d’Espagne décidèrent d’expulser les Juifs de la péninsule ibérique. Puisque nous retrouvons la famille AbenZemerro en Afrique du Nord, celle-ci faisant partie des familles juives d’Algérie, nous comprenons sans difficulté que celle-ci est issue de ces nombreux juifs d’Espagne expulsés de la péninsule ibérique ayant trouvé refuge au Maghreb à partir de 1492. Cela nous est par ailleurs confirmé par l’Encyclopedia Judaica.
« Cádiz, port maritime de l'Atlantique dans le sud-ouest de l'Espagne. Certains historiens ont identifié Cádiz avec le biblique (Tarshish) ; des Juifs auraient pu y vivre pendant la période de domination musulmane dans la péninsule ibérique. Un Juif, Samuel de Cádiz, figurait parmi ceux à qui des propriétés furent attribuées dans la région après sa reconquête et son peuplement au XIIIe siècle. L'établissement juif a gagné en importance lorsque l'île sur laquelle se trouvait Cádiz a été reliée au continent par les sédiments du Guadalquivir. On en sait davantage sur la communauté juive de Cádiz au XVe siècle. Le traitement impitoyable par l'Inquisition des affaires en provenance de Cádiz jugées en 1481 à Séville montre qu'une communauté de *Conversos existait à cette époque. Lorsque les Juifs ont été expulsés d'Andalousie, ceux de Cádiz se sont déplacés vers la Castille. Un certain nombre de Juifs, dont Moïse et Isaac Aben Zemerro, ont reçu des laissez-passer pour régler leurs affaires dans la ville. Selon le chroniqueur Bernaldez, 8 000 Juifs sont partis de Cádiz, principalement pour l'Afrique du Nord, lors de l'expulsion d'Espagne en 1492. Le recensement de 1877 a montré la présence de 209 Juifs à Cádiz, principalement originaires du Maroc, mais aucune communauté permanente ne s'est formée (JC, 8 octobre 1886). »[28]
L’historien espagnol Fernando Gonzalès del Campo Román confirme que les différentes variantes des noms des familles juives du Maghreb que nous avons mis en lumière proviennent effectivement de la ville de Zamora :
« …la répartition du nom de famille Zamorano - dérivé de Zamora - et l'existence de certains crypto-juifs portant ce nom (ainsi que le nom de famille Zambrano), puis je parcours quelques variantes et possibles 'translittérations' de ces noms de famille - Ben Zmira, Ben Zamirro, Aben Zemerro y Aben Somerro - parmi les Juifs d'Espagne. »[29]
Nous avons la confirmation de l’expulsion de la famille Aben Zemerro dans le document de Miguel-Angel Ladero Quesada, publié pour l’Université Complutense de Madrid :
« La première ligne indique le nom du chef de famille ou du responsable du 'foyer' ou du groupe. Sur la deuxième ligne, séparés par des barres, les données suivantes : la localité, bien que pas toujours / Le nombre de personnes composant le groupe / La valeur attribuée aux biens qu'ils transportent, en maravedis, sur laquelle est prélevée la dîme douanière / Et, s'ils transportent de la soie, la quantité, en 'livres', car cela implique un droit spécial, en plus de la dîme : il est entendu que la valeur de la soie est déjà incluse dans la valeur totale des biens / Autres données. (…) 22 Juin : Ysaque Aben Zemerro. Guadix /13/75.175/41.5 Libras seda ».[30]
Conclusion : Éric Zemmour n’est pas d’origine berbère
Nous arrivons à la fin de la première partie de notre ouvrage. Nos conclusions sont les suivantes :
Éric Zemmour est « racialement » juif ; il ne peut donc pas être d’origine berbère. Les juifs israélites installés en Afrique du Nord en provenance de Judée n'ont pas cherché à faire du prosélytisme pour convertir les Berbères. S’il n’est bien-sûr pas exclu que des conversions de certains Berbères vers le judaïsme aient pu exister, elles étaient pourtant minoritaires.
Éric Zemmour est un juif sépharade, ce qui implique que ses origines sont à rechercher dans la péninsule ibérique, et non dans le nord de l’Afrique. Si un certain nombre de ses ancêtres ont pu s’installer en Algérie ou au Maroc dans les siècles précédents, cela ne fait pas d’eux des personnes originaires de cette terre ; les ancêtres de Zemmour sont arrivés dans le Maghreb actuel en provenance d’Espagne.
