Introduction
Dans une interview accordée au journal italien Corriere Della Sera en 2014, Eric Zemmour reprochait aux musulmans d’avoir leur propre code civil, qui est le Coran :
« Il y a des millions de personnes qui vivent en France sans vouloir vivre à la française. Ils vivent entre eux, dans les périphéries. Les musulmans ont leur Code Civil, c’est le Coran. ». En gros, le polémiste suggère l’idée que les musulmans ne peuvent, par essence, être assimilés à la République française, voire à l'Occident plus largement, car ils seraient déjà régis par leur propre législation, qui est le Coran. Et ce n’est pas tout, Zemmour affirme que les musulmans vivent entre eux "dans les périphéries", laissant entendre que les musulmans de France constitueraient un bloc monolithique s'autoexcluant volontairement de la société française pour vivre selon leurs propres règles et lois. Pourtant, le problème est que Zemmour raconte absolument n’importe quoi. Il mélange plusieurs sujets de société qu'il assemble pour en faire une bouillie idéologique totalement informe et indigeste. Nous allons examiner ses affirmations sur les musulmans en périphérie, dans les banlieues des grandes métropoles françaises.
L’immigration musulmane en France
S’il y a bien un sujet qui tient à cœur à Eric Zemmour et aux idéologues de son genre, c’est bien celui de l’immigration, qu’il lie intrinsèquement à l’islam, et l’islam qu’il lie à une prétendue islamisation ou « colonisation » du pays. Grosso modo, la thèse d’Eric Zemmour voudrait que les musulmans de France auraient, en quelque sorte, un projet secret dissimulé qui aurait pour dessein de conquérir la France de manière détournée. En effet, selon notre polémiste, les éléments visuels qui montrent une certaine visibilité quant à la présence musulmane en France (voile, barbe, commerces halal, etc.) seraient tout autant des éléments de conquête passifs ; selon Eric Zemmour, les femmes arborant le foulard islamique, les hommes portant la barbe ou la qamis, le feraient, non pas pour des raisons religieuses personnelles, mais pour des raisons de conquêtes islamiques passives. Il y a tellement de choses à remettre en place sur cette question qui regroupe plusieurs thèmes que cela mériterait qu’on y consacre un ouvrage entier. Nous allons donc tenter, autant que faire se peut, de déconstruire la question de manière synthétique dans ce chapitre.
« Eurabia » ou les origines du débat sur l’immigration arabo-musulmane en France et en Europe
En 2005[1], un ouvrage intitulé « Eurabia » (contraction de « Europe » et « Arabia ») , publié par une certaine Bat Ye’or, de son vrai nom Gisèle Orebi, une essayiste juive d’origine égyptienne. Dans sa thèse sur « Eurabia », développée dans son ouvrage, il existerait un « axe » euro-arabe, ; un accord passé entre certaines instances dirigeantes européennes après la crise pétrolière de 1973 à l'instigation de la France sous couvert du « dialogue euro-arabe » Selon cette thèse, l'objectif véritable serait de créer un ensemble méditerranéen euro-arabe visant à contrebalancer l'influence géopolitique des États-Unis. Dans cette perspective, les dirigeants européens auraient négocié une « reddition politique et culturelle » en vue d'obtenir des garanties dans leur approvisionnement en pétrole et dans la lutte contre le terrorisme tout en favorisant l'immigration musulmane, et in fine en adoptant une politique anti-israélienne. Ses travaux aux idées farfelues ont été réfutés par la critique depuis plusieurs décennies, mettant en exergue l’aspect peu sérieux de ses thèses.
André Sapir, professeur d’université et chercheur écrit que « l'idée même d'Eurabia [est] basée sur une théorie du complot extrémiste, selon laquelle l'Europe et les États arabes joindraient leurs forces pour rendre la vie impossible à Israël et islamiser le vieux continent …».[2]
Ivan Jablonka, historien français, qui considère la thèse comme une « fable » écrit :
« Eurabia : The Euro-Arab Axis est un livre de combat. Les approximations et les fantasmes qu’il véhicule composent une espèce de politique-fiction qui ferait sourire si elle ne visait pas à attiser la haine. »[3]
Caroline Fourest, qui n’est pourtant pas spécialement connue pour être une grande sympathisante de la présence musulmane en France, écrit :
« Les néo-conservateurs, eux, pensent qu’un « lobby euro-arabe » complote pour anéantir Israël et islamiser l’Europe. C’est la thèse du livre de Bat Ye’Or. A l’en croire, le dialogue euro-méditerranéen n’a qu’une seule finalité : « construire un axe euro-arabe anti-Israël, anti-chrétien, anti-occidental, judéophobe et antisémite ». Le ton fait penser à La rage et l’orgueil d’Oriana Fallaci. La méthode, elle, est digne de Thierry Meyssan, l’auteur de L’Effroyable imposture... Une succession de faits sans rapports les uns avec les autres, que l’auteure imbrique et tord dans tous les sens pour donner le sentiment d’une conspiration. (…) Tout le livre passe son temps à confondre des revues et des fondations pensées pour favoriser le dialogue entre les cultures avec un complot fomenté par l’Union européenne et les pays arabes. Que faut-il en déduire ? Que l’Union européenne doit cesser de parler avec tout pays de la rive sud de la Méditerranée tant que le conflit israélo-palestinien n’aura pas cessé ? C’est idiot et absurde. »[4]
Thomas Jones écrit, dans le « London Review of Books » :
« La deuxième règle à garder à l'esprit lorsque l'on élabore une théorie du complot est qu'elle doit être circulaire, ou plutôt en spirale, de manière à ce que toute critique puisse être absorbée et transformée en preuve en sa faveur »[5].
