Agrandissement : Illustration 1
L’ENFANT, LE DRAPEAU ET LE BALLON:
LE NATIONALISME MAGHRÉBIN PRIMITIF
Le Nationalisme maghrébin à la lumière de la psychiatrie : Une lecture psychiatrique du nationalisme maghrébin comme structure mentale primitive
Introduction
Les nationalismes algérien et marocain présentent, sur le plan psychologique collectif, des traits tout à fait comparables à ceux de l’enfant. Comme un être primitif en voie de développement, le nationaliste maghrébin ne supporte pas la contradiction : rien ne peut entrer en conflit avec ce qu’il pense, avec ce qu’il croit. Comme un enfant qui assimilerait la critique à une attaque, frontale ou implicite, le nationaliste maghrébin est persuadé que toute critique à son endroit, à l’encontre de son groupe ou de son pays d’origine constitue une agression.
L’incapacité à raisonner est caractéristique du nationaliste primitif. Chez lui, l’exagération des mauvais sentiments est quelque chose qui semble aller de soi. Le nationaliste ne connaît que les croyances simples et les opinions radicales : soit elles sont acceptées en bloc, soit rejetées avec une vigoureuse énergie, sans analyse rationnelle, ni analyse tout court. Une idée qui va dans le sens du nationaliste est forcément une vérité absolue ; a contrario, une pensée qui viendrait s’inscrire en rupture, ou seulement questionner ses certitudes, serait forcément une erreur absolue.
De l’individu à la foule psychologique
Lorsque des individus sont réunis sous une bannière, une identité, une idéologie, leurs caractéristiques intrinsèques disparaissent pour former une foule, dans laquelle toute considération personnelle est dilué. Comme le dit Gustave Lebon :
« La personnalité consciente s’évanouit, les sentiments et les idées de toutes les unités sont orientés dans une même direction. Il se forme une âme collective, transitoire sans doute, mais présentant des caractères très nets (…) Elle forme un seul être et se trouve soumise à la loi de l’unité mentale des foules. »[1]
Une foule « psychologie » est caractérisé par le fait que tous les membres qui la compose, aussi hétéroclites qu’ils puissent être au niveau de leur éducation, de leur mode de vie, de leur condition sociale, etc., possèdent une « âme collective » qui fait que ces personnes hétérogènes se mettent soudainement à penser de manière identiques, à réagir de la même façon ; alors que, séparément, ils auraient chacun leur propre lecture.[2] Pour Lebon, l’addition de personnes individuelles ne constitue pas une somme moyenne d’éléments, mais plutôt une combinaison et la création de nouveaux caractères.[3] Au sein de la foule psychologique, les caractéristiques et autres aptitudes individuelles disparaissent, laissant place à une homogénéité inconsciente.
Caractéristique de la foule psychologique
Ce qui est surprenant, c’est que des adultes réunis en foule deviennent semblables à des êtres primitifs, à des enfants. En effet, plusieurs éléments démontrent qu’une foule psychologique possède les mêmes caractéristiques que ceux que peuvent posséder un être primitif en cours de développement : l’incapacité de raisonnement, l’irritabilité, l’absence de rationalité, l’exagération, etc. Ces traits humain sont généralement observés chez des individus en voie de développement cognitif, comme les enfants. Nous allons analyser quelque uns de ces traiits de caractères.