Le patronyme de notre polémiste « Zemmour » ne provient pas du berbère « Azemmour », mais de l’espagnol « Zamora », région située dans le nord de la péninsule ibérique, d’où sont originaires les ancêtres de la famille juive d’Algérie Zemmour et de leurs « cousins », les Aben Zemerro. Les différentes variantes de « Zamora », telles que « Zemmour », « Zamor » ou « Aben Zemerro », ainsi que toutes les autres versions différemment orthographiées du même mot « Zamora », viennent d’une seule et même racine : la ville de Zamora, en Espagne.
Le problème n’est pas de savoir si notre polémiste est berbère ou non, mais de comprendre pourquoi sa pseudo-berbérité originelle est-elle si importante dans son discours. Nous avons un élément de réponse immédiat lorsque nous constatons que ces fausses racines berbères sont quasi-systématiquement mises en avant par Eric Zemmour pour s’opposer aux Arabes et (ou) aux musulmans. En se rattachant à un peuple berbère qu’il ne connaît en réalité que très peu et qu’il ne côtoie assurément pas, l’ancien candidat à la présidentielle tente stratégiquement de s’inscrire en rupture avec les Arabes maghrébins, tout en tentant de rallier à lui les Berbères d’Afrique du Nord. « Je ne suis pas raciste, je suis Berbère, mes ancêtres sont berbères. Nous, les Berbères, nous ne sommes pas comme les Arabes ; les Arabes sont des colons en Afrique du Nord, ils nous ont colonisés et nous persécutent depuis 1 000 ans ! ». Voilà, en résumé, ce que pourrait être, en substance, le message sous-jacent du discours d’Eric Zemmour : diviser pour régner, se rattacher aux uns pour mieux s’attaquer aux autres, tout en se dédouanant d’éventuelles anathèmes qui pourraient lui être opposés.
Non, Eric Zemmour n’est pas un Berbère, et ses ancêtres n’ont jamais été des Berbères. Tout cela fait partie de sa stratégie de communication.
Mohammed Ibn Najiallah
Sources bibliographiques :
[1] Radio Monte-Carlo, les Grandes Gueules. 7 janvier 2008
[2] L’Express. Laurent Martinet. 11 mars 2010
[3] En arabe, « olivier » se dit « Zaytoun »
[4] [4] Eric Zemmour affirme que les Arabes « persécutent » les Berbères, mais ne donne aucun éléments, aucun exemples, qui pourraient appuyer son propos.
[5] Pour aller plus loin sur la question, lire notre ouvrage « Berbères et arabité, lumière sur un lien ancestral », aux éditions Renaissance Arabe. 2021
[6] Il est important de rappeler que le miroir d’une culture et d’une civilisation est, avant tout, reflété par la langue.
[7] « Lissan al-Gharbi ». Lire l’ouvrage Histoire du Maghreb Médiéval, de Mehdi Gouirgate et Pascal Buresi.