Depuis, plusieurs personnalités publiques telles que le journaliste Ivan Rioufol, l’écrivain Renaud Camus, ou, bien entendu, Eric Zemmour, ont repris ces thèses et s’en sont fait une spécialité. Mais en réalité, il est important de rappeler que l’angoisse démographique qui aboutirait à un « grand remplacement »[6] ne date pas d’aujourd’hui, d’une part, et que cette crainte ne ciblait pas forcément les arabo-musulmans, mais tous les peuples issus du tiers-monde. Dans les années 50, les Européens regardaient avec inquiétude le manque de productivité natale des « Blancs », au contraire de la surproductivité des Africains ou des Orientaux qui eux, avaient tendance à faire beaucoup d’enfants.[7] "Le problème était paradoxal : certes, à cette époque, l’immigration était plus que nécessaire et répondait à une déficience de main-d’œuvre ; mais les effets négatifs de cette immigration semblaient alors inévitables puisqu’ils étaient consubstantiels à celle-ci : un flot de personnes venues d’ailleurs et anthropologiquement différentes allait s’installer et, petit à petit, finirait par se substituer à la population « autochtone ». C’est le début d’une hantise de l’individu venu d’ailleurs, celui qui finira par prendre le travail du blanc, sa voiture, sa femme, et même sa place tout court. Pour ne pas nous éloigner davantage du sujet de notre ouvrage, nous ne développerons pas davantage cette question.
La présence musulmane en France : le grand patronat, complice de la « conquête »
Contrairement à ce que laisse entendre Eric Zemmour, la présence arabo-musulmane en France ne s’est pas faite par une conquête passive de la part des musulmans venus d’Afrique du Nord dans le but de « coloniser » la France pour l’islamiser. En réalité, et pour rester concis, la présence arabo-musulmane en France est bien plus complexe que ce que certains laissent entendre ; elle n'a pas commencé avec l'immigration ouvrière des années 1950-60-70. Revenant à l’histoire, il serait tout à fait possible d’affirmer, comme nous le ferons et démontrerons dans un ouvrage ultérieur, que certains arabo-musulmans sont des « autochtones » en France (du moins dans certaines régions), car la présence arabe dans l’Hexagone remonte au début du VIIIe siècle. À cette époque, des Arabes et des Berbères venus d’Afrique du Nord et du Proche-Orient s’établirent dans la région sud du pays après la conquête d’Al-Andalus. Jusqu’à la fin du Xe siècle, une partie de la Côte d’Azur actuelle (et même jusqu’à Montpellier et Grenoble) comptait un nombre notable de musulmans parmi ses habitants[8]. Plusieurs siècles plus tard, dans les années 1700, des Égyptiens (certains originaires du Proche-Orient) vivaient également en France, notamment à Marseille et à Paris.[9] Enfin, pendant la période coloniale, des prisonniers algériens furent également envoyé en France dans les années 1800 pour travailler chez des paysans français[10]. Nous préparons un ouvrage sur la question qui sera prochainement disponible aux éditions Renaissance Arabe.
Au début du XXe siècle, la France, démographiquement en mauvais état, fait appel à la main-d'œuvre étrangère, et ce dès la Première Guerre mondiale. Ainsi, le ministère de l'Armement recrute des Nord-Africains, des Indochinois et des Chinois. Une carte de séjour est instituée en 1917, tandis que l'immigration se développe particulièrement pendant l'entre-deux-guerres, une partie étant composée de réfugiés politiques (Russes, Arméniens, Allemands, Italiens, Espagnols). La gestion des populations migrantes est en grande partie déléguée par l'État aux organisations patronales, notamment à la Société générale d'immigration, qui a été établie en 1924 par des organismes patronaux spécialisés. Cette société était hébergée par le "Comité des Houillères" sous la direction d'Henri de Peyerimhoff de Fontenelle. Une étude de l’INSEE paru le 19 avril 2016 dit :
« Après 1945, la reconstruction a conduit à se tourner vers l’Algérie, puis vers les autres pays du Maghreb un peu plus tard. Ces immigrés se sont installés principalement en Île-de-France, à Lyon, à Marseille ou à Grenoble. Parallèlement, les conditions économiques et politiques des pays du sud de l’Europe ont poussé leurs habitants à émigrer. Une nouvelle vague d’immigration espagnole a été embauchée principalement dans l’industrie automobile et la sidérurgie. »[11]
Dans les années 1920, ce sont les chefs d'entreprise des usines qui prenaient en charge des aspects tels que l'organisation des trains pour faire venir des milliers de Polonais en France, par exemple. Ces pratiques ont persisté jusqu'à ce que le gouvernement prenne la décision de fermer les frontières et d'adopter la politique du regroupement familial au début des années 1970.