Déni de la critique
L’un des traits les plus significatifs d’un enfant est celui du refus obstiné de la critique venant d’un adulte (ou d’un autre enfant, par ailleurs). Un enfant est un être en cours de développement, tant sur le plan physique qu’intellectuel. Ses réactions sont primaires, primitifs, simplistes. Quand un enfant est face à une critique, sa simplicité d’esprit ne lui permet généralement pas de comprendre instantanément l’objet de la critique qu’il reçoit. En effet, quand un adulte hausse le ton ou inflige une sanction à l’enfant, ce dernier le perçoit immédiatement comme une attaque contre sa personne. L’enfant n’a pas encore les capacités intellectuelles pour comprendre que l’action de l’adulte à son encontre n’est pas une attaque frontale contre lui, que cet adulte n’est pas un ennemi ; bien au contraire. L’adulte réprimandant l’enfant le fait dans le bien de celui-ci, afin qu’il apprenne que ce qu’il a fait est quelque chose à ne justement pas faire. La mécanique psychologique de l’enfant, lorsqu’il est face à une critique, est celle qui consiste à se renfermer sur lui-même, souvent en se demandant pourquoi l’adulte ne l’aime pas. On peut schématiser cette mécanique mentale de cette manière :
Réception d’une critique - Interprétation émotionnelle immédiate (critique = rejet, attaque ou haine) – rection instinctive défensive (la colère, le refus ou l’indignation) – blocage de l’information, refus d’apprentissage
Comme un enfant qui refuse de comprendre qu’une remarque ou une punition n’est pas une attaque contre sa personne, ces nationalismes maghrébins primitifs réagissent souvent avec hostilité à toute critique, qu’elle soit d’ordre historique, idéologique ou symbolique. Toute remise en question du récit national est perçue comme une agression contre l’identité du groupe, et non comme une invitation à réfléchir ou à nuancer. Ainsi, c’est exactement le même schéma mental que celui d’un enfant qui caractérise la psychologie nationaliste primitif des Maghrébins, à une exception près : une étape s’ajoute alors :
Réception d’une critique -Interprétation émotionnelle immédiate (critique = rejet, attaque ou haine)– rection instinctive défensive (la colère, le refus ou l’indignation) – cohésion émotionnelle avec le groupe contre la source critique - – blocage de l’information, refus d’apprentissage
Comme l’enfant qui croit qu’un reproche signifie qu’on ne l’aime pas, qu’on l’attaque, ces nationalismes interprètent toute analyse historique ou idéologique comme un sabotage de leur identité. Le simple fait de présenter un fait contradictoire déclenche une réaction émotionnelle disproportionnée, entre indignation et victimisation. Cet Hyper-narcissisme collectif, qui est véritablement dans la sacralisation du récit national, est dans l’incapacité manifeste de tolérer l’ambivalence historique qui entre en contradiction avec son roman national. Dans ce cadre, la critique historique devient une agression existentielle, le fait devient une insulte, l’analyse devient une trahison. C’est exactement comme chez l’enfant : « Ce que tu dis de moi = tu me rejettes »
Incapacité à raisonner : Analyse psychiatrique de la pensée primitive et régressive
L’un des marqueurs fondamentaux de l’immaturité psychologique — que l’on observe aussi bien chez l’enfant que chez certaines formes de pensée collective primitive — est l’incapacité structurelle à raisonner, c’est-à-dire à articuler des faits, à hiérarchiser des informations, à tolérer la contradiction et à produire une conclusion logique indépendante de l’émotion immédiate. Chez l’enfant, le raisonnement est encore pré-logique. Il ne repose pas sur des enchaînements causaux stables, mais sur des associations affectives. Ce qui est agréable est vrai ; ce qui est désagréable est faux. La vérité n’est pas une construction rationnelle, mais une sensation interne. L’enfant ne raisonne pas : il ressent, puis il justifie a posteriori ce ressenti. Lorsqu’un adulte tente d’introduire une démonstration logique, l’enfant ne l’analyse pas comme une suite d’arguments, mais comme une pression extérieure. Son esprit n’est pas encore capable de suspendre l’émotion pour examiner le raisonnement. Il confond le raisonnement avec une tentative de domination.
La mécanique psychologique est alors la suivante :
Exposition à un raisonnement → Réaction émotionnelle immédiate → Rejet global → Substitution de l’argument par l’émotion → Impossibilité de conclusion logique
Comme chez l’enfant, toute tentative de raisonnement est interprétée non comme un exercice intellectuel, mais comme une agression personnelle. Expliquer devient attaquer. Démontrer devient humilier. Nuancer devient trahir. Cette confusion est centrale. Elle empêche toute élaboration logique, car le raisonnement est immédiatement requalifié émotionnellement. Il n’est plus évalué sur sa validité interne, mais sur l’intention supposée de celui qui parle. Chez l’enfant isolé, cette incapacité est individuelle. Chez les nationalismes primitifs, elle devient collective. Le groupe fournit alors une béquille émotionnelle qui remplace le raisonnement. On n’a plus besoin de comprendre, il suffit de ressentir ensemble. La cohésion affective devient le critère de vérité. Ce qui renforce le groupe est vrai ; ce qui l’ébranle est faux. La pensée devient circulaire : le groupe a raison parce qu’il est le groupe ; le groupe est le groupe parce qu’il a raison. Toute logique externe est perçue comme étrangère, donc illégitime. Comme l’enfant incapable de suivre un raisonnement abstrait sans le vivre comme une agression, ces nationalismes primitifs sont enfermés dans une pensée émotionnelle, tribale et défensive, où la raison ne peut pas pénétrer. Le problème n’est pas que les arguments soient faux ou vrais ; le problème est que le raisonnement lui-même est impossible.