[8] [8] Parmi ses nombreux travaux sur la présence juive en terre d’islam : Numéro spécial de la Revue Européenne des Études Hébraïques (REEH) À la mémoire de Richard AYOUN, Hors-série, 2008, 361 p. + 9 pages en hébreu : " Les Juifs du Constantinois de l'Antiquité à la fin de l'époque romaine ", au Colloque International organisé par le groupe de recherche Langues et Cultures des Juifs du Maghreb et de la Méditerranée Occidentale - LaCNAD - INALCO, Patrimoine des Juifs du Maghreb : Miroir d'une diversité culturelle, 15 décembre 2008, p. 9-25 ; Les Juifs livournais à Tunis au xviiie siècle et au-delà ", au Colloque : La Tunisie et ses étrangers, Tunis (1er - 3 novembre 1996), Université des lettres arts et sciences humaines, Faculté des sciences humaines et sociales, Tunis, p. 26-65 ; " Les Juifs d'Algérie au-delà des pressions officielles et des lobbies de mémoire ", au colloque du 20 au 22 juin 2006, p. 66-95 ; " De la prostitution juive en Algérie aux époques précoloniales et coloniales françaises ", p. 96-141 ; " Adolphe Crémieux et l'émancipation des Juifs d'Algérie ", à la table ronde scientifique les combats d'Adolphe-Isaac Crémieux au Carré d'Art à Nîmes organisé par le Centre de Recherches "Juifs et Chrétiens d'Orient" Université Paul Valéry Montpellier III et le Centre culturel Adolphe-Isaac Crémieux, Nîmes, 11 mars 1999, p. 142-198 ; " Le rabbin Samuel Aboulker, et des membres de sa famille ", p. 195-198 ; " Juifs et Musulmans en Algérie jusqu'aux manifestations antisémites de la fin du xixe siècle ", p. 199-252 ; " La violence antijuive des Musulmans en Algérie de 1930 à 1940 ", au colloque Die Entstehung von Feindbildern im Konflikt um Palästina du 6 au 8 septembre 2000, Technische Universität Berlin, Allemagne, Leske + Budrich, Opladen, p. 253-326 ; " Exclusion ou exil ? Les Juifs d'Afrique du Nord (XIXe - xxe siècle) Les Juifs d'Algérie de la Régence turque à la Ve République ", à la troisième journée du livre d'Histoire et de Recherche Juives, à l'Espace Rachi, Paris, 9 novembre 2003. Présidence de ce colloque, p. 350-362.
Juifs d'Algérie 1830-1907. Inventaire des archives consistoriales et bibliographie. Paris-Louvain, PEETERS, Collection de la revue des études juives, 2017, 3 tomes, XXXIV-1555 p.
[9] Le Talmud a été rédigé sur une longue période, mais sa rédaction collective s'est principalement déroulée du IIe au VIe siècle. La première étape de la rédaction du Talmud remonte au IIe siècle, à l'instigation de Rabbi Akiba et de son disciple Rabbi Me'ir, avec la compilation de la Mishna. La rédaction du Talmud s'est poursuivie par la production des commentaires de la Mishna, aboutissant à la formation du Talmud de Jérusalem et du Talmud de Babylone. Selon les traditionalistes, la mort de Ravina en 499 est la dernière date possible pour la complétion de la rédaction du Talmud
[10] Talmud, traité Ménachoth 110a
[11] Kontre Kulture Editions. Février 2021
[12] L’Autre Zemmour. Youssef Hindi, préface d’Alain Soral. Kontre Kulture Editions. P. 29
[13] Eric Zemmour, une supercherie française : Pamphlet barbaresque. Mohamed Sifaoui. 2010
[14] Liberté, égalité, immigration ? La France à l’heure du choix. Jean-Claude Barreau. 2016
[15] Ibid
[16] Les Zemmour. Essai d'histoire tribale. Marcel Lesne
[17] Description de l’Afrique septentrionale. El Bekri. Trad. Mac Guckin de Slane. P. 300-302
[18] Exploration scientifique de l’Algérie, description géographique de l’empire de Maroc ». Emilien Renou. P. 33,48
[19] Le Pays : journal des volonté de la France ». 2 octobre 1853.
[20] Courrier de la Rochelle. 29 mai 1858
[21] Messager du Midi : journal du soir. 14 juin 1858
[22] Archives diplomatiques : recueil de diplomatie et d’histoire. 1er janvier 1861
[23] Revue des eaux et forêts : économie forestière, reboisement…1 er janvier 1862
[24] Géographie universelle » de Malte-Brun. Tome 5. P. 116
[25]http://anom.archivesnationales.culture.gouv.fr/caomec2/osd.php?territoire=ALGERIE&acte=985945
[27] Documentos acerca de la expulsión de los judíos. Luiz Suarez Fernandez. P. 401
[28] Jewishvirtuallibrary.org
[29] https://www.zamorasefardi.com/ Iniciativa del Centro Isaac Campantón, fundado en el 2013, investigando, poniendo en valor y comunicando el legado judío de la ciudad y la provincia de Zamora, Castilla y León, España. Lunes, 18 mayo de 2020
[30] De nuevo sobre los judíos granadinosal tiempo de su expulsión. The Jews of Granada at the Time of their Expulsion RevisitedMiguel-Ángel LADERO QUESADAUniversidad Complutense. Madrid