Depuis le milieu du XXe siècle, la France a progressivement mis en place une politique spécifique en matière d'immigration. L'ordonnance du 2 novembre 1945 a joué un rôle central dans cette évolution en créant l'Office national d'immigration et en introduisant les cartes de séjour d'une, cinq et dix ans. Cette ordonnance de 1945 a jeté les bases d'une politique d'immigration à long terme, notamment en mettant en place le regroupement familial et en accordant de nouveaux droits au fur et à mesure de l'extension de la durée du séjour des étrangers, supposant ainsi leur intégration. À cette époque, l'immigration était perçue de manière ambiguë, à la fois comme une immigration durable, familiale et liée au travail en termes de législation. Cependant, cela n'a pas empêché l'administration de suspendre l'installation des travailleurs étrangers en juillet 1974, suivie d'une tentative infructueuse entre 1978 et 1980 de renvoyer de force les travailleurs nord-africains en Algérie.
Après les accords de Genève qui ont mis fin à la guerre d'Indochine en 1954, près de 5 000 Français d'Indochine, y compris des couples mixtes et des veuves de Français fuyant la guerre, ont été rapatriés et "accueillis" dans des Centres d'accueil des Français d'Indochine (CAFI), notamment à Noyant dans l'Allier et à Sainte-Livrade en Lot-et-Garonne. Ensuite, de nombreux juifs marocains, souvent en transit vers Israël, ainsi que les Harkis après les accords d'Évian en 1962, ont été logés dans des centres de transit ou d'accueil. Leur mobilité était limitée, les interactions avec la population locale étaient compliquées, et leurs conditions de travail étaient précaires. Ces conditions ont été partagées par l'immigration économique en provenance du Maghreb dans les années 1970. Les migrants étaient logés dans des foyers ouvriers. La Société nationale de construction de logements pour les travailleurs algériens et leurs familles (SONACOTRA) a été créée en 1956 pour résoudre le problème de l'habitat insalubre des migrants originaires d'Algérie, notamment les bidonvilles, en particulier autour de Paris, comme celui de Nanterre. Son premier foyer a été construit en 1959 à Argenteuil. À la fin des années 1970, une grève des loyers a éclaté contre la SONACOTRA, et l'État a expulsé dix-huit migrants en invoquant des "troubles à l'ordre public".
Mais les choses vont commencer à se compliquer. En effet, après une période pendant laquelle les autorités publiques ont encouragé l'immigration pour répondre aux besoins de main-d'œuvre de l'économie française dans les années 1960, la crise économique des années 1970 et la fin du plein emploi ont conduit à une limitation des flux migratoires. En conséquence, les circulaires Marcellin - Fontanet de 1972 ont conditionné l'octroi d'une carte de séjour à la détention d'un titre de travail et d'un logement décent, tout en mettant fin aux procédures de régularisation. Cette même année, quatre hauts fonctionnaires, qui sont toujours restés anonymes, ont fondé le Groupe d'information et de soutien des immigrés (GISTI), qui a ouvert sa première permanence à la Cimade, avec pour objectif de contrecarrer toutes les mesures gouvernementales visant à réduire l'immigration. Le président Valéry Giscard d'Estaing a pris la décision abrupte d'interrompre l'immigration pour des raisons économiques le 5 juillet 1974, marquant ainsi un tournant dans la politique française en matière d'immigration. Initialement prévue pour trois ans, cette décision est devenue permanente. Elle découle d'une décision arbitrale perdue par le tout nouveau secrétaire d'État André Postel-Vinay, qui a été prise après un revirement de dernière minute du Premier ministre, Jacques Chirac. André Postel-Vinay a immédiatement démissionné et a été remplacé par Paul Dijoud, qui a mis en œuvre cette rupture, assouplie en 1976 par l'introduction du regroupement familial.
De plus, des efforts ont été déployés pour favoriser le retour vers le pays d'origine en proposant une prime importante (en 1978, le "million Stoléru", équivalent à 10 000 francs).[12] En parallèle, le droit au regroupement familial a été instauré, permettant aux immigrants de faire venir leur famille en France. Ceci reflète la reconnaissance par Paris que l'immigration professionnelle ne peut pas être simplement considérée comme provisoire. En 1976, un décret a été établi pour ne pas renouveler les cartes de séjour des étrangers sans ressources ou ayant quitté le territoire depuis plus de six mois. Le 10 novembre 1978, le Conseil d'État, saisi par le GISTI, a annulé les dispositions du décret qui subordonnaient le regroupement familial à l'engagement de ne pas travailler.
En 1980, la loi 80-9 Bonnet a durci les conditions d'entrée sur le territoire français et prévu l'expulsion des étrangers entrés sur le territoire sans autorisation. Le 2 avril, à Lyon, un mouvement de protestation impliquant un pasteur, un prêtre et un immigré algérien a donné lieu à une grève de la faim, entraînant la suspension de ces mesures. Alors que le chômage augmentait parmi les immigrants, le 10 mai 1980, une marche a été organisée par le Parti socialiste, le PSU, la CFDT et la Ligue des droits de l'homme contre le projet de Lionel Stoléru, alors secrétaire d'État auprès du Ministre du travail, visant à mettre fin à l'immigration, à ne pas renouveler les permis de travail des étrangers au chômage et à favoriser leur retour dans leur pays d'origine. Le 7 juin 1980, une nouvelle manifestation a été organisée dans plusieurs villes à l'appel des mêmes associations, auxquelles s'est jointe la Fédération de l'Éducation nationale, en vue de former une Fédération des associations de solidarité avec les travailleurs immigrés (FASTI).