Exagération des sentiments : Analyse psychiatrique de l’hyper-affectivité primitive et de la pensée émotionnelle
L’un des traits les plus caractéristiques de la psychologie infantile — et, par extension, des formes primitives de la pensée collective — est l’exagération disproportionnée des sentiments. Chez l’enfant, l’émotion n’est pas modulée, régulée ou hiérarchisée : elle est totale, envahissante et exclusive. Une contrariété devient un drame, une frustration devient une injustice absolue, une critique devient une blessure existentielle. Cette exagération n’est pas feinte. Elle est structurelle. L’enfant ne dispose pas encore des capacités neuropsychiques nécessaires pour relativiser, contextualiser ou temporiser ses affects. L’émotion surgit à l’état brut, sans filtre, sans mise à distance, sans médiation symbolique. Ainsi, un événement mineur peut produire une réaction émotionnelle majeure, sans rapport proportionnel avec sa cause réelle. Il est simple de comprendre la mécanique psychologique de l’hyper-affectivité chez les nationalistes primitifs. Chez l’enfant, le sentiment n’est pas une donnée parmi d’autres : il occupe tout l’espace psychique. Il n’y a pas de coexistence possible entre émotion et analyse. L’émotion écrase la pensée.
La mécanique mentale est la suivante :
Stimulus externe → Amplification émotionnelle immédiate → Envahissement psychique → Perte de proportion → Réaction excessive
L’enfant ne dit pas « je suis contrarié », mais « c’est horrible ». Il ne dit pas « je suis déçu », mais « c’est injuste ». Il ne dit pas « je n’aime pas », mais « je déteste ». L’émotion est absolutisée, car l’enfant ne possède pas encore la capacité de la relativiser. Dans les nationalismes maghrébins primitifs, cette mécanique infantile est transposée à l’échelle collective. L’émotion devient surdimensionnée, ritualisée et entretenue comme un ciment identitaire. Un fait historique contradictoire n’est pas simplement dérangeant : il est vécu comme une humiliation, une provocation, une offense grave. Une nuance devient une trahison ; une analyse devient un scandale ; un désaccord devient une hostilité. L’émotion n’est plus une réaction, mais un mode de fonctionnement permanent. L’exagération des sentiments s’accompagne presque toujours d’une sur-victimisation. Tout est vécu sur le mode de la blessure, du mépris ou du complot. Le groupe se perçoit comme constamment attaqué, incompris, dénigré. Cette posture émotionnelle permet d’éviter l’analyse rationnelle, de bloquer toute remise en question, de maintenir une tension affective permanente La douleur devient identitaire. La blessure devient un marqueur d’appartenance. Comme l’enfant qui vit chaque contrariété comme un drame absolu, ces nationalismes primitifs fonctionnent dans une surenchère émotionnelle permanente, où la mesure, la nuance et la proportion sont impossibles.
Impulsivité et irritabilité : Analyse psychiatrique de la réactivité primitive et de l’absence de contrôle émotionnel
L’impulsivité et l’irritabilité constituent l’un des marqueurs les plus nets de l’immaturité psychologique. Chez l’enfant, ces traits sont normaux : les structures neuropsychiques permettant l’inhibition, la temporisation et la réflexion différée ne sont pas encore pleinement développées. L’enfant agit avant de penser, réagit avant de comprendre, explose avant d’analyser. L’émotion surgit brutalement et se transforme immédiatement en action ou en réaction. Il n’existe pas d’espace intermédiaire entre le stimulus et la réponse. La pensée n’a pas le temps d’intervenir. L’impulsivité se définit par l’incapacité à différer une réaction. Le sujet ne supporte pas la tension interne créée par une contrariété, une critique ou une frustration. Il doit l’évacuer immédiatement.
La mécanique mentale est la suivante :
Stimulus frustrant → Activation émotionnelle immédiate → Décharge impulsive → Soulagement temporaire → Absence d’élaboration
Cette décharge peut prendre différentes formes : colère verbale, rejet brutal, indignation instantanée, agressivité symbolique, rupture du dialogue. L’objectif n’est pas de résoudre le problème, mais de faire disparaître l’inconfort émotionnel le plus vite possible.
L’irritabilité est l’état permanent qui rend l’impulsivité possible. Elle correspond à une hypersensibilité psychique, où le seuil de déclenchement émotionnel est extrêmement bas. Dans cet état, tout devient potentiellement irritant, toute contradiction est vécue comme une provocation, toute nuance est ressentie comme une remise en cause hostile. Le sujet est en tension permanente, prêt à réagir. Cette vigilance excessive n’est pas un signe de force, mais de fragilité narcissique. Plus l’identité est instable, plus elle devient irritable.