Pour résumer, contrairement à la propagande fallacieuse d’Eric Zemmour et consort, l’immigration musulmane n’est pas le fruit d’une conquête décidé de manière unilatérale par des musulmans venus du sud de la Méditerranée, mais celle-ci fut décidé par le gouvernement et le grand patronat pour importer de la main-d’œuvre bon marché.
Les fantasme face à la réalité des chiffres
A en croire certains, Éric Zemmour en tête, la France serait en passe d’être démographiquement islamisé par une horde d’envahisseur venue du Sud. Pourtant, lorsqu’on fait un travail d’analyse sérieux, ce genre de fantasme ne pèse pas bien lourd face à la réalité des chiffres.
Un certain Mark Steyn, auteur canadien résidant aux Etats-Unis d’Amérique, expliquait, en 2010, que d’ici dix ans (en 2020, donc), la population musulmane en Europe serait de 40 %[13]. Qu’en est-il, aujourd’hui ? La prophétie s’est-elle réalisé ? Pas vraiment, si nous prenons en compte les études sérieuses et que nous laissons de côté les délires fantasmagoriques des idéologues orientés. Raphael Liogier, professeur à l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence et dirigeant de l’Observatoire du religieux, écrit qu’en 2012, l’Europe avait, sur son sol, une population musulmane totale d’environ…4%.[14] L’auteur se questionne précisément sur les prédictions de Mark Setyn :
« Sachant que les musulmans représentent actuellement près de 4% de la population de l’Union européenne (en prenant au plus large, alors qu’un grand nombre de ceux qui sont classé ainsi ne sont, si l’on veut, que de culture d’origine musulmane), on ne comprend pas comment , en moins d’une génération, ce pourcentage pourrait être multiplié par dix. Imaginons que tous les musulmans putatifs, considérés comme tels en raison de leurs origines ethniques nationales, culturelles, fassent effectivement plus d’enfants que la moyenne et une l’immigration en provenance des pays reconnus comme culturellement musulmans en reste au niveau actuel, ils pourraient difficilement dépasser 10 % de la population européenne…dans un siècle. Il faudrait donc compter une explosion de l’immigration, mais aussi sur des conversions (vraiment) massives. Il y aurait plus de 100 000 convertis par an au Royaume-Uni, selon l’énorme chiffre qui circule sauvagement encore sur internet (et qui semble avoir été confondu avec le nombre total de convertis qui correspond à peu près à cela d’après les enquêtes que nous évoquerons plus loin). »[15]
« Dans une fourchette moyenne sans toute plus proche de la réalité, les musulmans représenteraient donc aujourd’hui en France entre 3,5 et 5%, et dans une fourchette haute, entre 8 et 11 % de la population, dont la moitié de citoyens français. En Allemagne, ils seraient entre 3 et 5,2 %, en Suisse 4,3 %, en Belgique 4%, en Autriche 4,3 % , en Suède 5%, aux Pays-Bas 5,2 %, au Danemark 3,7 % et, enfin, au Royaume-Uni 2,7 %. Dans les autres pays de l’Union la proportion est beaucoup plus faible. Certains rares pays d’Europe, non membres de l’UE, ont une plus forte proportions de musulmans, en particulier l’Albanie (80%), le Kosovo (90%), la Bosnie-Herzégovine (40%) et la Macédoine (33%), mais ce sont de petits États dont la population, pour chacun d’entre eux, ne dépasse pas 5 millions d’habitants, à l’exceptions de la Russie qui se trouve être le plus grand pays musulman d’Europe (1166,5 millions, soit 11,7 % de sa population). Au total, de l’Atlantique à l’Oural, l’Europe compte un peu plus de 38 millions de musulmans, soit 5,2 % d’une population de 740 millions d’individus. Si l’on en reste à l’UE, on en dénombre entre 12 millions (fourchette basse) et 16 millions (fourchette haute) pour une population de 500 millions d’individus (entre 2,4 % et 3,2 %, donc)…très loin des 50 millions fantasmés ».[16]
Plusieurs études statistiques ont été réalisé en France, comme celle du Pew Research Center, qui établit en novembre 2017 que la population musulmane en France s’élevait, en 2016, à 5,7 millions, donc 8,8 % de la population totale. Ce même centre de recherche estime qu'en 2050 en France entre 12,7 % et 18 % de la population sera musulmane, ce chiffre variant en fonction de la quantité d'immigration vers la France.[17] En 2019, l'Observatoire de la laïcité estime le nombre de musulmans en France à 4,1 millions (soit environ 6 % de la population totale)[18]. Selon une étude de l'INED et l'Insee dont les résultats ont été publiés en 2023, parmi la population de 18 à 59 ans en France métropolitaine, il y avait en 2019-2020, 10 % de personnes se déclarant musulmans[19], donc toujours bien loin des 40 % prédit par Mark Seyner.
Qu’Éric Zemmour et les idéologues de son genre soient opposés à l’immigration exogène en Europe ne nous posent aucun problème. Cependant, s'ils désirent être pris au sérieux, ils doivent cibler les véritables responsables de cette immigration plutôt que de blâmer ceux qui, en réalité, en sont tout autant victimes. Prétendre que l’immigration musulmane est le résultat d’une sorte de « djihad » passif relève de la moquerie envers les auditeurs ou les lecteurs. La réalité factuelle, objective et vérifiable est que l’immigration arabo-musulmane en France a été décidée pour des raisons économiques, voulue et initiée par le gouvernement de l’époque et par le grand patronat. Ni le peuple français « de souche », ni les descendants d’immigrés ne devraient endosser la responsabilité de cette politique migratoire pluri-décennale
- Un « communautarisme » géographique
Comme mentionné précédemment dans ce thème, dans sa déclaration au journal italien Corriere Della Sera, Eric Zemmour n'a pas pris la peine d'adopter la rigueur qui aurait dû être de mise lorsqu'on aborde des sujets de société. En mélangeant les sujets de l’islam et de l’immigration, Zemmour amalgame sans vergogne des questions théologiques (le Coran ; la Loi islamique) avec des questions sociologiques (l'immigration ; les zones géographiques où les immigrés maghrébins se sont installés). Que peut-il en ressortir, sinon une soupe intellectuelle avariée ?
Lorsque notre polémiste affirme que les musulmans de France « vivent entre eux dans les périphéries », il essaie de faire croire qu’il s’agit d'une démarche unilatérale de la part de la population maghrébine immigrée pour se détacher du corps de la société française « non-immigrée », afin de constituer une sorte de corps étranger ou semi-étranger au sein de la nation française, et que ces derniers vivraient en autarcie complète, régis par les lois islamiques. Affirmer ou penser cela démontre une incompétence sociologique et une méconnaissance abyssale de l'histoire. Nous démontrerons le contraire dans les pages suivantes.
L'installation des immigrés musulmans dans les banlieues françaises est le résultat d'une combinaison de facteurs historiques, économiques, sociaux et politiques. Voici une explication simplifiée de pourquoi et comment cela s'est produit :
- Histoire de l'immigration musulmane en France :
Le mouvement d'immigration musulmane d’origine ouvrière en France remonte au milieu du XXe siècle, principalement en provenance des anciennes colonies françaises, telles que l'Algérie, le Maroc et la Tunisie. Cette immigration était souvent liée à la main-d'œuvre nécessaire pour la reconstruction de la France après la Seconde Guerre mondiale et pour alimenter son économie en croissance. Les immigrés musulmans ont été encouragés à venir travailler en France, notamment dans des secteurs industriels et de la construction, en particulier dans les années 1950 et 1960. L'histoire de l'immigration musulmane en France est profondément liée à la période de l'après-Seconde Guerre mondiale, marquée par la reconstruction de l'économie française et la nécessité de main-d'œuvre. Les anciennes colonies françaises du Maghreb, en particulier l'Algérie, le Maroc et la Tunisie, ont fourni une grande partie de cette main-d'œuvre immigrée.
Migration pour la main-d'œuvre :
Après la Seconde Guerre mondiale, la France a connu une pénurie de main-d'œuvre dans divers secteurs, notamment la construction, les mines, et l'industrie manufacturière. Pour répondre à ces besoins, le gouvernement français a conclu des accords de main-d'œuvre avec les pays du Maghreb, tels que les accords Blum-Byrnes en 1946 et les accords bilatéraux signés dans les années 1960.
Facteurs économiques :
Les immigrants musulmans ont été attirés par les opportunités économiques offertes par la France, notamment des emplois stables et des salaires plus élevés qu'ils ne le trouvaient dans leur pays d'origine. Cette attraction économique a contribué à l'augmentation de l'immigration. Pour donner un exemple, l'industrie automobile française, en particulier dans la région de la région parisienne, a recruté de nombreux travailleurs maghrébins pour répondre à la demande croissante d'ouvriers qualifiés.[20]
- Urbanisation et logement :
Dans les premières années de leur arrivée, de nombreux immigrés musulmans ont été logés dans des logements temporaires, tels que des bidonvilles, en raison de la pénurie de logements abordables. L’urbanisation rapide de la France au cours de cette période a entraîné la construction de nouveaux quartiers en banlieue pour répondre à la demande de logements abordables. L'urbanisation et les problèmes de logement ont joué un rôle significatif dans l'installation des immigrés musulmans en banlieue en France.