Dans les nationalismes maghrébins primitifs, l’impulsivité et l’irritabilité deviennent des traits collectifs. La réaction précède systématiquement l’analyse. On ne lit pas pour comprendre, mais pour répondre. On n’écoute pas pour réfléchir, mais pour réagir. Un mot déclenche une colère.
Une phrase déclenche une indignation. Un fait déclenche une explosion émotionnelle. Il n’y a aucun temps de latence. Or, c’est précisément dans ce temps de latence que naît la pensée. Comme l’enfant qui frappe, crie ou s’emporte faute de pouvoir penser ce qu’il ressent, ces nationalismes primitifs fonctionnent dans une réactivité immédiate et permanente, où l’émotion commande l’action sans médiation. Les nationalistes, en tant qu’individus réunis, constituent une foule psychologique. Ainsi, nous avons vu que la foule possède les mêmes caractéristiques psychologiques que les êtres primitifs en voie de développement. Comme l’enfant, le nationaliste n’admet pas que quelque chose puise s’opposer à ses croyances, à des désirs, à ses objectifs.
Football et psychologie primitive
Le football devient un terrain privilégié d’expression des mécanismes primitifs : impulsivité, irritabilité, pensée émotionnelle et fusion identitaire. En effet, le football constitue l’un des rares espaces socialement légitimés où des comportements psychiquement infantiles peuvent s’exprimer sans sanction symbolique majeure. Il agit comme un révélateur, mais aussi comme un amplificateur, de mécanismes psychologiques primitifs déjà présents chez l’individu ou le groupe. D’un point de vue psychiatrique, le football n’est pas problématique en soi. Ce qui est cliniquement intéressant, c’est la manière dont certains sujets s’y investissent. Chez l’enfant, l’identité est fragile et cherche un support externe. Dans le football, le club ou l’équipe nationale devient un Moi de substitution. Le sujet ne dit plus « ils ont gagné », mais « on a gagné ». La frontière entre le soi et l’objet disparaît. Ce mécanisme correspond à une régression narcissique : le sujet délègue son identitéil s’adosse à un collectif, il ressent par procuration.Toute atteinte à l’équipe est alors vécue comme une atteinte personnelle.
Impulsivité et irritabilité dans le cadre footballistique
Le football est un espace où l’impulsivité est non seulement tolérée, mais souvent valorisée. Cris, insultes, gestes brusques, colère instantanée : tout cela est perçu comme de la « passion ». Psychiatriquement, il s’agit pourtant d’une désinhibition émotionnelle collective. Le schéma est le suivant :
Événement de jeu → Activation émotionnelle → Réaction impulsive immédiate → Décharge → Soulagement
L’arbitre devient une figure parentale persécutrice. La faute devient une injustice insupportable La défaite devient une humiliation. Exactement comme chez l’enfant confronté à la frustration. Le supporter primitif est dans un état d’irritabilité permanente. Il n’assiste pas au match pour observer, mais pour guetter l’élément déclencheur. Il est déjà prêt à s’énerver avant même que l’événement n’advienne. Ce niveau de tension psychique est caractéristique d’une faible tolérance à l’incertitude, d’un besoin de décharge, d’une incapacité à réguler l’excitation émotionnelle. Le match devient alors un prétexte, non une cause.
Violence symbolique et défoulement pulsionnel
Le football permet une externalisation massive de l’agressivité. Celle-ci est dirigée vers l’arbitre, l’équipe adverse, les supporters ennemis. Cette agressivité n’est pas élaborée, elle est déchargée. Elle ne résout rien, mais soulage temporairement. Comme chez l’enfant impulsif, la colère apaise sur le moment, mais renforce le cycle impulsif à long terme. Le football est un refuge idéal pour les psychologies primitives, parce qu’il offre une identité clé en main, un ennemi désigné, une émotion intense, une justification sociale de l’impulsivité. Le football devient alors un substitut de pensée, un espace où l’on peut ressentir fort sans jamais réfléchir.
Le football, dans ces formes d’investissement excessif, fonctionne comme un théâtre de régression psychique collective. Il permet à des individus ou à des groupes de revenir temporairement à un mode de fonctionnement infantile :impulsif, irritable, fusionnel, émotionnel. Ce n’est pas le football qui crée ces structures. Il les révèle, les canalise et parfois les entretient. Là où l’adulte psychiquement mature peut aimer le football sans s’y dissoudre la structure primitive s’y perd, parce qu’elle y trouve exactement ce qu’elle cherche : une émotion immédiate pour éviter de penser.