Logements temporaires et bidonvilles :
Dans les premières années de leur arrivée en France, de nombreux immigrés musulmans, en particulier ceux en provenance des colonies, ont été confrontés à des conditions de logement précaires. Ils étaient souvent logés dans des bidonvilles ou des logements temporaires, en raison de la pénurie de logements abordables dans les zones urbaines. Par exemple, le bidonville de Nanterre, connu sous le nom de "Nanterre-la-Folie," était l'un des bidonvilles les plus célèbres de la région parisienne, où de nombreux travailleurs immigrés vivaient dans des conditions de surpeuplement et de pauvreté extrême. Enfin, l'implantation des Algériens se localisait dans les régions industrialisées, et les foyers de travailleurs nord-africains étaient concentrés en banlieue parisienne.[21]
- Construction de nouveaux quartiers en banlieue :
L'urbanisation rapide de la France au cours de cette période a conduit à la création de nouveaux quartiers en banlieue pour répondre à la demande croissante de logements. Ces quartiers ont souvent été construits à la périphérie des grandes villes, à proximité des zones industrielles. Par exemple, la construction de grands ensembles de logements sociaux, tels que les cités HLM (Habitations à Loyer Modéré), dans les banlieues de Paris, a été un élément clé de cette expansion urbaine. Ces ensembles ont souvent accueilli un grand nombre d'immigrés, car les loyers étaient abordables. de logements ont influencé les choix de résidence des immigrés.[22]
- Discrimination et ségrégation :
Au fil du temps, la discrimination et le racisme ont joué un rôle dans la concentration des immigrés musulmans en banlieue. De nombreuses pratiques discriminatoires, telles que la sélection au logement, ont limité leurs choix de résidence. La ségrégation ethnique et sociale a été renforcée par des facteurs tels que la stigmatisation des quartiers de banlieue, la concentration de la pauvreté et les inégalités en matière d'éducation et d'emploi. La discrimination et la ségrégation ont joué un rôle significatif dans la concentration des immigrés musulmans en banlieue en France.
- Discrimination dans le logement :
Les immigrés musulmans ont été confrontés à des pratiques discriminatoires lorsqu'ils cherchaient un logement en France. Les propriétaires pouvaient refuser de louer ou de vendre des logements à des personnes d'origine maghrébine ou musulmane, limitant ainsi leurs choix de résidence. Des études ont montré que des pratiques discriminatoires dans l'accès au logement étaient répandues en France, avec des tests de discrimination révélant des taux élevés de refus de location ou de vente à des personnes d'origine étrangère ou d'apparence non européenne.
Stigmatisation des quartiers de banlieue :
Les quartiers de banlieue où résident de nombreux immigrés musulmans ont souvent été stigmatisés comme des zones de criminalité, de violence et de pauvreté. Cette stigmatisation a contribué à renforcer la ségrégation en décourageant d'autres groupes de s'installer dans ces quartiers. Les médias et les discours politiques ont parfois contribué à la stigmatisation des quartiers de banlieue, en les décrivant de manière négative et en associant la délinquance à la population immigrée.
- Concentration de la pauvreté et inégalités socio-économiques :
La concentration des immigrés musulmans en banlieue a été renforcée par la concentration de la pauvreté dans ces quartiers. Les inégalités en matière d'éducation et d'emploi ont également contribué à la ségrégation, car les opportunités économiques étaient souvent limitées. Les taux de chômage plus élevés parmi les immigrés musulmans en France par rapport à la population générale ont contribué à la concentration de la pauvreté dans les quartiers de banlieue.[23]
- Réseaux sociaux et communautaires :
Les immigrés musulmans ont souvent créé des réseaux sociaux et communautaires dans lesquels ils se sont sentis plus à l'aise, partageant la même langue, la même religion et la même culture.
Cela a contribué à renforcer les liens communautaires et à encourager la concentration spatiale en banlieue. La création de réseaux sociaux et communautaires parmi les immigrés musulmans a joué un rôle significatif dans la concentration de cette population en banlieue en France.
- Solidarité communautaire :
Les immigrés musulmans ont souvent cherché à établir des liens avec d'autres membres de leur communauté en raison de la proximité culturelle, linguistique et religieuse. Ces liens ont renforcé leur sentiment d'appartenance et de solidarité au sein de la communauté. Par exemple : Les mosquées et les centres culturels musulmans ont joué un rôle central en tant que points de rencontre et de cohésion pour les immigrés musulmans en France. Ils ont favorisé la création de réseaux sociaux et la préservation de la culture et de la religion.
- Accès aux ressources et au soutien :
Les réseaux sociaux et communautaires ont permis aux immigrés musulmans d'accéder à des ressources et à un soutien mutuel, notamment en matière de logement, d'emploi, d'éducation et de services sociaux. Ces réseaux ont souvent été un moyen crucial de faire face aux défis de la vie en France. Les associations culturelles et religieuses ont souvent fourni une assistance pratique aux nouveaux arrivants, en les aidant à trouver un logement, à apprendre la langue française et à s'intégrer dans la société.[24]
- Évolution des quartiers en banlieue :
Au fil du temps, les quartiers de banlieue se sont transformés en des zones avec une forte concentration d'immigrés musulmans, avec des institutions religieuses, des commerces ethniques, et une vie culturelle propre. Cette concentration a contribué à renforcer l'identité culturelle et religieuse de ces communautés. En résumé, l'installation des immigrés musulmans en banlieue en France est le résultat de plusieurs facteurs historiques et contemporains, notamment les besoins en main-d'œuvre, la disponibilité de logements abordables, la discrimination, les réseaux sociaux et les dynamiques communautaires. Ces facteurs ont contribué à la formation de quartiers en banlieue avec une forte présence de la population musulmane.
L'évolution des quartiers de banlieue en France, où résident de nombreux immigrés musulmans, est un élément clé de la concentration spatiale de cette population.
- Concentration spatiale :
Au fil du temps, les quartiers de banlieue se sont transformés en des zones avec une forte concentration d'immigrés musulmans. Cette concentration spatiale est le résultat de l'installation continue de membres de la communauté dans les mêmes quartiers, créant ainsi des enclaves culturelles et religieuses.
Exemple : Des quartiers comme La Courneuve en région parisienne sont devenus des centres de la vie musulmane en France, avec une forte concentration de mosquées, de commerces ethniques et de restaurants halal.
- Institutions religieuses et culturelles :
Ces quartiers de banlieue ont souvent vu l'émergence d'institutions religieuses, telles que des mosquées, des centres islamiques, et des associations culturelles musulmanes. Ces institutions ont joué un rôle central dans la préservation de l'identité religieuse et culturelle des immigrés musulmans. La Grande Mosquée de Lyon est un exemple d'institution religieuse majeure qui a été établie pour servir la communauté musulmane en France et promouvoir la pratique de l'islam.
- Vie culturelle propre :
Les quartiers de banlieue avec une forte concentration d'immigrés musulmans ont développé leur propre vie culturelle, notamment à travers des festivals, des événements communautaires et des activités culturelles spécifiques à la culture musulmane. Par exemple : La Fête de l'Aïd-el-Kébir est célébrée chaque année dans de nombreux quartiers de banlieue en France, reflétant la vie culturelle propre à la communauté musulmane.[25]
Il est important de préciser à nos lecteurs (ainsi qu’à Eric Zemmour) que ce phénomène de cohésion communautaire ne concerne pas uniquement les musulmans des zones périphériques de France, mais, comme l’explique le grand sociologue anglais Richard Hoggart, l’ensemble de classes populaires de la planète :
« La vie des classes populaires, si on voulait la résumer en une phrase, est une vie dense et concrète, où l’accent est mis sur le sens de l’intimité, la valeur du groupe domestique et le gout des plaisirs immédiats. C’est là, sans doute, un système de valeurs caractéristiques des classes populaires du monde entier ».[26]
Conclusion
Tous les éléments que nous venons de mettre en évidence montrent de manière synthétique comment l'évolution des quartiers de banlieue en France a contribué à renforcer l'identité culturelle et religieuse des communautés immigrées musulmanes. Ils montrent également comment ces quartiers sont devenus des pôles importants de la vie musulmane en France, avec des institutions et des événements culturels spécifiques à la communauté. Comme nous l’avons vu, la présence arabo-musulmane dans les quartiers périphériques des grandes métropoles françaises n’est aucunement la résultante d’une démarche univoque de la part d’une communauté uniforme qui aurait décidé de s’écarter pour vivre en autosuffisance totale, coupée de la société française. Cette idée est un délire total dénué de tout fondement. Dire que les musulmans des banlieues françaises vivent selon les lois islamiques est une vue de l’esprit plus qu’un témoignage fondé sur la raison. En effet, cela voudrait dire que, dans ces territoires de la République, il existerait des tribunaux de la sharia qui exécuteraient des peines à l’encontre de criminels ou de délinquants. Or, nous n’avons jamais vu une « racaille » de cité se faire condamner à l’amputation de l’une de ses mains parce qu’il a volé un scooter ou le sac d’une femme. Jusqu’à preuve du contraire, et nous mettons au défi Eric Zemmour de nous contredire, ce sont bel et bien les lois de la République qui s’appliquent sur l’ensemble du territoire de l’hexagone, banlieues comprises.
Mohammed Ibn Najiallah
[1] Édité, en français, en 2007.
[2] Attila Marján, Europe's Destiny: The Old Lady and the Bull, Johns Hopkins University Press, 3 mai 2010
[3] La peur de l'islam : Bat Ye’or et le spectre de l’« Eurabie » », La Vie des idées, 1er mai 2006
[4] 23 février 2010. Conspiracywatch : l’observatoire du conspirationnisme
[5] Short Cuts: How to concoct a conspiracy theory », London Review of Books, 20 octobre 2005
[6] La théorie du "grand remplacement" est une idée complotiste d'extrême droite introduite en 2010 par l'écrivain français Renaud Camus. Cette théorie, basée davantage sur des impressions que sur des données démographiques réelles et teintée de xénophobie et de racisme, prétend qu'il existe en France un processus de remplacement de la population française et européenne par une population non européenne, principalement originaire d'Afrique subsaharienne et du Maghreb. Selon cette théorie, ce processus de remplacement serait soutenu, voire orchestré, par une élite politique, intellectuelle et médiatique qualifiée de "remplaciste", qui maintiendrait délibérément le silence sur cette question, motivée par des idéologies ou des intérêts économiques. Ces discours ont leurs racines dans l'antisémitisme de la Troisième République et le nationalisme d'avant-guerre, qui ciblaient les Juifs, les Arméniens, les Italiens et les Maghrébins, entre autres groupes. Cette rhétorique a perduré jusqu'à nos jours, se manifestant à travers le néonazisme et se focalisant spécifiquement sur les musulmans avec la théorie du complot Eurabia, introduite en 2005 par l'essayiste britannique Bat Ye'or, qui a préfiguré les thèses ultérieures de Renaud Camus dans ses divers ouvrages. L'expression "grand remplacement" a ensuite été adoptée par l'extrême droite française, notamment par la mouvance identitaire. Cependant, certains membres du Rassemblement national, dont Marine Le Pen, considèrent le discours de Renaud Camus comme complotiste. Divers partis politiques français ont repris l'idée générale d'un "grand remplacement" de la population française, tels que Debout la France et certains leaders des Républicains, sans toujours faire référence explicitement aux thèses de Renaud Camus. En 2021, cette expression a été largement médiatisée en France grâce à l'initiative du polémiste Éric Zemmour en préparation de la campagne pour l'élection présidentielle de 2022. La plupart des spécialistes réfutent les principaux arguments de cette théorie, qu'ils soient d'ordre démographique ou culturel. Ils remettent en question à la fois la méthodologie sur laquelle elle repose et la logique qui la sous-tend. Il est important de noter que les auteurs des attentats de Christchurch, d'El Paso, de Poway et de Buffalo en 2019 et 2022 étaient des partisans de cette théorie, qui a été qualifiée de potentiellement meurtrière. Le concept de "remigration" associé à cette théorie a été critiqué par la directrice de l'Institute for Strategic Dialogue et la journaliste Cécile Guérin, qui y voient des implications d'épuration ethnique. Renaud Camus affirme être un partisan de la non-violence, mais il a été condamné pour des propos que la justice a considérés comme constituant "une très violente stigmatisation des musulmans".