Le football et les pays du tier-monde : analyse structurelle des effets sociaux d’un objet culturel précis (le football) dans des contextes de sous-développement politique et institutionnel comme l’Algérie ou le Maroc.
Un objet culturel n’est jamais neutre ; aucune pratique de masse n’est neutre. Un même objet culturel peut canaliser des tensions dans une société stable, aggraver les pathologies collectives dans une société fragile. Le football est un accélérateur, non une cause. Dans des sociétés institutionnellement solides, comme en Europe, en Amérique du Nord ou dans la péninsule arabique, il reste un loisir. Dans des sociétés fragiles, il devient une structure de substitution.
Analyse psychologique : le football comme régression collective organisée
Le football dans les pays du tier-monde est consubstantiel à un déficit de maturation politique et régression émotionnelle. Dans des pays comme l’Algérie ou le Maroc, plusieurs conditions sont réunies : faible confiance dans les institutions, absence de débouchés politiques réel, frustration sociale massive, sentiment d’impuissance individuelle. Psychologiquement, cela produit une colère diffuse, une angoisse identitaire, un besoin de défoulement et une recherche de gratifications immédiates. Le football devient alors un exutoire émotionnel de masse, mais surtout un espace de régression psychique collective. Au lieu d’apprendre la patience, la rationalité, la conflictualité pacifiée ; il entretient l’impulsivité, l’hyper-affectivité, la pensée binaire, l’hostilité tribale.
Substitution de la citoyenneté par l’émotion
Dans un État mature, le citoyen se définit par des droits, des devoirs, une participation politique. Dans ces contextes, le supporter devient citoyen émotionnel, acteur symbolique sans pouvoir réel, individu politiquement neutralisé. Le football donne l’illusion de l’engagement : on « soutient », on « défend », on « combat ». Mais sans aucun effet réel sur la structure sociale. Psychologiquement, c’est une satisfaction substitutive qui empêche la politisation réelle. un outil de désactivation sociale. Le football agit, dans le tier-monde, comme une dépolitisation par saturation émotionnelle. En effet, sociologiquement, le football de masse fonctionne comme une industrie de l’attention, une machine à monopoliser l’énergie sociale, un détournement des frustrations structurelles. Dans des sociétés où le chômage est élevé, la mobilité sociale est bloquée, la parole politique est limité ; le football absorbe mais surtout détourne la colère, la frustration, l’agressivité, sais sans transformation sociale. C’est une logique de pacification par le spectacle.
Le football est connu pour être une usine de fabrication de faux conflits. Au lieu de conflits structurants (classe, corruption, inégalités), le football fabrique des ennemis imaginaires, des rivalités symboliques, des divisions stériles (supporters contre supporters, villes contre villes, pays contre pays). Cela fragmente le corps social au lieu de l’unifier rationnellement.
Blocage du passage à la modernité cognitive
La modernité suppose une maîtrise des affects, la primauté de la raison, des conflits institutionnalisés, un débat contradictoire rationnel. Or le football de masse glorifie l’émotion brute, valorise l’impulsivité, sacralise l’irrationalité et banalise l’agressivité. Dans des sociétés en retard de modernisation politique, cela retarde encore davantage le passage à une culture civique adulte. D’un point de vue strictement théorique, nous pourrions défendre l’idée que dans des sociétés sans démocratie fonctionnelle, sans institutions solides, sans régulation émotionnelle collective ; le football de masse agit comme un anesthésiant social, un amplificateur de pulsions primitives, un frein à la maturation citoyenne. Interdira le football dans les pays du tier-monde ne serait alors pas pensée comme une punition, mais comme une décompression forcée, une recanalisation de l’énergie sociale et un déplacement vers des pratiques intellectuelles, civiques ou productives.
Dans des pays comme l’Algérie ou le Maroc, le problème n’est pas le football en soi, mais le niveau de développement psychopolitique du corps social, la fonction que le football y occupe. Dans ces contextes, le football remplace la citoyenneté, entretient l’immaturité émotionnelle, neutralise la conflictualité politique, consolide des structures mentales archaïques. Ce n’est donc pas un simple loisir, mais un fait social total, dont les effets peuvent être profondément contre-productifs tant que les conditions structurelles de la modernité ne sont pas réunies.
Mohammed Ibn Najiallah
[1] Gustave LeBon. Psychologie des foules. P.23
[2] Ibid. P.26
[3] Ibid. P.27