[7] Le mythe de l’islamisation, essai sur une obsession collective. Raphael Liogier. Seuil. P.19
[8] Le lecteur s’intéressant à la présence musulmane en France depuis le moyen-âge peut se diriger vers les ouvrages de Didier Hamoneau ou de l’ouvrage collectif dirigé par Mohammed Arkoun ( Histoire de l’islam et des musulmans en France, Albin Michel) .
[9] Lire l’ouvrage “Une France arabe, de Ian Coller »
[10] Lire l’excellent ouvrage de Djamal Kharchi « Colonisation et politique d’assimilation en Algérie ». Casbah Éditions
[11] La localisation géographique des immigrés
Une forte concentration dans l’aire urbaine de Paris. Chantal Brutel, cellule Statistiques et études sur l’immigration, Insee. 19 avril 2016
[12] Un film a été réalisé par Mahmoud Zemmouri, sorti en 1981, traite de cette épisode : « Prends 10 000 balles et casse-toi ».
[13] Le mythe de l’islamisation, essai sur une obsession collective. Raphael Liogier. Seuil. P.52-53
[14] Ibid
[15] Ibid. P. 53-54
[16] Ibid. P. 65-66
[17] Pew Research Center. 29 novembre 2017
[18] Observatoire de la laïcité: des religions plus visibles, mais des fidèles moins nombreux. Rouguyata Sall
11 juillet 2019
[19] Insee.fr Immigrés et descendants d’immigrés. Edition 2023. La diversité religieuse en France : transmissions intergénérationnelles et pratiques selon les origines. Lucas Drouhot (Utrecht University), Patrick Simon (Ined et ICM), Vincent Tiberj (Sciences Po Bordeaux)
[20] Lire : « La Double Absence. Des illusions de l’émigré aux souffrances de l’immigré » ; Abdelmalek Sayad. Seuil et Blanchard, O., & Katz, L. F. (1992). Regional evolutions. Brookings Papers on Economic Activity, 1992(1), 1-75.
[21] Pour ce qui concerne la concentration des immigrés en banlieue, lire, entre autres : Les foyers de travailleurs nord-africains en banlieue parisienne : une politique de logement social d’exception (1945-1962) Fathia Lounici, p. 43-63 ; Le facteur racial dans les politiques du logement social ; Faire du logement social des « immigrés » un problème de peuplement. Configuration politico-administratives et usages des catégories ethno-raciales (Saint-Denis, années 1960-années 1990) Cédric David, p. 307-327 ; Diversité et (anti)discrimination aux États-Unis et en FranceThomas Kirszbaum, chercheur associé à l’Institut des sciences sociales du politique, ISP, ENS-Cachan, CNRS UMR 7220 ; Émeutes, ségrégation urbaine et aliénation politique Hugues Lagrange Dans Revue française de science politique 2008/3 (Vol. 58), pages 377 à 401 ; Chapitre III - Une répartition géographique inégale
Alain Boyer, Dans L'Islam en France (1998), pages 251 à 259
[22] Wacquant, L. (2007). Territorial stigmatization in the age of advanced marginality. Thesis Eleven, 91(1), 66-77.
[23] Lire Boltanski, L., & Thévenot, L. (1991). « De la justification: Les économies de la grandeur ». Gallimard et Wacquant, L. (2008). Urban outcasts: A comparative sociology of advanced marginality. Polity Press.
[24] Lire, entre autres : Khosrokhavar, F. (1997). « L'islam des jeunes ». Flammarion.
[25] Lapeyronnie, D. (1993). Ghetto urbain: Ségrégation, violence, pauvreté en France aujourd'hui. Robert Laffont.
[26] Richard Hoggart : la culture du pauvre. P.151